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    France

    Affaire Carlos Ghosn: dégoût et écoeurement à l'usine Renault de Flins

    media L'entrée principale de l'usine Renault de Flins, le 11 septembre 2008. AFP / Franck Fife

    La déflagration de l'affaire Carlos Ghosn atteint les usines de l'alliance Renault-Nissan. Colère et dépit, ce sont les réactions à la sortie de l'un des plus importants centres de fabrication de voitures Renault à Flins, près de Paris, à l'annonce du détournement de plusieurs millions d'euros de leur patron. Reportage.

    « Carlos Ghosn démission ! » lance un salarié de l'usine. L'écoeurement et le choc sont visibles aux portes de l'usine Renault. Beaucoup de salariés ont appris la fraude fiscale et le détournement de plusieurs millions de leur patron alors qu'ils étaient en plein travail.

    Parmi les surpris, Norredine. Cet intérimaire depuis des années est tombé de haut: « Moi, en tant qu'intérimaire, je suis écoeuré. Moi, je suis dégoûté. Nous les intérimaires, on a du mal à se faire embaucher. Les postes ne sont pas bien adaptés. Les salaires, ça fait des années qu'ils descendent au lieu de monter. Et là, on apprend une grosse escroquerie. Ça n'avance donc pas dans le bon sens. »

    Steven est également intérimaire. Il se dépêche pour prendre la relève à 13h. Et on lui apprend que son patron aurait détourné des millions d'euros: « C'est une chose qui est dure à apprendre. Vu comment on se donne pour travailler ici. Du coup, ça choque un peu. ça dégoute même. On se donne vraiment à 100%. Et on se fait allumer tous les jours pour des résultats qui pour eux ne sont pas très bons alors que le travail qu'on fait, il s'envole comme ça. »

    D'autres comme Jean Pierre, 15 ans chez Renault, avouent ne plus être surpris, quelque peu fatalistes: « Ça ne m'étonne pas. Car l'argent appelle l'argent. »

    Du côté des syndicats, la CGT pourrait se saisir de l'affaire pour réclamer une hausse des salaires gelés voire en baisse chez les 2 500 employés dont 2000 intérimaires. Ali Kaya, secrétaire du syndicat à l'usine de Flins, exprime lui aussi son dégoût: « Ça fait des années qu'il détourne de l'argent de la poche des travailleurs. Vous savez, il gagne 45 000 euros par jour. Or cela fait belle lurette qu'il aurait du être arrêté. Et ça, c'est légal. Donc moi ce qui me choque, c'est que des gens puissent gagner des sommes aussi énormes et que finalement ça ne leur suffise jamais. Ça montre à quel point cette classe bourgeoise est dégénérée. Parce que gagner autant d'argent et vouloir en gagner encore plus, il y a un problème quasi pathologique. Et ça ne choque personne ! C'est tout le système qui est pourri. Tout cela sur le dos des travailleurs. D'ailleurs, dans cette usine, il y a 2000 intérimaires qui sont payés au Smic, et cela, ça ne choque personne. Mais nous, cela fait très longtemps que nous sommes choqués. Mais voilà, ce comportement est abject. »


    Carlos Ghosn, entre réussites et polémiques

    Vénéré quasiment comme un chef d'Etat, on lui reconnaît d'avoir sauvé Nissan, fleuron industriel de l'archipel, au bord de la faillite en 1998. Carlos Ghosn, citoyen du monde, d'origine libanaise, né au Brésil, et devenu Français, une réputation de « cost killer », des économies et une stratégie qui font la réussite du groupe à l'international. Une alliance Nissan-Mitsubishi et Renault, l'ambition de devenir le premier constructeur automobile au monde. Près de 10,6 millions de voitures vendues l'an dernier, mieux que ses rivaux Toyota ou Volkswagen.

    Une stratégie d'expansion notamment dans les pays émergents. Mais beaucoup de critiques, particulièrement en France. Les syndicats parlent d'un dialogue social extrêmement difficile, accusent Carlos Ghosn de ne pas suffisamment miser sur les talents locaux. Et puis, il y a la polémique sur son salaire, près de 16 millions d'euros l'an dernier.

    Cette affaire qui éclate au Japon conforte ses détracteurs. D'autant que Carlos Ghosn ne se serait pas contenté de cacher son salaire au fisc. De l'aveu même de la direction de Nissan, il a détourné de l'argent de la société pour son profit personnel. Le groupe, dont le siège a été perquisitionné, demande son départ. Mitsubishi pourrait faire de même. Renault convoquera un conseil d'administration, au plus vite.

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