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    France

    Alexandre Benalla passe sur le gril devant les sénateurs

    media Alexandre Benalla et Emmanuel Macron, le 12 avril 2018. REUTERS/Gonzalo Fuentes

    L'ex-collaborateur du chef de l'Etat mis en examen pour violences en réunion pour avoir frappé un manifestant le 1er mai dernier à Paris, a soufflé le chaud et le froid ces derniers jours. Dans un premier temps, Alexandre Benalla a assuré qu'il ne se rendrait pas devant la commission d’enquête parlementaire du Sénat avant de se raviser et d'admettre qu'il était contraint de s'y rendre. Il est donc convoqué ce 19 septembre à 8h30, avec deux autres responsables, devant les sénateurs qui attendent des réponses sur son rôle dans la protection du président.

    Avant même qu’elle n’ait eu lieu, cette audition d'Alexandre Benalla devant le Sénat ce 19 septembre a pris un tour politique, suscitant de vives réactions au plus haut sommet de l'Etat.

    Christophe Castaner, secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement, également patron de la République en marche (LREM), a ainsi dénoncé une commission d'enquête qui voudrait s'arroger un pouvoir de destitution du président. Nicole Belloubet a dénoncé de son côté « l'instrumentalisation d'une dérive personnelle ».

    La ministre de la Justice a aussi adressé une mise en garde aux sénateurs. «  Il ne doit pas y avoir d’interférences entre une commission d’enquête parlementaire et une information judiciaire, déclare la garde des Sceaux. Pourquoi ? Au nom de la séparation des pouvoirs et parce que la garantie des droits pour la personne qui est en cause, n’est pas la même devant le Parlement et devant l’institution judiciaire ».

    Les sénateurs se défendent de toute dérive. Son président, Philippe Bas, n'a de cesse de répéter que la commission d'enquête n'interfère en rien avec la justice. C'est une situation banale, ajoute son corapporteur, le sénateur du Loiret Jean-Pierre Sueur. « Je constate qu’il y a sans doute un peu de fébrilité, mais cela n’a pas lieu d’être puisque nous ne sommes pas des juges, nous ne décidons pas de sanctions, nous faisons notre travail, explique-t-il. Une commission d’enquête parlementaire, c’est quelque chose où l’on doit chercher la vérité, chercher les dysfonctionnements et proposer des préconisations pour y remédier. Nous sommes extrêmement respectueux de l’indépendance de la Justice et de la procédure en cours. Nous n’avons pas à recevoir ni d’injonctions, ni d’admonestations de la part des représentants du pouvoir exécutif ».

    Quel rôle de Benalla à l’Elysée ?

    La commission d'enquête du Sénat cherche à établir si Alexandre Benalla a rempli une fonction de protection personnelle du président de la République. Ce qui relèverait d'un dysfonctionnement des services de l'Etat puisque cette fonction très sensible est normalement dévolue à des unités d'élite de la police et de la gendarmerie. A ce stade, la commission d'enquête sénatoriale n'a pas eu accès à la fiche de poste d'Alexandre Benalla, pas plus qu'à sa feuille de paie.

    Mais pour Laurent Franck Lienard, l'avocat d'Alexandre Benalla, les sénateurs risquent de rester sur leur faim. « Les sénateurs vont avoir des difficultés à l’interroger car le champ des interrogations possibles va être très limité, assure-t-il. Ils ne peuvent pas l’interroger sur l’information judiciaire en cours, dont le champ est très large. Non seulement Alexandre Benalla ne peut pas répondre aux questions qui seraient posées sur l’enquête, mais surtout la commission d’enquête sénatoriale ne peut pas poser de questions sur l’enquête. Quand nous regardons le champ des questions possibles, c’est tellement limité. Finalement je ne sais même pas si les sénateurs vont pouvoir lui poser la moindre question. Il ne peut pas parler de la sécurité du président de la République parce que c’est couvert par le secret de la défense nationale. Il va pouvoir sans difficulté donner sa fiche de poste : adjoint au chef de cabinet du président de la République. On n’aura pas beaucoup avancé et finalement, il ne peut pas véritablement donner beaucoup de détails ».

    Le sénateur Jean-Pierre Sueur entend pourtant obtenir des réponses claires et précises, tout en restant dans ce qu'il appelle son « couloir ». « Notre couloir, c’est permettre le contrôle du gouvernement et l’évaluation des politiques publiques, poursuit-il. La protection des hautes personnalités et du président de la République, c’est incontestablement une politique publique. Toute personne convoquée devant la commission d’enquête parlementaire doit s’y rendre, prêter serment et répondre aux questions. Les personnes que nous entendrons, c’est-à-dire monsieur Benalla, monsieur Crase [chef d’escadron dans la réserve opérationnelle de la gendarmerie, filmé à ses côtés et également mis en examen] et monsieur Drouet [ancien chef de cabinet du préfet de police de Paris] apporteront leur vérité, tout se déroulera normalement et je ne fais pas l’hypothèse qu’il en sera autrement ».

    Alexandre Benalla, qui doit donc être entendu par les sénateurs, est très tendu selon son avocat, qui promet des poursuites si l'audition venait à prendre un caractère qu'il jugerait trop politique.

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