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    France

    Journée du dépassement: internet est le 3e «pays» le plus énergivore

    media L'utilisation d'internet connait une croissance constante à travers le monde et très gourmande en énergie. Reuters/路透社

    Ce 1er août marque la Journée du dépassement, date après laquelle l’humanité aura dépensé plus de ressources que ce que la Terre peut en produire, selon l’ONG américaine Global Footprint Network. Méconnue du grand public, la pollution numérique, générée entre autres par Internet, est extrêmement énergivore. La société française Foxintelligence a développé une application qui permet de supprimer les courriels inutiles, mais son PDG Édouard Nattée en appelle aussi à la civilité des internautes. Interview.

    Est-ce que vous pouvez nous donner un ordre de grandeur, ou quelques chiffres parlants, de ce que représente la pollution numérique, qui est une pollution que l'on peut qualifier d'« invisible » ?

    C’est effectivement une pollution invisible dont les gens ont une perception extrêmement limitée. Pourtant, en regardant attentivement, on constate que l'économie numérique [internet, terminaux, réseaux, cryptomonnaies, centres de stockage de données ; Ndlr] est de plus en plus énergivore et donc source d'émission de CO2. Si l’on regarde juste la partie concernée par internet, ce serait équivalent au troisième pays pollueur. Il pollue 1,5 fois plus que le transport aérien par exemple. Ce n’est donc absolument pas quelque chose de négligeable : cela représente à peu près 7% de l’énergie dépensée en électricité dans le monde.

    Cette consommation se répartit comment exactement ?

    Il y a quatre sources de consommation d’électricité : la plus grande, c’est bien sûr l’alimentation des différents dispositifs : téléphones, ordinateurs, data centers etc.  Ensuite, on a la fabrication de tous ces outils, qui consomme, elle aussi, beaucoup d’énergie. Et puis on a deux autres choses : les data centers eux-mêmes et les réseaux. Les data centers [centres de données ; ndlr], c’est ce qui permet de traiter et de stocker les informations.

    Ce sont des immenses espaces qui font plusieurs fois la taille d’un terrain de football et pour lesquels il y a des milliers et des milliers de serveurs. Ils sont en marche 24 heures sur 24 et il faut donc les alimenter, mais aussi les refroidir. Et enfin, on a les réseaux qui font circuler l’information. Ce sont les quatre gros blocs qui sont aujourd’hui les plus gros consommateurs d’électricité.

    « Un mail c’est à peu près l’équivalent d’un sac plastique »

    Quand on détruit soi-même ses propres mails, ils sont définitivement détruits ou bien ils vont ailleurs où ils prennent encore de la place ?

    Les centres de données sont de véritables aspirateurs d'énergie. imaginima via GettyImages

    Il y a 95% des gens qui ne détruisent pas leurs mails ni leurs anciennes newsletters qu’ils ont reçues depuis des années. C’est un fait : la plupart des gens ne détruisent pas leurs mails ni les pièces jointes qui sont venues avec. La deuxième chose, ce n’est pas tant le fait de recevoir un mail qui génère de la consommation électrique ; ce qui est vraiment polluant, c’est le fait de les conserver.

    Chaque année, chacun de vos mails dans votre boîte mail va générer 10 g de CO2. C’est à peu près le bilan carbone d’un sac plastique. Les 10 g de CO2, c’est une estimation faite par l’ADEME, sur la base de 1 million de mails observés dans les boîtes mail des gens. Il s’agit à la fois de mails très simples avec du texte, mais aussi de newsletters, ou encore de mails avec une ou plusieurs pièces jointes. Ils sont stockés sur des serveurs que l’on appelle « à haute disponibilité » c’est-à-dire que l’on peut les trouver avec leurs pièces jointes à partir de n’importe quel endroit dans le monde de manière instantanée.

    Mais il faut savoir que, pour des raisons de sécurité, tout cela est dupliqué, pour que vous ayez l’assurance que jamais un mail ne disparaisse. Le bon comportement, c’est de supprimer ses mails au fur et à mesure ou de faire appel à un service comme celui que l’on propose.

    Donc, quand je supprime mon mail, il ne prend plus de place….

    Quand vous détruisez un mail, il est stocké pendant 30 jours dans votre corbeille, avant de disparaître complètement. En revanche, il sera toujours stocké si votre expéditeur n’est pas aussi attentif que vous, mais il le sera sous cachet expéditeur.

    La France plus énergivore que la moyenne

    Si le Jour du dépassement est estimé au 1er août à l'échelle de l'humanité, WWF France estime que compte tenu du style de vie des Français, cette date a été atteinte dès le 5 mai dernier dans notre pays et qu'il faudrait 2,9 planètes Terre pour satisfaire la consommation annuelle de l'hexagone.

    Comment peut-on sensibiliser le public à cette question de la pollution numérique ?

    Il faut que soit mise en place ou introduite la notion de civilité sur internet. Je vous donne un exemple tout simple : aujourd’hui, quand on va faire une vidéo et qu’on va la mettre sur YouTube, il faut se dire que si, à la fin, elle n’est vue que par trois personnes, et qu’elle tombe dans les oubliettes du web, elle va quand même générer du CO2. Donc, il faut prendre l’habitude que, quand on met quelque chose sur internet, quand on stocke quelque chose, de se poser la question de savoir si, au bout d’un moment, ça ne vaut pas la peine de le détruire.

    Et de la même manière, quand on met une vidéo dans sa signature de mail, une vidéo rigolote parce qu’on la trouve rigolote, c’est un mail qui va aussi générer de la consommation. La première chose, c’est donc d’introduire les bonnes manières. Et pour introduire les bonnes manières, la première chose, c’est de la communication et apprendre aux gens, exactement comme on a appris aux gens de ne plus laisser des boîtes de conserve dans la nature après un pique-nique. Il va falloir apprendre aux gens à bien se comporter sur internet.

    La deuxième chose, c’est la mise en place de mesures très simples qui pourraient être poussées par le gouvernement, par les GAFA (les géants du web ; ndlr) ou par d’autres acteurs : par exemple que Google supprime au bout d’un an une vidéo qui n’a fait aucune vue. Pareil pour les mails, il faudrait que les newsletters soient supprimées au bout de six mois de manière automatique. Qui va lire une vieille newsletter ? A priori personne ! Il faut une bonne communication sur quelques mesures claires à prendre en compte et qui changeraient de manière drastique l’impact d’internet en termes de pollution environnementale.

    « Les GAFA visent le 100% énergies renouvelables »

    Est-ce que les réseaux sociaux Facebook, Twitter etc. sont énergivores au même titre que les mails par exemple ?

    Édouard Nattée et sa compagnie ont créé une application qui nettoie automatiquement les boîtes mails des utilisateurs. Christophe Carmarans/RFI

    Ils sont énergivores notamment quand il y a du multimédia, que ce soient des images, du son ou de la vidéo. Quand on est sur son ordinateur, que l’on fait défiler la page et que la vidéo démarre automatiquement, le stream est vraiment énergivore. Et d’un seul coup, son impact environnemental est démultiplié. Twitter, qui est principalement sur du texte, a une consommation plus faible évidemment. Cela dit, il y a la notion d’énergie consommée mais aussi la notion d’énergie qui va être produite. On a différents acteurs comme Facebook, comme Google, comme Twitter, qui se positionnent différemment sur leur approvisionnement en électricité. Et cela a un impact important.

    Il faut savoir que les datas centers appartiennent en majorité à ces grandes entreprises et que ces entreprises ont la possibilité de choisir un mix énergétique pour venir alimenter leurs serveurs. Aujourd’hui, par exemple, les deux tiers de l’énergie qui alimente les serveurs de Facebook proviennent d’énergies renouvelables. Google, c’est déjà plus de la moitié. Et toutes ces entreprises se sont engagées à viser le 100% énergies renouvelables. Pour autant, le premier combat contre la pollution numérique n’est pas tellement d’avoir un approvisionnement qui soit meilleur mais déjà des bases qui servent à consommer moins d’énergie. C’est comme les déchets avec le recyclage.

    Pouvez-vous nous décrire exactement ce que propose votre société ?

    Foxintelligence édite notamment un service qui s’appelle CleanFox. C’est une application et un service sur internet qui permet de nettoyer sa boite mail, d’une part de tous les anciens mails qu’on n’a pas envie de stocker, et les Français en stockent des dizaines de milliers chacun en moyenne. Et d’autre part, elle permet aussi de se désabonner de toutes les newsletters qu’on n’a plus envie de recevoir. On fait cela avec l’ambition de réduire l’empreinte carbone d’un maximum de boites mail.

    Comment en êtes-vous venu à travailler sur ce type de produit ?

    On est tombé un peu par hasard sur cette problématique-là. La première application qu’on éditait était une application pour automatiser les réclamations en cas de retard de train dans les boîtes mails. On repérait les tickets de train, on voyait qu’il y avait des retards sur ces trains-là mais la majorité des gens ne récupérait pas l’argent que leur devaient les compagnies ferroviaires. On a lancé ce programme, ça marchait bien mais on s’est rendu compte que pour trouver un ticket de train dans une boîte mail, c’était comme chercher une aiguille dans une meule de foin.

    Et qu’avez-vous fait ?

    On s’est dit : « c’est fou, les Français et des millions de gens dans le monde stockent des dizaines de milliers de mails chacun et ça doit consommer une énergie fantastique ». On a commencé à tirer le fil de la pelote et on s’est rendu compte qu’il y avait un vrai sujet. On a alors utilisé notre technologie pour régler ce problème. C’est comme ça qu’on y est arrivé, un peu par accident.

    Aujourd’hui, CleanFox, c’est une application qui ressemble un peu à Tinder : vous vous connectez, vous allez avoir votre boîte mail qui apparaît de manière un peu différente que d’habitude, c’est-à-dire expéditeur par expéditeur. Et ensuite, d’un geste du pouce, vous allez pouvoir, soit supprimer les e-mails du passé, notamment les veilles newsletters d’e-commerce que vous ne relirez jamais, ou encore les vieux mails, juste en un balayage avec le pouce. Et plus encore, vous allez pouvoir vous désabonner des newsletters.

    Comment ça marche dans le détail ?

    C’est CleanFox qui fait toutes les démarches pour être sûr que vous soyez désabonné. On a trouvé un modèle pour financer cette activité qui est un modèle qui n’utilise aucune donnée personnelle. Nous faisons des statistiques qui sont 100% anonymisées. 100% agrégées sur notamment l’e-commerce et le volume d’activité e-commerce. C’est aujourd’hui le seul type de modèle qui permet de financer CleanFox, d’avoir les meilleurs ingénieurs qui vont travailler sur ces problématiques de pollution numérique, sans qu’il y ait le moindre préjudice pour l’utilisateur.

    Comment cela ?

    C’est la deuxième partie importante de notre boîte : nous sommes une boîte qui est non seulement compatible avec le RGPD (le Règlement général sur la protection des données entré en vigueur dans l’UE le 25 mai 2018 ; ndlr) mais qui  garantit aussi un service de meilleure qualité possible mais n’enfreint pas la confidentialité des données personnelles. C’est une application sécurisée que l’on peut connecter à sa boîte mail, soit sur son ordinateur, soit sur son téléphone avec Android ou Apple Store. Le but, c’est qu’au maximum en trois minutes vous ayez supprimé des milliers d’e-mails. Et accessoirement gagné de la place sur votre boîte mail.

    « La dépense énergétique d’internet va tripler dans les trois prochaines années »

    Et combien ça coûte ?

    CleanFox approche les 2 millions d'utilisateurs. Christophe Carmarans/RFI

    C’est entièrement gratuit. Il ne fallait aucun frein à l’adoption de cette application. Mais on s’est dit : « si c’est gratuit, il faut quand même le financer de manière pérenne, sinon on ne va pas être capable d’avoir un service de qualité sur le long terme ». On avait deux manières de le financer : soit par la publicité, soit par des statistiques anonymes. Mais on s’est dit : « la publicité, ce n’est pas le modèle qu’on a envie de suivre, parce que le retargeting, le ciblage multi data (l’utilisation de données personnelles ; ndlr), c’est hors de question que ça vienne entrer dans notre équation ». En revanche, la partie statistique nous plaisait bien parce qu’on aime bien les statistiques déjà. Et aussi parce que ça permettait d’avoir une application de très bonne qualité qui n’avait aucun préjudice pour l’utilisateur et ses données.

    À qui les restituez-vous ces données ?

    Aux acteurs de l’e-commerce. Mais les données sont anonymes et aussi agrégées : on ne va jamais dire : « il y a telle personne qui a fait ça ». Ce n’est pas du tout ce qu’on vend. En revanche, on va dire, par exemple : le secteur de habillement a augmenté de 10% sur internet le mois dernier. On va être capable de dire : les couches culottes sont le nouveau produit phare d’Amazon. On n’est pas très différent d’un Nielsen, d’un GFK ou IFOP (des instituts d’études de marché ; ndlr) mais concentré uniquement sur l’activité e-commerce.

    On est un panéliste de l’e-commerce, en réalité. On est capable de gérer 2 000 à 20 000 nouveaux utilisateurs par jour et de nettoyer leur boîte mail en toute sécurité. On a 2 millions d’utilisateurs dans le monde pour le moment dont 1 million en France et on est présent dans 150 pays aujourd’hui. On gagne entre 2 000 et 20 000 utilisateurs par jour suivant les périodes.

    Vous êtes rentables ?

    Aujourd’hui, on approche de la rentabilité, mais on a des investisseurs qui sont assez fans de ce qu’on fait et qui nous demandent de porter le mouvement encore un cran plus loin. Notre sujet aujourd’hui, c’est le recrutement. On veut faire grandir la boîte. On est une trentaine de personnes aujourd’hui à Paris, mais on a quinze postes à pourvoir d’ici Noël. Donc, à l’heure actuelle notre sujet c’est : faire connaître CleanFox le mieux possible, recruter des « superstars » notamment dans les domaines du développement et du marketing, et emmener la boîte le plus loin possible.

    Est-ce que les outils informatiques que nous utilisons vont devenir moins énergivores au fil du temps ?

    Il y a trois choses. D’abord, il n’y a pas de chemin dans l’Histoire dans lequel on réduira notre dépendance et notre utilisation de l’informatique. Donc, il faut embrasser le sujet, car la dépense énergétique d’internet va tripler sur les trois prochaines années. Deuxièmement, l’avantage qu’offre internet et l’informatique, c’est de pouvoir, en quelques décisions, régler des problèmes très forts. Si on commence à mettre en place une politique de civilité concernant YouTube ou le mail, l’impact qu’on peut avoir peut toucher des millions de personnes.

    Le troisième point, c’est que dans l’informatique, particulièrement dans les technologies internet, il y a des ingénieurs qui sont passionnés par trouver des solutions à des problèmes. Donc, je suis intimement persuadé que chez Google, chez Facebook, chez Netflix, on a des milliers de personnes qui vont se mettre dans leurs objectifs de l’année prochaine de par exemple diviser par deux l’empreinte écologique d’internet. Et je suis persuadé qu’on y arrivera.

    La consommation énergétique du numérique en quelques chiffres
    • En 2018, internet est le 3e plus gros consommateur d’électricité au monde derrière la Chine et les États-Unis (1500 TWH par an), soit l’équivalent de la production de 100 réacteurs nucléaires
    • 12 milliards de mails sont envoyés chaque heure dans le monde, soit l’équivalent en énergie de la production de 18 centrales nucléaires pendant 1 heure
    • 140 millions de requêtes Google sont effectuées chaque heure dans le monde (soit l’équivalent de 1 000 allers-retours Paris-New York en avion en équivalent CO2)
    • La consommation mondiale en énergie du numérique double tous les quatre ans
    • En France les 182 centres de donnés (ou data centers) consomment 8% de l’électricité nationale

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