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    Trois questions à Anne Béade, la journaliste qui a pu interviewer Carlos Ghosn

    media Carlos Ghosn (photo d'archives). REUTERS/Regis Duvignau/File Photo

    Elle est l'une des deux journalistes qui a pu se rendre jeudi matin à la prison de Kosuge, où dort Carlos Ghosn depuis deux mois. Anne Béade, de l'Agence France-Presse, a pu interviewer pendant 15 minutes l'ancien patron de Renault et Nissan.

    RFI : Dans quel cadre avez-vous rencontré Carlos Ghosn ? 

    Anne Béade : On s’est rendu aujourd’hui [31 janvier, ndlr] à 14 heures au centre de détention de Kosuge, qui se trouve au nord de Tokyo, avec mon confrère des Echos. On avait obtenu au préalable l’autorisation de rencontrer monsieur Ghosn. Arrivés sur place on a rempli une fiche, on a déposé nos affaires dans un casier, on est passé sous un portique, mais ils ne nous ont pas fouillés, ni même accompagné au dixième étage, où se trouvait Carlos Ghosn. L’interview a eu lieu au parloir numéro 2, une pièce d’environ 6m2. Monsieur Ghosn est arrivé deux minutes après nous. Il était derrière une vitre avec deux gardiens. Comme ce jour-là, le gardien qui prend les notes pour ensuite transmettre le contenu aux autorités judiciaires ne parlait pas français, l’interview a eu lieu en anglais.

    Dans quel état vous est apparu Carlos Ghosn ?

    Ce qui nous a frappés c’est que quand il est arrivé il s’est tout de suite emparé de la situation. Au lieu d’attendre nos questions comme dans une interview normale, il a tout de suite commencé à parler. Il a tout de suite agi comme un patron en fait, comme un PDG. Il n’était pas du tout abattu, comme on aurait pu l’attendre après deux mois de détention. Il a tout de suite commencé à dire « on n’a pas beaucoup de temps » parce que l’entretien est limité à 15 minutes. Et il a commencé à se défendre, à dire son innocence, son sentiment d’injustice.

    Il a d’abord voulu dénoncer un complot, une trahison de la  part des dirigeants de Nissan qui étaient contre son projet d’intégrer Renault, Nissan et Mitsubishi Motors sous une holding.

    Et puis ensuite, effectivement, il a parlé de ses conditions de détention, pour la première fois. Car pour l’instant on avait simplement des éléments officiels ou alors de la part de son entourage. Il ne s’est pas plaint de la manière dont il était traité, ça tournait plutôt autour du fait que sa détention soit si longue, que ses requêtes de libération sous caution aient été rejetées. Il a rappelé qu’il ne pouvait pas parler à sa famille. Il ne peut pas leur téléphoner, il peut leur transmettre des lettres seulement. Et puis il s’est aussi plaint de n’avoir que trente minutes par jour pour pouvoir sortir à l’extérieur. « J’ai soif d’air frais », a-t-il dit.

    Pourquoi Carlos Ghosn parle-t-il à la presse maintenant ?

    Il nous a dit qu’il avait attendu le résultat de sa dernière requête. Il avait encore espoir, à ce moment-là de pouvoir être relâché, et de pouvoir aller s’expliquer à Paris, devant le conseil d’administration de Renault. C’est pour ça qu’il ne s’exprimait pas encore dans la presse. Quand il a vu que sa requête était rejetée il s’est dit qu’il était temps maintenant de parler directement à la presse, et je pense qu’il va continuer à le faire dans les prochaines semaines.

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