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    Emmanuel Macron reconnaît le rôle de l'Etat dans la mort de Maurice Audin

    media Le président Emmanuel Macron en compagnie de Michèle Audin, fille de Maurice Audin, à Paris, le 13 septembre 2018. Thomas SAMSON / AFP

    C'est une décision déjà présentée comme historique : le chef de l'Etat admet que la France est derrière la mort, toujours inexpliquée, de Maurice Audin en 1957. Selon la version officielle qui a perduré pendant 60 ans, ce militant communiste, partisan de l’indépendance de l’Algérie, avait « disparu ». Le président français prend aujourd'hui le chemin de plusieurs de ses prédécesseurs sur les dossiers mémoriels.

    « Pardon ». C’est le mot, fort, qu’a adressé Emmanuel Macron à Josette Audin ce jeudi 13 septembre. Une excuse, car c’est la France qui est responsable de la mort de son mari, 61 ans plus tôt. Rarement version officielle et réalité historique ont été si éloignées : pendant six décennies, la famille Audin s’est entendue dire que Maurice avait disparu.

    Nous sommes en 1956. Le Parlement français donne toute latitude au gouvernement pour rétablir l’ordre en Algérie. L’exécutif donne alors pouvoir de police à l’armée sur place. « Un système légalement institué qui a favorisé les disparitions et qui a permis la torture à des fins politiques », reconnaît aujourd’hui l’Elysée.

    C’est de ce système qu’a été victime Maurice Audin. L’homme est mathématicien, il a 25 ans, et prépare une thèse à la Sorbonne mais vit à Alger où il enseigne à l'université. Lui et sa femme militent pour le Parti communiste algérien - sans responsabilité -, le couple est partisan de l’Algérie indépendante. Josette Audin se souvient d’un soir de juin 1957 en pleine bataille d’Alger : « Nous nous sommes couchés, les enfants étaient au lit. Dans la nuit on a frappé à la porte. Ils venaient chercher mon mari, ils l’ont emmené. On ne l’a plus revu. »

    « Ils », c’est l’armée française, les parachutistes. Ils soupçonnent Maurice Audin d’héberger des membres de la cellule armée du parti communiste algérien. Josette Audin n’aura des nouvelles qu’une semaine plus tard. « Ils m’ont dit qu’ils avaient une bonne nouvelle à m’apprendre. C’était que mon mari s’était évadé. C’est tout, ils n’avaient plus rien à me dire. Je suis sortie en pleurant et en disant qu’ils l’avaient tué. »

    Ceci restera la version officielle des années durant, malgré le travail des historiens qui montrera que Maurice Audin est mort en détention, probablement torturé. Un premier coup de canif officiel sera donné à l’histoire officielle en 2014. François Hollande inaugure une place Maurice-Audin lors d’un déplacement à Alger. Celui qui est alors chef de l’Etat admet alors que le militant ne s’est jamais évadé, qu’il est décédé en prison. François Hollande n’ira cependant pas plus loin.

    De la nouvelle matière ouverte aux historiens

    Emmanuel Macron a fait le dernier pas dans le domicile de Josette Audin, ce jeudi. Des excuses, et un peu plus : le président de la République annonce également l'ouverture de toutes les archives d'Etat relatives aux disparus de la guerre d'Algérie. « Le système qui fonctionnait jusqu’à présent reposait sur des dérogations », explique Benjamin Stora, historien spécialiste de l'Algérie, et président du Musée national de l’histoire de l’immigration. « Les historiens devaient demander à chaque fois, sur des séquences particulières et précises, à bénéficier de dérogations pour avoir accès aux documents, les archives de sûreté, les archives de l’armée, de la police ».

    Désormais, ces documents vont être accessibles sans restriction aux historiens, mais également aux familles et aux associations. Cette somme de ressources va permettre de faire la lumière sur de nombreux autres cas, car il n’y a pas eu qu’un seul Maurice Audin. On estime en effet à plusieurs milliers, dans les deux camps, les disparus de la guerre d’Algérie. Par cette mesure, Emmanuel Macron souhaite que le travail de mémoire se poursuive. Le chef de l’Etat estime ainsi que le règlement de l’affaire Audin doit être un symbole permettant d’aller plus loin. Néanmoins, pas question de déclassifier tout ce qui concerne la guerre d'Algérie, ce qui serait trop sensible. Seules sont concernées les archives portant sur les disparus.

    Pour beaucoup, dont Benjamin Stora, il s’agit donc d’un moment historique, similaire à la reconnaissance par Jacques Chirac de la responsabilité française dans la rafle du Vel’ d’Hiv’ durant la Seconde Guerre mondiale.

    Cependant, comme souvent dans les affaires mémorielles, le président de la République prend le risque de raviver certaines plaies, notamment du côté des anciens combattants. Emmanuel Macron a donc très soigneusement choisi ses mots en évoquant effectivement la responsabilité de la France, mais également en parlant d’actes d’individus et non de toute l’armée : « Si la mort de Maurice Audin est, en dernier ressort, le fait de quelques-uns, elle a néanmoins été rendue possible par un système légalement institué. »


    ► REPORTAGE

    Le chef de l'Etat s'est rendu sans caméra à Bagnolet en région parisienne au domicile de la veuve de Maurice Audin, Josette Audin, âgée de 87 ans. « La seule chose que je fais c'est reconnaître la vérité » lui a notamment dit Emmanuel Macron.

    RFI a rencontré Josette Audin chez elle juste après le départ du président de la République : « C’est important de voir que ça intéresse encore les gens de s’occuper de ce qui s’est passé, de façon… enfin je ne préfère pas qualifier… C’est un peu tard quand même, il aurait mieux valu que ça se passe plus tôt, mais c’est bien quand même, on ne peut pas refuser et dire que ce n’est pas bien. Il valait mieux qu’il y est quelqu’un, un peu tard peut-être, qui parle de cette façon. Je l’ai remercié parce que quand même c’est la première fois depuis longtemps qu’un responsable politique se présente de cette façon. »

    Quand ma mère a remercié Emmanuel Macron, il lui a dit que c'était à nous plutôt de pardonner à la République pour le temps qu'elle avait mis à reconnaître cette chose.
    Dans l'appartement de la famille Audin après la venue du président 18/09/2018 - par Anthony Lattier Écouter

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