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    France

    Le sapin, toujours roi des forêts et de la fête de Noël

    media Le sapin de Noël - ici à Disneyland Paris - une tradition vieille de cinq siècles en France. REUTERS/Benoit Tessier

    Invité traditionnel des foyers français durant les fêtes de fin d’année, le sapin de Noël continue de bien se vendre et fait vivre toute une industrie, malgré la concurrence étrangère et les périodes de sécheresse. Petite visite au marché de Rungis où les pépiniéristes ont investi leur espace dès la fin novembre pour fournir la région parisienne et au-delà.

    « Nous, c’est la première fois qu’on vient. Mais on connaît Monsieur et Madame Bonoron de réputation. Et comme on est très « sapin français », on n’a pas hésité ! ». Venues au petit matin de La Garenne-Colombes où elles sont fleuristes, Zoé Lebel et Marie Lasalmonie ont fait le trajet jusqu’ici sur le Marché international de Rungis pour venir approvisionner leur magasin chez la maison Bonoron, une entreprise familiale de renommée nationale établie dans le Haut-Morvan depuis trois générations. « Là, on a un petit camion mais ensuite, pas la peine de revenir, on peut se les faire livrer au fur et à mesure » précise Zoé. « On a la chance d’avoir une cour derrière la boutique et une copropriété vachement sympa, ajoute-t-elle. Comme ça on peut entreposer les sapins à l’extérieur et laisser la pluie faire son travail ». Entre autres qualités, les conifères possèdent en effet celles de ne craindre ni le froid ni les intempéries.

    En ce mardi 27 novembre, la saison du sapin commence juste à battre son plein, à un peu moins de cinq semaines de la soirée de Noël. « Les sapins, ça représente une part pas négligeable de notre chiffre d’affaire de décembre »,glisse Zoé Lebel.« À La Garenne-Colombes, poursuit-elle, on a une bonne clientèle. On va en écouler plusieurs centaines jusqu’à Noël ». Arrivée la veille de son exploitation sylvicole de Montsauche-les-Settons, avec à sa suite une belle cargaison de sapins entreposés sur des palettes dans la bien nommée allée des Pépiniéristes, Vanessa Bonoron s’apprête à vivre les journées les plus « speed » de l’année, sachant que la moitié des quelque 5,9 millions de sapins vendus en moyenne dans le pays sont achetés avant le 9 décembre. C’est peu de dire qu’elle est sur le pied de guerre, avec son béret rouge et sa parka camouflage, une allure martiale adoucie par son sourire avenant et sa bonne humeur matinale.

    Le Nordmann plébiscité

    La pépiniériste Vanessa Bonoron sur le pied de guerre, le 27 novembre dernier. Christophe Carmarans/RFI

    Vanessa et son mari Jean-Christophe ont repris l’entreprise familiale en 1992 et l’ont fait prospérer depuis, pour devenir une référence dans le domaine du sapin de Noël naturel. Il faut le savoir, le sapin naturel garde une cote élevée auprès des Français : 85% des achats contre seulement 15% pour les sapins artificiels. Les goûts, en revanche, ont changé. Originaire du Caucase, le Nordmann – nommé ainsi car il fut introduit en Europe par le botaniste finlandais Alexander von Nordmann au milieu du XIXe siècle – a désormais la faveur des consommateurs car il offre l’avantage de ne pas perdre ses épines. « En 1992, le Nordmann était à peine connu en France, le Nobilis quasiment pas et l’épicéa était encore le roi des sapins. À l’heure actuelle, la tendance est complètement inverse », confirme Vanessa Bonoron qui décline pour nous les différences entre ces trois variétés qui sont les plus populaires.

    Les sapins de Noël en quelques chiffres
    • 5,9 millions, le nombre de sapins de Noël naturels vendus en France en 2017
    • 85% des foyers français ont acheté un sapin naturel et 15% un sapin artificiel
    • 26,85 euros, le prix moyen d’un sapin de Noël
    • 158,2 millions d'euros, le chiffre d’affaires estimé du sapin de Noël naturel
    • 84% des sapins achetés font plus d’1 mètre de haut, 36% plus de 1,50 m et 16% moins de 1 m de haut
    • 75,3% la proportion de sapins Nordmann vendus en France, contre 21,4% pour les épicéas et 3,3% pour le reste (Nobilis, Pungens, Omorika)
    • 31% des sapins de Noël sont vendus dans la grande distribution et 22% dans les jardineries
    • 105 le nombre de producteurs regroupés dans l'Association Française du Sapin Naturel, sur 46 départements

    « Nous cultivons, dit-elle, trois variétés : le sapin Nordmann donc, qui ne perd pas ses aiguilles, le Nobilis qui ne perd pas ses aiguilles et qui sent bon et enfin l’épicéa qui perd ses aiguilles et qui sent bon aussi, c’est celui-là, le sapin de notre enfance ». « L’épicéa, reprend-elle, est forcément un peu moins cher, c’est un sapin qui reste dans les prix de base. Mais comme il perd ses aiguilles, il y a beaucoup moins de demandes ». « Par contre, explique-t-elle, c’est un sapin qui pousse beaucoup plus vite que le Nordmann et le Nobilis, donc on peut faire un effort sur le prix ». Si la moyenne de prix se situe autour de 27 euros, la gamme est en réalité assez étendue, en fonction de la variété mais aussi de la taille qui peut aller d’1 mètre jusqu’à 9 ou 10 mètres quand il s’agit de sapins destinés à des collectivités ou à des centres commerciaux.

    En fonction de la taille, le coût n’est pas du tout le même. D’abord parce que les grands sapins prennent beaucoup plus de place à l’hectare évidemment mais aussi parce qu’il faut s’en occuper plus longtemps. Les prix peuvent alors monter jusqu’à 500 voire même 1 000 euros pour un sapin de 8 mètres. « Nous avons une gamme assez large, indique Vanessa Bonoron. Un sapin de 80 cm à 1 mètre – ce qui est notre plus petite taille – c’est un arbre qui a au moins huit à dix ans, en comptant les quatre ans en pépinière. Ce qui se vend le plus, c’est les 1,50 m, 1,75 m jusqu’à 2 m qui sont les tailles courantes. Là, il faut compter quatre à cinq ans de plus ». Les prix élevés s’expliquent par le fait que le sapin est très gourmand en main d’œuvre.

    Pépiniériste, un métier à part

    À Rungis comme ailleurs, la moitié des ventes de sapins de Noël se fait avant le 9 décembre. Christophe Carmarans/RFI

    « Par rapport à un pied de vigne par exemple, compare notre pépiniériste, nous allons tailler le même sapin deux à trois fois dans l’année car, pour obtenir une belle conicité, il faut le tailler assez souvent ». Les sapins Bonoron emploient ainsi entre huit et neuf personnes durant neuf à dix mois de l’année mais aussi des saisonniers pour la période de coupe et de récolte ainsi que des vendeurs pour le mois d’avant Noël. Si gagner sa vie sur un seul mois de l’année demande une certaine discipline dans la gestion de la trésorerie car le 24 décembre au soir, tout est terminé en termes de recettes, Vanessa et Jean-Christophe Bonoron s’en accommodent. Question d’habitude.

    Leur plus grand souci pour l’heure est celui de la concurrence étrangère, venue surtout d’Allemagne et de Belgique où les charges patronales sont moins élevées qu’en France. Pas trop de crainte en revanche pour le moment sur la question du réchauffement climatique même si, dans d’autres régions que le Morvan, certains pépiniéristes commencent à s’en inquiéter« La sécheresse a été un problème cette année surtout pour tout ce qui est plants », reconnaît Vanessa. « Plus les arbres sont petits, plus c’est jeune et plus ça souffre de la chaleur. Par contre, poursuit-elle, pour les autres sapins, cela ne s’est pas trop mal passé car dans notre localité nous avons quand même une hygrométrie assez importante et aussi, à l’automne, beaucoup de brouillards et de gelées ».

    Un petit conseil avant d’accrocher boules et guirlandes ? « Dans un appartement chauffé à Paris par exemple, l’idéal c’est d’avoir un pied avec une réserve d’eau et de mettre l’écorce du pied dans cette eau », recommande la pépiniériste car, tout comme une fleur, un sapin boit. « Autrement, le mieux c’est de le vaporiser régulièrement en eau avec un spray » suggère-t-elle… après avoir évidemment éteint les guirlandes avant la manipulation, cela va de soi. Et pour finir, n’oubliez pas que les sapins se recyclent. Les trois-quarts des sapins vendus dans le commerce étant sans racine, mieux vaut rapporter le sien dans un centre de collecte afin qu’ils puisse par la suite être détruit et si possible recyclé par les personnes qui les collectent.

    L'origine du sapin de Noël

    Les rites autour du sapin pour décorer les maisons correspondent historiquement à la célébration du solstice d’hiver dans diverses contrées d’Europe. Dès l’Antiquité, l’épicéa symbolisait le 24 décembre, jour de renaissance du soleil pour les populations de l’hémisphère Nord. Les Celtes avaient alors adopté un calendrier basé sur les cycles lunaires : à chaque mois lunaire correspondait un arbre. Le sapin était celui de décembre, mois des toutes premières germinations dans la terre ensemencée. Symbole de vie, il était décoré de fruits, de fleurs et d’épis de blé. Le premier sapin de Noël, tel que nous le connaissons, serait né à Riga en Lettonie en 1510. C’est en Europe, plus précisément à Sélestat en Alsace, que l’on retrouve la première mention écrite d’un sapin de Noël en 1521. Dès lors, il devient un ornement à part entière. Son illumination remonte au XVIIème siècle. On le décorait de coquilles de noix remplies d’huile où flottait une mèche, ou encore des petites chandelles. Autrefois décoré de fruits et de confiseries, le sapin de Noël se pare au cours des siècles de nouveaux décors : boules, santons, rubans, étoiles, puis guirlandes électriques.
    (source : Association française du sapin de Noël naturel)

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