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    France

    Lieux oubliés: le «cimetière des oubliés» de Cadillac

    media Vue du «cimetière des oubliés», qui abritaient les soldats souffrant de démence pendant la Grande Guerre à Cadillac, près de Bordeaux. RFI/Olivier Favier

    « Torpillage », « méthode brusquée »… les traumatismes psychiques des soldats ont été « soignés » durant la Grande Guerre à l’électricité. Quel que soit le degré de la blessure mentale, tout était fait pour ramener les militaires au front dans les plus brefs délais, soupçonnés qu’ils étaient d’être des lâches ou des simulateurs. Une toute petite minorité, jugée chronique ou incurable, restait malgré tout internée. C’est le cas à Cadillac, en Gironde, dans le sud-ouest de la France, où ils ont leur carré de sépultures : le « cimetière des oubliés ».

    « Avant, on nous mettait des pensées. » Martine B. est psychologue à la retraite. Elle a travaillé un temps à l’Unité des malades difficiles de Cadillac, près de Bordeaux, dans le sud-ouest de la France. Et elle rit à cette évocation de Bruno M., un ancien patient œuvrant à l’atelier-jardin, qui autrefois servait à couvrir de fleurs les tombes des défunts de l’asile. Elle est aujourd’hui la secrétaire de l’Association des « amis du cimetière des oubliés »

    Il a été créé en 1920, entre le cimetière communal et « l’asile d’aliénés », du fait du nombre important de décès survenus durant la Première Guerre mondiale (1914-1918). Il contient, fait unique en France, un carré militaire destiné aux « mutilés du cerveau ». Cette particularité lui a valu d’être inscrit au titre des monuments historiques en 2010. Deux plaques déposées par des anciens combattants, l’une en 1937, l’autre dans les années 1950, leur rendent hommage.

    Les croix rouillées...

    Pour le reste, le cimetière est dans un état de total abandon. Bien peu de visiteurs le fréquentent et aucune brochure de l’office du tourisme ne mentionne son existence. Comme au temps de la Grande Guerre, la folie fait naître un sentiment de honte. Si le temps du centenaire a permis la publication de quelques livres importants sur le sujet, le lieu qui pourrait raconter cette histoire n’a pas été nettoyé et restauré.

    Dans la lumière de l’été, les herbes cachent un peu la morne régularité de plus de 900 croix rouillées, réparties sur un quadrilatère de 135 mètres de long pour 35 mètres de large. Les croix des gueules cassées sont au nombre de 99. Parmi elles, 27 ont encore un nom lisible. Elles portent parfois les mentions « A.C. » pour « ancien combattant », ou « MUT » pour « mutilé du cerveau ». Jérôme est mort en 1963 et sa fille ou son fils a exprimé son souvenir. Gabriel avait des neveux ou nièces et il est mort en 1965. C’est au mieux ce qu’on saura de quelques-uns d’entre eux, en errant parmi les tombes.

    Toutes correspondent à des inhumations tardives, du milieu des années 1950 jusqu’en 1968. Une seule porte une date de naissance, 1895 : un certain Sylvain Duclau. Les gravats des sépultures plus anciennes et les ossements ont été déversés au fond du cimetière dans une citerne souterraine. Parfois, le sol s’est affaissé quand les cercueils ont cédé. Les morts, ici, sont ensevelis en pleine terre.

    Guerre et folie

    Le psychiatre criminaliste en retraite Michel Bénézech a fait des recherches minutieuses sur le lieu, son histoire, et sur l’identité des dépouilles qui s’y trouvent. Les diagnostics sont variés, mais presque un tiers des patients sont atteints de mélancolie. D’autres sont décrits, selon la terminologie de l’époque, comme souffrant de folie circulaire - maniaco-dépression - ou de démence précoce - schizophrénie. Les cas d’alcoolisme ou de débilité sont très rares.

    Durant la Grande Guerre, plus de 400 personnes ont été accueillies ici, venues par le train militaire de Bordeaux, dont plus de 130 de manière définitive. Parmi eux, on trouve quelques prisonniers de guerre et deux tiers de combattants du front. Un quart des internés sont des Africains, à qui les traumatismes ajoutés de l’exil et de la guerre ont fait perdre la raison. Le gros des admissions a lieu en 1918 et se poursuit en 1919. La moitié des décès dans ces lieux sont dus à la tuberculose.

    Durant la Seconde Guerre mondiale, les pensionnaires de l’hôpital de Sarreguemines viendront grossir les rangs de l’asile d’aliénés. Près des trois quarts mourront de faim et de mauvais traitements durant l’occupation. Observant la formation de l’œdème de famine à l’hôpital de Cadillac, l’interne Guy Papet en fera l’objet de sa thèse de médecine. Les scènes qu’il décrit sont littéralement insoutenables.

    Cette autre tragédie mêlant la folie et la guerre fera 45 000 décès sur l’ensemble du territoire national. À son propos, l’historienne Isabelle Von Bueltzingsloewen a même parlé de L’Hécatombe des fous (Flammarion, 2007).

    ►Notre série sur les  Lieux oubliés

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