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    Afrique

    Cent ans après l'armistice, la Première guerre mondiale entre mémoire et oubli

    media Rethondes, signature de l'armistice de la Première Guerre mondiale. STR / AFP

    Il y a 100 ans, jour pour jour, était signé l'armistice mettant un terme à la Première Guerre mondiale, qui aura tué près de 10 millions de combattants entre 1914 et 1918. Le 11-Novembre, une journée et une semaine où tout a basculé.

    Début novembre. Les troupes allemandes reculent, partout en Occident. Leurs ennemis réclament une reddition. Le 7, vers 20h30, près de La Capelle dans le nord, un coup de clairon résonne. Il annonce un cessez-le-feu pour permettre le passage d'une délégation allemande. Elle prend un train pour la clairière de Rethondes. Celui du maréchal de France, Ferdinand Foch, les y attend.

    L’ambiance est glaciale. « Demandez-vous un armistice ? » « Nous le demandons. » Trente-quatre conditions sont posées, dont le désarmement et le retrait de la rive gauche du Rhin, qui portera plus tard les germes de l'humiliation.

    Les Allemands ont trois jours pour réfléchir. Ils négocient jusqu'à la nuit du 10 au 11. Puis dans un wagon devenu célèbre, entre 5h12 et 5h20 du matin, signent le document. A 11 heures pile, les combats doivent s'arrêter.

    Entre-temps, les bombardements continuent. Le Français Augustin Trébuchon, le Canadien George Lawrence Price, l'Américain Henry Gunther tombent dans les cinq dernières minutes.

    Joie et soulagement

    Partout, les clairons annoncent la bonne nouvelle. Les soldats sortent des tranchées, soulagés et abasourdis. C’est la liesse dans les grandes villes. Les cloches sonnent dans toutes les communes de France, comme ce 11 novembre 2018.

    Mais 100 ans après, en France, les témoins directs du conflit ont tous disparus. Les derniers « poilus » se sont éteints, emportant avec eux les souvenirs des horreurs des tranchées. Interrogés il y a quelques années, certains d’entre eux se souvenaient encore de la joie et du soulagement ressentis à l’annonce de la fin des hostilités.

    Quand les clairons ont sonné, « je n’y croyais pas, et les copains non plus », racontait alors Claude-Marie Boucaud. Ferdinand Gilson se rappelait pour sa part avoir dansé « quelques pas de polka avec un artilleur », lui qui n’avait « jamais dansé de sa vie ». Et de conclure : « Le 11 novembre 1918, en ce qui nous concerne, nous, en Europe occidentale, la boucherie était terminée. »

    J’étais en permission et je rentre pour rejoindre mon régiment. Et arrivé à Bar-le-Duc, on m’annonce que l’armistice a été signé. Quand on a quitté Verdun, c’était pas drôle. Et on était heureux d'en terminer.

    Souvenirs de poilus: l'annonce de l'armistice 11/11/2018 - par Archives RFI Écouter

    En Afrique, une histoire qui disparaît

    Entre 1914 et 1918, près de 30 000 tirailleurs africains sont morts dans les tranchées. Avec 77 000 soldats sur 200 000 venus du continent, les Sénégalais formaient l’un des plus importants contingents. Mais un siècle après la fin de cette guerre, cette histoire commune semble disparaître.

    Etudiant, Amadou Diallo estime que peu de jeunes la connaissent. « On peut dire que la majeure partie de la jeunesse sénégalaise ne sait pas réellement ce que ça veut dire que d’être un tirailleur. Vu, aussi, que ce qu’on nous enseigne à l’école et ce qu’on voit au niveau des documentaires, ça paraît totalement différent. »

    A la fac d’histoire, il faut aller voir les anciens comme le restaurateur Aliou Kane pour entendre des bribes d’un passé commun. « Nous sommes très contents parce qu’on a nos anciens tirailleurs sénégalais. J’ai mon beau-père, là, il a fait l’armée française. On a bien aidé la France. Surtout nous, les Africains. On a travaillé pour nous, on a travaillé pour l’Afrique. »

    Sur le banc d’à côté, une étudiante tend l’oreille. Mais quand on lui demande si elle va suivre les cérémonies du 11-Novembre en France, elle avoue ne pas connaître « cette histoire ».

    Lamine Dia Baye est archiviste à la fac de lettres. Pour lui, les tirailleurs ont été humiliés et la France paye aujourd’hui son arrogance. « Ça pose un réel problème ! Quand on avait besoin des tirailleurs, ils se sont battus pour libérer la France. Aujourd’hui, la France empêche ses enfants d’aller en France ! C’est un manque d’humanité. »

    Mais il n'y a pas qu'au Sénégal où ce passé commun s'efface petit à petit. Au Mali aussi, le souvenir des tirailleurs tend à disparaître. L'historien malien Soumaïla Sanogo explique qu'au Mali, « quand on parle de la Première Guerre mondiale, ça crée d’autres souvenirs qui ne sont pas forcément liés au souvenir de la guerre. Les impôts, les taxes qui ont augmenté. Les réquisitions de grain, etc. Ça, ce sont des choses qui ont bien plus touché la population. Ça a créé un choc et les populations se sont révoltées. »

    Et cette histoire a été plus ou moins instrumentalisée par l’administration coloniale, qui a davantage « travailler à l’oubli qu’à entretenir un souvenir de guerre, explique le spécialiste de la Grande Guerre. Parce que ça pouvait être un ferment pour d’autres soulèvements. »

    Grande Guerre : Les batailles oubliées de l'Afrique RFI

    100 ans après, Paris se dote de son monument aux morts

    S’il existe à Paris, quantité de plaques, stèles, ou sculptures à la mémoire de la grande guerre, aucun de ces édifices ne rassemblait jusqu’à présent l’intégralité des noms des victimes parisiennes. Mais désormais, les 94 684 soldats parisiens tombés pour la France vont enfin avoir un monument qui leur rend hommage. La maire de Paris, Anne Hidalgo doit l’inaugurer aujourd’hui.

    Catherine Vieu-Charier, adjointe au maire et chargée de la mémoire et du monde combattant, les raisons de ce retard. « Il a fallu attendre si longtemps parce que, d’abord, il y a eu un temps de deuil partout en France. Les gens n’ont pas construit dès le lendemain du 11 novembre un monument aux morts. Mais à Paris c’était plus compliqué que dans n’importe quelle autre ville de France, parce que Paris est une très grande ville. Peut-être que l’argent manquait aussi. Peut-être que tout le monde n’était pas d’accord sur la forme à donner à ce monument. Enfin, toujours est-il qu’il était difficile de faire une liste non exhaustive de ces morts. On n’avait pas tous les outils. »

    Catherine Vieu-Charier estime que c’est un travail de mémoire indispensable pour la cité. « C’est important de faire ce monument parce que les hommes et les femmes vivent aussi avec les symboles. Ce symbole-là est important pourquoi ? Parce qu’il remet dans le monde des vivants ces 95 000 hommes qui étaient devenus des fantômes dans la ville. C’est très fort et c’est important de le faire parce qu’on leur devait ça ».

     

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