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    France

    Moussy-le-Vieux, le château sans miroir des Gueules cassées

    media Le buste d'Albert Jugon, cofondateur de l'Union des blessés de la face, Château de Moussy. ©Olivier Favier/RFI

    À 35 kilomètres au Nord-Est de Paris et à huit kilomètres de l’aéroport Charles de Gaulle, se dresse le château de Moussy-le-Vieux. Cette demeure aristocratique du 18e siècle vient d’être rachetée par un promoteur immobilier en vue de sa transformation en complexe hôtelier. Mais de 1926 à 2014, elle a accueilli des blessés de guerre de la face et de la tête, plus connus sous le nom de «Gueules cassées». Les Journées européennes du patrimoine offrent pour la dernière fois, les 15 et 16 septembre 2018, la possibilité de visiter ce qui demeure un des hauts lieux de mémoire de la Première Guerre mondiale. 

    Le centenaire nous l’a obstinément rappelé. La Grande Guerre frappe par sa démesure. En France, plus d’un quart des hommes de 18 à 27 ans ont perdu la vie au combat. S’y ajoutent 300 000 civils et autant de disparus. On se souvient moins des blessés, qui dépassent les 4 millions, soit plus de la moitié des mobilisés. Au sortir du conflit, les amputés se comptent par centaines de milliers, les aveugles sont plus de 40 000.

    Un difficile retour à la vie civile

    Mais de tous les mutilés, ceux dont le visage a été ravagé par les balles, les obus, les grenades, qui génèrent des blessures inédites, sont les plus dépourvus au sortir du conflit. Ils sont près de 15 000 à avoir été défigurés. Beaucoup sont des blessés qu’on aurait laissé pour morts lors des conflits précédents. Si cinq d’entre eux sont invités par le président du Conseil, Georges Clémenceau, lors de la signature du Traité de Versailles, leur quotidien dans l’après-guerre est rien moins qu’assuré.

    Si leurs souffrances ont permis des progrès spectaculaires de la chirurgie maxillo-faciale, elles n’ont ouvert le droit souvent à aucune pension. Leurs mutilations ne sont pas considérées comme une infirmité. Beaucoup peinent à retrouver un emploi dans la vie civile, sont rejetés par leurs compagnes et leurs familles, inspirent la peur ou la pitié des passants, des sentiments bien éloignés de ce qu’ils considèrent comme un sacrifice à leur pays, motivé par le sens du devoir.

    Refusant le statut de victimes, trois d’entre eux fondent en 1921 l’Union des blessés de la face, afin de venir en aide à leur camarades les plus démunis. Ils choisissent comme devise « Sourire quand même ! ». Le président de l’association, le colonel Picot, a eu une partie du visage emporté par un éclat d’obus en janvier 1917. Soigné au Val-de-Grâce, comme ses deux futurs complices, Albert Jugon et Bienaimé Jourdain, à l’étage dit « des baveux », il est député de 1919 à 1932, avant de quitter la politique pour se consacrer entièrement à sa charge associative.

    La vie de château

    En 1926, des manifestations en tout genre et un don substantiel d’une riche Américaine, permettent à l’Union d’acquérir la demeure de Moussy. Sept ans plus tard, le colonel Picot écrit : « Nous avions voulu pour ces braves gens, nos Camarades, qui avaient sauvé les châteaux des autres, (…) qu’eux aussi connaissent la vie de château. »  Le domaine de 42 hectares devient une vaste exploitation agricole, dont le cidre et les volailles font bientôt la réputation.

    Au bout du parc de ce palais sans glace, l’étang a un surnom tout trouvé, « le Miroir ». Dès 1927, une colonie de vacances est accueillie au domaine. « Les enfants font moins de cas des différences », explique Corinne Valade, élue locale et autrice d’un roman sur les « gueules cassées ». Des concours de châteaux sont organisés dans la sablière et les soldats finissent par en immortaliser un, en béton.

    En 1931, l’association lance une tombola aux lots fabuleux. On peut même y gagner des avions ! Cinq ans plus tard, elle relance la loterie nationale, supprimée un siècle plus tôt. Aujourd’hui encore, elle est la première actionnaire privée de son héritière, La Française des jeux. Ces activités diverses font qu’il y a bientôt plus de gens qui travaillent au domaine que d’habitants au village. Des blessés refont leur vie. « Les femmes qui travaillaient ici, poursuit Corine Lapade, apprenaient à découvrir ces personnes au-delà de leur apparence. Beaucoup avaient une douceur surprenante pour des hommes de cette génération. »

    Un futur musée ?

    Jusqu’à sa fermeture définitive le 14 juillet 2014, le lieu a accueilli des blessés d’autres tragédies, du deuxième conflit mondial aux guerres de décolonisation. Deux autres lieux semblables ont ouvert à Coudon sur la Côte d’Azur et à la Chaumette en Touraine. En 2001, l’association se double d’une Fondation des Gueules cassées -un terme qui avait été refusé comme dénomination officielle aux fondateurs, 80 ans plus tôt.

    Au sortir du village, dans le cimetière, le carré des Gueules cassées rassemble plus d’une centaine de tombes. On y trouve les sépultures des trois fondateurs, semblables aux autres, ainsi que celle d’une femme, Marguerite Coragliotti, une téléphoniste blessée en 1918. Elle est aussi la seule femme à avoir été décorée de la Médaille militaire durant la Grande Guerre, parmi 230 000 « poilus ».

    Un projet de musée dans une bâtisse du domaine est à l’étude. Il se doublera d’un chemin de mémoire. Comme les blessés psychiques de guerre, les Gueules cassées n’ont pour l’instant aucun lieu qui leur soit dédié dans le riche éventail muséologique français dédié à la Grande Guerre. Dans le souvenir commun, ils incarnent pourtant mieux que quiconque la nécessité du « Plus jamais ça ! ».

    Visite guidée, gratuite sans réservation, les samedi 15 et dimanche 16 septembre 2018, de 15h à 16h30, rendez-vous au parking du château des Gueules cassées, à Moussy-le-Vieux. La visite sera assurée par Corine Valade, dont le roman Gueules cassées... et alors? est publié aux éditions de Borée (collection Terre de poche).

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