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    Lieux oubliés: le 12, rue Chabanais, la maison close de l'élite

    media Margot, sous-maîtresse au Chabanais en 1900. ©Galerie Au Bonheur du Jour

    Dans l'immeuble du 12, rue Chabanais, non loin du jardin du Palais-Royal à Paris, à l’extérieur comme à l’intérieur, rien ne fait penser au sexe ou à la débauche ! Point de lanières de flagellation, point de bidet et bien sûr point de courtisanes... mais de nombreux bureaux répartis sur huit étages. Et pourtant, de 1877 à 1946, le Chabanais, fréquenté par de riches industriels, des hommes politiques, ou autres têtes couronnées fut le bordel le plus fameux et le plus luxueux d’Europe.

    Le 12, rue Chabanais n’a plus de sulfureux que sa réputation. Coincé entre deux restaurants asiatiques, c'est un immeuble de huit étages à la façade très discrète... Difficile d'imaginer que se trouvait là, la plus courue et la plus luxueuse des maisons closes parisiennes.

    Une multitude de bureaux a élu domicile ici, dans un agencement qui tient plus du préfabriqué qu’autre chose. Il faut donc faire un gros effort d’imagination pour entrevoir ce que fût la maison de tolérance ouverte en 1877 par une certaine Alexandrine Jouannet, dite Kelly, ou encore Mme Darcourt. Elle se faisait également appelée « Fatma », car l’orientalisme était dans ces années-là à la mode (y compris en peinture comme en témoigne Le bain turc de Ingres ou la création en 1893 de la société des peintres orientalistes français). Le croissant et l’étoile, symboles orientaux figuraient même sur le heurtoir à l’entrée, et au-dessus des portes des chambres.

    Le 12 rue Chabanais, à deux pas du jardin du Palais Royal et de la Bibliothèque nationale de France. P.Blettery/RFI

    Sous-maîtresse au 6 rue des Moulins, Alexandrine Jouannet, venue de Lyon, Constantinople puis Marseille, souhaitait que sa maison orientale soit fréquentée par les plus grands. Elle engagea donc des sommes importantes pour la décoration et l'ameublement. Chaque chambre avait un thème différent. Il y avait la Médiévale, la Mauresque. La Japonaise obtint même un prix à l’Exposition universelle de 1900.

    Les poutres sont restées, les deux portes en fer forgé à l'entrée aussi. Mais c'est tout. Impossible de comprendre quels étaient les volumes de l'époque. Il faut tout deviner, comme nous l'explique le gérant d'une société informatique domicilée dans l'immeuble. Au troisième étage, une toute petite fenêtre est entrouverte. En un coup d'oeil, on comprend la philosophie du lieu : voir sans être vu.

    Décor d'une des deux portes en fer forgé. P.Blettery/RFI

    Nicole Canet, qui tient la galerie d’art érotique au Bonheur du jour, a retracé l’histoire de cette maison dans un livre Histoire de la célèbre maison close le Chabanais 1877-1946 : « Le principal salon était le salon Louis XV, au 3e étage. C'était le plus beau, avec tous les vitraux et les peintures du célèbre Charles Toché qui décora également les châteaux d'Amboise et de Blois ».

    Au 5e étage, c'était la chambre indienne, celle fréquentée par le prince de Galles, futur roi Edouard VII. Les plafonds et les murs étaient recouverts de miroirs, les rideaux étaient en soie.

    Le siège d'amour du Prince de Galles, mobilier du Chabanais. ©Galerie Au Bonheur du Jour

    Dans le petit boudoir adjacent, il y avait le fameux siège d’amour à deux étages, ou siège à bascule spécialement conçu pour le prince. C'est l'artisan ébéniste, Louis Soubrier, en 1890 qui le façonna. Le futur roi d'Angleterre Edouard VII aimait également se prélasser dans une baignoire en cuivre ornée d’une figure de proue en forme de sirène, remplie de champagne. 

    «Welcome to the Chabanais, the house of all nations»

    « Bertie », comme était surnommé le prince de Galles, ne fut pas le seul client illustre de cet établissement. Il faut signaler que les passes étaient chères : 100 francs ( l'équivalent de 1 000 euros), pour la nuit entière, il fallait compter 200 francs ( soit 2 000 euros). Cela pouvait atteindre 3 000 ou 4 000 francs. Des écrivains comme Guy de Maupassant, Pierre Louÿs s'offraient donc ici des moments de plaisirs sexuels, dans un cadre feutré, exotique, digne des plus beaux hôtels de luxe. Le peintre Toulouse Lautrec goûta aussi aux charmes des courtisanes du Chabanais mais également des diplomates, des hommes politiques et des hommes d'Etat. On dit même que Marlène Dietrich le fréquenta.

    L'accueil des clients se faisaient au rez-de-chaussée dans une grotte en stuc. En 1920, un écriteau vint orner ce décor fantasmagorique: « Welcome to the Chabanais, the house of all nations ». La clientèle y était en effet internationale. Sur les agendas des plus grands de ce monde, un créneau mystérieux « Visite au président du Sénat », pour désigner pudiquement les rendez-vous rue Chabanais de ces messieurs. Point de salle de tortures dans cet établissement, mais un placard où l'on rangeait les cravaches pour les plaisirs sadomasochistes. Tous les accessoires et le mobilier furent vendus en 1951, lors d'une vente aux enchères.

    Margot, Irma, Marthe et les autres

    A l'entrée de l'immeuble, sur la gauche, une agence d'hôtesses voit désormais défiler les curieux, amateurs de visites guidées thématiques ou jeux de pistes insolites. « Tout le monde sait ici que c'était un claque, mais sans plus », avoue une employée. La réalité de la vie des vingt-quatre filles qui travaillaient là est donc bien loin. Pensionnaires ou bien sous-maîtresses, elles devaient toutes être enregistrées auprès du service des mœurs comme « femmes publiques ». Contrairement aux autres maisons closes du quartier, les femmes étaient assez libres, raconte Nicole Canet. Elles étaient habillées avec des tenues orientales les faisant ainsi ressembler plus à de petites « bourgeoises très sages » qu'à des prostituées, comme l'a expliqué Marie Choisy, journaliste, dans son livre Un mois chez les filles, paru en 1928. Une grande importance était accordée à l'hygiène des filles qui voyaient une fois par semaine un médecin.

    Après maints changements de propriétaires, la maison close la plus chic de Paris ferma ses portes en 1946, après le vote de la loi Marthe Richard. Cette dernière, ancienne prostituée devenue conseillère municipale de Paris, souligna lors d'une interview, le caractère exceptionnel du Chabanais, lieu de prostitution certes, mais à la réputation inégalée : « Certaines maisons comme le One Two Two ou le Chabanais étaient très bien, on aurait eu envie d’y rester. »

     

    Le principal salon était le salon Louis XV, au troisième étage. C'était le plus beau, avec tous les vitraux et les peintures du célèbre Charles Toché qui décora également les châteaux d'Amboise et de Blois...
    Un reportage de Patricia Blettery aussi à écouter 15/08/2018 - par Patricia Blettery Écouter

     

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