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    Lieux oubliés: la rue du Chat-Qui-Pêche, mètre étalon du temps qui passe

    media Un nom original qui prête à toutes sortes d'interprétations. Christophe Carmarans / RFI

    Percée en 1540, la rue du Chat-Qui-Pêche est l’une des plus petites rues de Paris. Nichée au cœur du Quartier Latin, elle intrigue autant par sa taille minuscule que par son nom, sujet à toutes les légendes. À travers les époques, elle a symbolisé tour à tour le commerce, le jazz et désormais le tourisme dans un quartier qui a beaucoup changé.

    À l’échelle d’une ville comme Paris, c’est presque un trou de souris. La rue du Chat-Qui-Pêche, nichée au cœur du Quartier Latin entre le quai Saint-Michel et la rue de la Huchette dans le 5e arrondissement, intrigue autant par sa petite taille (29 m de long pour 1,57 m de large en son endroit le plus étroit) que par son nom singulier qui renvoie aux temps anciens où les rues ne portaient pas encore les patronymes d’hommes ou de femmes célèbres. A l’instar d’autres lieux parisiens, elle a d’ailleurs changé plusieurs fois d’appellation. Percée en 1540, la rue du Chat-Qui-Pêche s’est d’abord appelée rue des Étuves, puis rue du Renard, rue des Bouticles et enfin rue Neuves des Lavandières, avant d’adopter ce nom curieux qui amuse encore touristes et enfants, intrigués par l’idée d’un félin s’adonnant à la pêche à la ligne, sur les berges de la Seine, toutes proches.

    La rue du Chat-qui-pêche: un reportage aussi à écouter 13/08/2018 - par Christophe Carmarans Écouter

    Même si, comme on va le lire, les histoires foisonnent au sujet de ce nom pittoresque sans qu’aucune ne soit réellement authentifiée à 100%, c’est la version avancée par l’historienne Dominique Lesbros, auteure de nombreux ouvrages sur Paris, qui semble la plus plausible. « Cette rue, comme beaucoup d’autres, explique-t-elle, tire son nom de la présence d’une enseigne. À l’époque où les rues n’avaient pas de nom, les gens se repéraient aux enseignes pour trouver une adresse. Donc, cette rue du Chat-Qui-Pêche se réfère à une enseigne que l’on peut voir sur une photo de Marville des années 1860 [Charles Marville (1813-1879, fut photographe de la Ville de Paris dans les années 1860-1870 ; Ndlr]. C’était une enseigne plaquée au mur : une peinture qui représentait un chat en train d’attraper un poisson. »

    Plusieurs versions à la légende

    Dominique Lesbros a vérifié : la rue fait bien 1,57 m de large en son endroit le plus étroit. Christophe Carmarans/RFI

    « Seulement, poursuit l’historienne, on ne sait pas à quel commerce se référait cette enseigne. Est-ce que c’était une taverne ? Une auberge ? Un étal de poissons ? Ou encore peut-être un bazar où " chacun y pêchait ce qu’il voulait ", d’où la suite de mots : " chat qui pêche " ? En réalité, l’incertitude règne ! ». Mais quand il y a une incertitude, l’imagination populaire prend le relais et invente toutes sortes d’histoires. « Et c’est ce qu’il s’est passé, il y a des légendes associées à cette rue », acquiesce l’auteure de Paris Mystérieux et Insolite. « La plus farfelue, raconte-t-elle, parle d’un chanoine qui, au XVIe siècle, possédait un chat noir. Ensemble avec le chat, il serait allé près du fleuve. Le chat tapait de sa patte trois fois au sol et les vibrations attiraient les poissons. Et ensuite le chat, très adroit, attrapait les poissons. »

    La suite de l’histoire est encore plus rocambolesque : « Des étudiants voyant la scène ont pensé à de la sorcellerie et ils ont fait l’amalgame " chat noir " " chanoine ". Pour eux, il ne s’agissait que d’une seule et même personne : le diable. Ils ont donc jeté le malheureux chat à la rivière, après quoi, on n’a plus vu le chanoine pendant un bout de temps. Donc, ils se sont dit : " c’était bien le diable ". Sauf que le chanoine est réapparu… voilà la première légende ». La deuxième légende est, selon l’historienne, peut-être un peu plus crédible : « On parle d’un puits qui était dans cette rue et c’est par ce puits qu’arrivaient des poissons de la Seine, si bien que les matous du quartier pouvaient les pêcher plus facilement qu’ils ne l’auraient fait près du fleuve. C’était aussi l’une des animations du quartier. Mais on est encore dans les légendes et il n’y a rien de sûr là-dedans ».

    Il faut ici rappeler que quand la rue fut percée, au milieu du XVIe siècle, le pied des maisons baignait dans la Seine. Le quai Saint-Michel n’a en effet été construit qu’au XIXe siècle, période à laquelle Paris s’est transformé, notamment à l’initiative du baron Haussmann, préfet de la Seine de 1853 à 1870, puis sénateur et député. Aujourd’hui, si ce n’étaient ses mensurations minimalistes qui en font l’une des voies les plus petites de Paris et son nom rigolo, la rue du Chat-Qui-Pêche n’attirerait probablement pas grand monde. Il est même facile de passer devant sans la remarquer. Et quand on s’y engouffre pour passer de la rue de La Huchette aux quais ou l’inverse, on remarque surtout une forte odeur d’urine et quelques graffitis sans grand intérêt. Il y a quelques années, un graff magnifique signé Némo représentant un chat avec une canne à pêche protégé par un homme tenant un parapluie conférait une certaine originalité au lieu. Mais il a été effacé.

    La nostalgie d'un temps révolu

    La rue du Chat-Qui-Pêche côté rue de la Huchette. Christophe Carmarans/RFI

    Le quartier en lui-même a beaucoup changé depuis le dernier demi-siècle. Le jazz par exemple a traversé la Seine alors que, jusqu’au début des années 1970, les clubs de jazz se trouvaient surtout sur la rive gauche, et notamment le cabaret dénommé Le Chat Qui Pêche tenu par Mme Ricard, une ancienne infirmière de l’armée décorée pour ses hauts faits dans la Résistance. Elle organisait des sessions tous les week-ends dans son établissement, situé au coin de la rue. Nombre de pointures du jazz sont passées chez elle jusqu’à ce qu’elle vende son commerce en 1970. Le célèbre batteur suisse Daniel Humair, que nous avons joint au téléphone depuis sa résidence dans la Creuse, se souvient de cette époque.

    « C’était complètement différent de ce que c’est devenu aujourd’hui, regrette-t-il. Il n’y avait pas toute cette ringardise de restaurants grecs bidons. C’était une rue vraiment très parisienne, une rue de quartier avec des petits bistros, des commerces, des jazz clubs. De l’autre côté, il y avait le Caveau de la Huchette mais ce n’était pas le même style. Paris était alors la capitale européenne du jazz avec Londres et Stockholm. C’était l’époque où les musiciens américains venaient seuls. J’ai pu avoir la chance de jouer avec de grands musiciens américains parce qu’ils ne venaient pas avec des orchestres. »

    « C’étaient les conditions assez difficiles mais on pouvait faire la musique qu’on voulait », poursuit notre jazzman désormais octogénaire qui exerce aussi ses talents dans la peinture. « Il n’y avait aucune contrainte commerciale. C’étaient les vrais clubs de jazz pour les fans de jazz. Et on était en plein cœur de Paris, on vivait dans le quartier, on habitait des hôtels du coin, rue saint André-des-Arts. On avait des petits cachets mais ceux qui avaient un peu de métier faisaient des séances de variétés dans la journée. Anonymement, on accompagnait tous les trucs de yéyés, ça arrondissait nos fins de semaine. C’était quand même un peu la bohème mais la bohème sans la famine. C’était très agréable mais ce n’était pas une vie d’homme marié avec une famille. »

    Quand le jazz n'est plus là

    La rue du Chat-Qui-Pêche côté quai Saint-Michel. Christophe Carmarans/RFI

    « Après, déplore Daniel Humair, le quartier est devenu complètement commercial et plus personne ne pouvait avoir un local comme celui-là. Les loyers étaient devenus trop élevés. Le jazz a donc traversé la Seine. Il est allé au Blue Note, il est allé au Dreher. Maintenant, il y a le Duc des Lombards, le New Morning qui fait des concerts mais il n’y a plus du tout ce côté " jam session ", alors que c’est ça qui était intéressant, à cette époque. Il y avait de la créativité entre les musiciens français et les musiciens américains. Et puis, reconnaît-il, les gens sortaient plus et ils étaient plus branchés jazz. »

    À l’évocation de la rue du Chat-Qui-Pêche, la nostalgie s’invite aussi dans la voix d’Anne Corpet, la correspondante de RFI à Washington, qui a passé son enfance dans le quartier et en garde des souvenirs émus. « J’avais la chance d’habiter pas très loin, se souvient-elle, et le dimanche matin mon père avait l’habitude de nous emmener nous promener dans Paris pour nous raconter un peu l’histoire de la ville. Et la rue du Chat-Qui-Pêche, c’était un peu le passage obligé à la fin de la balade, pour voir si on avait grandi. On se mettait au milieu de la ruelle et on tendait les bras pour voir si on pouvait toucher les deux côtés de la rue ». « Je n’ai pas le souvenir d’avoir réussi, poursuit-elle, mais je sais que mon grand frère y est parvenu et cela avait été un grand jour pour lui. Ça voulait vraiment dire qu’il était devenu grand ! »

    « À chaque fois que je passe devant, le souvenir de ces promenades d’enfance me revient, reconnaît notre correspondante aux États-Unis. C’était un peu le mètre étalon de mon enfance. Cela me renvoie à cette petite fille que j’étais et qui tendait désespérément les bras pour tenter de toucher les deux côtés de la ruelle. Et puis c’était un nom qui nous faisait rêver : on imaginait tous un chat avec une canne à pêche. » Cette tradition familiale, qui remonte à plusieurs générations chez les Corpet, va continuer à se perpétuer. Avant de partir aux États-Unis, Anne s’était rendue en plusieurs occasions rue du Chat-Qui-Pêche avec ses enfants, pour qu’ils mesurent, à leur tour, l’évolution de leur croissance. « Je pense que la prochaine fois que je vais rentrer à Paris, mes enfants pourront sans doute toucher les deux côtés de la rue », espère-t-elle.

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