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    Edouard Philippe prêt à un abandon de la hausse des taxes carburant

    media Le Premier ministre Edouard Philippe lors des questions au gouvernement, mercredi 5 décembre à l'Assemblée nationale. REUTERS/Gonzalo Fuentes

    L'exécutif est prêt à abandonner définitivement la hausse de la taxe pesant sur les carburants s'il ne trouve pas les « bonnes solutions », ainsi qu'à un « débat » sur sa réforme controversée de l'impôt sur la fortune (ISF), face à la crise des « gilets jaunes », a annoncé mercredi le Premier ministre Édouard Philippe à l'Assemblée nationale.

    « Si nous ne trouvons pas les bonnes solutions, a dit le Premier ministre, nous n'appliquerons pas » l'augmentation de la taxe carbone prévue au 1er janvier et qui a agi comme détonateur de la fronde, avant que l'exécutif ne la suspende mardi pour six mois.

    Le chef du gouvernement s'exprimait devant les députés « sur la fiscalité écologique et ses conséquences sur le pouvoir d'achat ». Son discours a été suivi de trois heures trente d'interventions des groupes politiques, puis d'un vote dans lequel les députés ont approuvé ses annonces par 358 voix contre 194.

    Le Premier ministre a fixé les deux limites du gouvernement à ce débat: il ne doit entraîner ni « nouvelles taxes », ni « augmentation des déficits », après le moratoire de six mois sur la taxe carburants, qui entraîne deux milliards d'euros de manque à gagner pour les finances publiques. Il s'est dit ouvert à des « États généraux » sur les impôts et les dépenses publiques, « comme le réclament bon nombre de manifestants ».

    « Nous avons beaucoup de choses à améliorer encore »

    Quant à la réforme de l'ISF, supprimé en 2017 et transformé en impôt sur la fortune immobilière (IFI), « comme le Parlement l'a souhaité, un comité composé d'experts et de personnalités qualifiés, dont des parlementaires, effectuera le bilan de cette réforme. Nous ne craignons pas ce débat. Il est nécessaire. Il aura lieu », a lancé Edouard Philippe lors d'un discours souvent chahuté. Les députés d'opposition ont à plusieurs reprises manifesté bruyamment leur désapprobation.

    Le Premier ministre a également esquissé un mea culpa. « S'il existe un tel niveau de colère, qui encore une fois vient de loin, c'est que nous avons beaucoup de choses à améliorer encore », a-t-il dit. « En revanche, je suis persuadé, aujourd'hui autant qu'hier, que le cap que nous avons fixé en mai 2017 est le bon », a néanmoins jugé le chef du gouvernement.

    Le grand débat local de trois mois voulu par l'exécutif pour trouver des réponses aux doléances des « gilets jaunes », son organisation sera confiée à l'ancienne ministre des Sports et secrétaire d'État chargée de l'Écologie Chantal Jouanno, avec un « comité de garants », a-t-il annoncé. Frais bancaires, assurances, mutuelles, entretien des voitures, prime transport versée par les entreprises: le Premier ministre a suggéré les « dépenses contraintes » qui pourraient être débattues.


    Principales prises de parole mercredi à l'Assemblée

    - Jean-Luc Mélenchon, chef de file des députés LFI
    « J'ai écouté avec attention votre discours, et je l'ai entendu, comme beaucoup je crois ici, comme une sorte de bilan d'adieu. Allez dire au monarque présidentiel que les gens raisonnables sont sur les ronds-points et dans les rues et qu'ils n'en partiront pas avant que vous ayez cédé pour de vrai ou que vous soyez parti. Cédez ou partez. Et comme vous partez, cédez avant. »
       
    - Christian Jacob, président des députés Les Républicains
    « Le vrai responsable, il est à l'Elysée. Puisse cette crise lui ouvrir les yeux. En pariant sur la stigmatisation et d'une certaine manière sur le pourrissement, en étant incapable de répondre au bon moment aux cris de détresse, venus de tous les milieux, de toutes les classes sociales et de tous les territoires, vous avez semé la discorde et la violence. »
       
    - Fabien Roussel, secrétaire national du Parti communiste
    « Cela fait des mois que nous dénonçons le Président des Riches, vos choix politiques en faveur du capital, de la finance. Aujourd'hui, la colère monte: "gilets jaunes", blouses blanches, cols bleus ou robes noires, c'est une révolte arc-en-ciel, une révolte pour la dignité. Ne les humiliez pas en refusant de répondre à leurs demandes. »
       
    - Valérie Rabault, présidente des députés PS
    « Vous avez laissé germer les graines de la colère. Aujourd'hui, les "gilets jaunes" sont rejoints par les agriculteurs, les lycéens, les étudiants, les ambulanciers, les transporteurs, les infirmiers, les retraités, tous les Français qui n'en peuvent plus des injustices que vous ne combattez pas ou que vous avez aggravées (...) Avec le temps qui passe, votre marge de manoeuvre s'amenuise, et il est d'ailleurs peut-être déjà trop tard. »
       
    - Jean-Christophe Lagarde, président des députés UDI-Agir
    « Il est de la responsabilité du président de la République de s'adresser aux Français le plus rapidement possible. En tant que garant de l'unité de la Nation, il doit ramener le calme et redonner de l'espoir. Nous regrettons son invraisemblable silence et son entêtement à ne rien écouter, ni céder... jusqu'à hier. »
       
    - Gilles Le Gendre, président des députés LREM
    « Rien ne nous fera renoncer à notre ardeur transformatrice. Non par entêtement, mais tout simplement parce qu'elle est la condition indispensable de la résolution des problèmes qui rendent infernale la vie de trop nombreux de nos concitoyens (...) il ne suffit pas de transformer notre pays pour les Français, ce que nous faisons plutôt bien, mais il faut aussi transformer le pays avec les Français. »

    (Avec AFP)

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