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    Education: qui sont ces familles qui font le choix de l’école à la maison?

    media Environ 25 000 enfants sont concernés par l'instruction en famille. Getty/PeopleImages

    L'examen en première lecture par l'Assemblée nationale du projet de loi « pour une école de la confiance », porté par le ministre de l’Education nationale Jean-Michel Blanquer, s'est achevée dans la nuit de vendredi à samedi. L’une des mesures phares du texte, votée le 13 février, est de rendre obligatoire l’instruction dès 3 ans, contre 6 ans aujourd’hui. En France, depuis une dizaine d’années, de plus en plus de familles font le choix de l’instruction à domicile et le texte prévoit un renforcement des contrôles. Décryptage.

    Quand elle a vu le comportement de son fils au jardin d’enfants, Stéphanie a compris que le système scolaire classique ne serait pas adapté pour lui. « Il était éteint, n’avait pas envie d’y aller. On le voyait comme associable, ce qu’il n’était pas du tout dans la vie. C’est ce qui m’a motivé à tenter l’aventure de l’instruction en famille. »

    Aujourd’hui, l’école à la maison concerne ses trois enfants, de 16, 13 et 9 ans. Elle l’affirme : « le bilan est très positif. Cela permet à l’enfant de révéler véritablement qui il est ». Comme les fils de Stéphanie, ce sont près de 25 000 enfants qui sont aujourd’hui instruits en famille, loin des bancs de l'école, un nombre qui a doublé en dix ans selon le ministère de l'Education nationale.

    Vers un contrôle accru de l'instruction à domicile

    La confusion est relativement fréquente : en France, ce n’est pas l’école qui est obligatoire, mais l’instruction, depuis la loi Ferry de 1882. La seule obligation est que l’enfant accède à un « socle commun de connaissances, de compétences et de culture », qu’un inspecteur de l'Education nationale est chargé de contrôler chaque année.

    L’une des mesures du projet de loi « pour une école de la confiance » vise à renforcer ces contrôles dans le cas de l'école à la maison. Selon l’article 5, les inspecteurs d’académie pourront « mettre en demeure les responsables légaux d’inscrire leur enfant dans un établissement public ou privé » en cas de non-respect des règles, comme par exemple le refus d’être contrôlé « deux fois de suite et sans motif légitime ». Une mesure visant à « s’assurer que chaque enfant voit son droit à l’éducation respecté », selon la députée Anne Brugnera (LREM), coordinatrice des questions d'éducation à la commission des Affaires culturelles de l'Assemblée nationale.

    Cet article est néanmoins critiqué à droite, en particulier par le député Xavier Breton (Les Républicains), qui dénonce une « logique d’Etat qui vient de plus en plus entraver la liberté des parents ».

    Un contrôle, quel contrôle ?

    Avant chaque rentrée scolaire, les parents de l'enfant doivent déclarer au maire de leur commune et au Dasen (directeur académique des services de l'Éducation nationale) que l’instruction se fera en famille.

    Le maire est chargé de mener une enquête, renouvelée tous les deux ans, pour contrôler les raisons de ce mode d’instruction, et voir si ce choix est compatible avec « l'état de santé et les conditions de vie de la famille », selon le Code de l’éducation.

    Le contrôle pédagogique est quant à lui effectué par un inspecteur d’académie, au moins une fois par an, pour vérifier la qualité de l’instruction et s’assurer que l’enfant maîtrisera à ses 16 ans les exigences du « socle commun de connaissances, de compétences et de culture ».

    Si l'inspecteur juge les résultats insuffisants, un second contrôle est prévu, un mois minimum après l'envoi des premiers résultats. Si les résultats du nouveau contrôle sont aussi jugés insuffisants, le Dasen impose aux parents d'inscrire l'enfant dans un établissement scolaire, public ou privé, dans les 15 jours qui suivent la notification.

    Des contrôles critiqués

    Isa Lise, membre de l'association Libre d'apprendre et d'Instruire autrement, a consacré deux livres sur ce mode d'instruction, fréquemment conseillés dans les associations d’IEF (instruction en famille) : Faire l'école à la maison, et L'école à la maison - Apprendre autrement. Elle s’est elle-même chargée de l’instruction de ses deux enfants dès 2007 : « Mes filles avaient des troubles dys et étaient à haut potentiel. Ça a été un soulagement de les sortir de l’école, les progrès ont été phénoménaux », affirme-t-elle. Elle ajoute : « Dans 90% des cas, les familles que j’ai vues m’ont dit que c’était pour respecter le rythme de l’enfant ».

    Pour elle, le projet de loi est « liberticide ». « Je peux concevoir qu’il y ait des contrôles. Mais ils sont de plus en plus cadrés, les exigences sont toujours plus importantes, et les choix des parents sont de moins en moins entendus », regrette-t-elle. « Comment va-t-on contrôler un enfant qui a entre 3 à 6 ans ? C’est inadapté, ils évoluent tellement différemment à cet âge-là. »

    Paul Devin, secrétaire général du syndicat des inspecteurs SNPI-FSU, avoue être aussi « très sceptique » sur les contrôles dès l’âge de 3 ans. « Personne n’est capable de vérifier, dans une famille avec un enfant de 3 ans, après 3 ou 4 mois de scolarisation à domicile, que ce qui est mis en œuvre va lui permettre d’atteindre les objectifs du socle commun de connaissances. »

    Selon lui, aujourd’hui, le contrôle se passe bien dans « l’immense majorité des cas. Mais il arrive parfois que les inspecteurs attirent l’attention sur une situation à risque pour l’enfant, et que l’administration n’aille pas beaucoup plus loin. » La véritable inquiétude, pour lui, concerne plutôt la scolarisation dans certaines écoles privées hors contrat : « C’est vraiment préoccupant, ce sont parfois des lieux d’endoctrinement », explique-t-il, évoquant des dérives sectaires et religieuses.

    Une grande diversité de profils

    Qui sont ces personnes qui font le choix de l’école à la maison ? Aucune étude n’a été menée en France, contrairement aux Etats-Unis où la pratique est plus répandue (3% des enfants, contre 0,3% en France). Philippe Bongrand, maître de conférences à l'université de Cergy-Pontoise et chercheur au laboratoire EMA (Ecole, Mutations, Apprentissages), mène actuellement une étude sur le sujet. Il en est déjà certain : loin d’être l’apanage des classes favorisées, il y aurait une grande diversité dans les profils : « Des parents instruisent en famille en lien avec le handicap ou la maladie d'un enfant, en réaction à des situations de phobie scolaire ou de harcèlement, ou pour éviter l'établissement public de leur secteur. Certains font ce choix pour mettre en place une pédagogie alternative, ou bien pour des raisons politiques, ou religieuses, notamment dans le contexte la loi de 2004 qui proscrit à l'école le port de signes religieux par les élèves. »

    Si l’augmentation de nombre de personnes concernées par l’école à la maison est parfois qualifiée de « tendance » voire de « boom », Philippe Bongrand minimise ces discours : « Ce sont des micro-effectifs : par rapport aux 8 millions d'enfants soumis à l'instruction obligatoire, c'est statistiquement négligeable », explique-t-il. « Les outils de mesure sont aussi aujourd'hui plus affutés pour comptabiliser les effectifs, et il y a des effets performatifs : plus on en parle, plus les gens savent que c'est possible. » L'intégralité du projet de loi doit être voté par les députés mardi 19 février. Reste à savoir si l’instruction obligatoire dès 3 ans, si elle s’applique à la rentrée prochaine, conduira à une augmentation du nombre d’enfants qui grandiront loin des salles de classes et des cours de récréations.

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