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    France

    Acte XIX des «gilets jaunes»: polémique sur le rôle de Sentinelle

    media Des militaires de l'opération Sentinelle en patrouille au Trocadéro, à Paris. ©Ludovic MARIN / AFP

    Les forces de l’ordre se préparent à un nouveau « samedi jaune ». Après les dégradations commises en marge de l’acte 18 sur les Champs-Elysées, cette nouvelle mobilisation fait figure de test pour le gouvernement très critiqué pour sa gestion du maintien de l'ordre et qui a annoncé dans la semaine une série de mesures sécuritaires, notamment le recours aux militaires de Sentinelle dans le dispostif.

    A la veille de l'acte XIX des « gilets jaunes» - soit le 19e samedi consécutif de manifestations en France -, l'exécutif ne veut surtout pas revoir les mêmes images de saccage sur les Champs-Elysées la semaine dernière.

    C'est « une journée test », on ne le nie pas à Matignon. D'ailleurs Edouard Philippe n'a pas voulu prendre le risque d'être absent et a annulé un déplacement en Guyane qui devait l'éloigner samedi de l'Hexagone. Après le limogeage du préfet de police, tenu pour responsable des dysfonctionnements de samedi dernier, c'est aujourd'hui le ministre de l'Intérieur qui est en première ligne. Emmanuel Macron a demandé à son ministre de tout mettre en oeuvre pour éviter de nouveaux dérapages.

    Quel dispositif sécuritaire ?

    Pour cela, cet acte XIX des gilets jaune sera placé sous haute sécurité. D'abord, de nombreuses interdictions de manifester ont été décrétées à Paris et en province. Ce jeudi, le ministre de l'Intérieur a donné des consignes très claires au nouveau préfet de police de Paris : maintenir l'ordre public à tout prix. Dans la capitale, une seule manifestation a été déclarée : elle doit relier la place Denfert-Rochereau au Sacré-Coeur. Mais des rassemblements illégaux pourraient avoir lieu notamment Place du Trocadéro.

    En région, certains « gilets jaunes » appellent à se regrouper à Montpellier ou encore à La Rochelle. D'autres veulent faire de Nice l'épicentre de cet acte XIX, car la ville doit accueillir le début d'une visite officielle du président chinois Xi Jinping. En conséquence, la sécurité sera renforcée dans les Alpes-Maritimes avec des contrôles de police et une interdiction de manifester à Nice dans un « périmètre extrêmement large » allant de l'aéroport jusqu'à l'hypercentre, dont la Promenade des Anglais.

    Les contrevenants à ces interdictions de manifester ou de rassemblement s'exposent à une amende portée à 135 euros depuis un décret publié jeudi (contre 38 euros auparavant). La Ligue des droits de l'homme (LDH) a saisi en urgence le Conseil d'Etat d'un recours contre ce décret, dénonçant « une nouvelle atteinte grave à la liberté de manifester ». Le recours en urgence (référé-liberté) sera examiné le 27 mars.

    S'il est difficile d'anticiper l'ampleur de la mobilisation de ce week-end, les événements Facebook appelant à un acte XIX regroupent moins de monde que la semaine dernière. Par ailleurs, les messages virulents et les appels à la violence sont aussi beaucoup moins nombreux.

    Quel rôle pour Sentinelle ?

    Mais l'exécutif semble ne vouloir rien laisser au hasard. Mercredi 20 mars, le gouvernement annonçait que les militaires de l'opération Sentinelle seraient mobilisés samedi 23 mars dans le cadre des manifestations. L'exécutif tente depuis d'éteindre les débats houleux que la mesure suscite depuis 48h en expliquant que les soldats ne seraient pas appelés à faire du maintien de l'ordre et ne seraient en aucun cas au contact des manifestants.

    Le gouvernement présente la mesure comme un « effort de substitution », selon les termes de la ministre des Armées Florence Parly, permettant de libérer des policiers pour le maintien de l'ordre. Les militaires assureront en supplétifs la protection de sites sensibles, mais pas à proximité des manifestations, a précisé jeudi l'état-major des armées, en soulignant qu'ils n'avaient pas vocation à « se retrouver au contact des émeutiers » présumés. « Il n'est donc dans l'idée de personne de mettre les militaires en face des manifestants », insiste Florence Parly dans un entretien publié vendredi dansle quotidienLe Parisien.

    Jean-Luc Mélenchon 22/03/2019 - par RFI Écouter

    Mais les réactions se multiplient, ajoutant à la tension déjà palpable. Vendredi, lors d'une conférence de presse, le chef de file de la France insoumise Jean-Luc Mélenchon a appelé l'armée à « ne pas tirer sur les manifestants ». « Nous avons parfaitement compris que leur avis [aux militaires] n'a pas été sollicité [...] Il n'est même pas certain que le chef d'état-major des armées ait été informé [...] » a déclaré le député des Bouches-du-Rhône qui a demandé au Premier ministre de venir s'expliquer devant l'Assemblée nationale.  Selon RTL, le chef d'état-major des armées, le général François Lecointre, n'aurait pas été prévenu au préalable de l'engagement des hommes de Sentinelle dans le dispositif pour samedi.

    Des allégations démenties par le porte-parole de l'état-major. « Le chef d'état-major des armées [le général François Lecointre] a été dûment informé des demandes de renforcement », a déclaré le colonel Patrik Steiger à Reuters.

    La polémique a gonflé après des déclarations du gouverneur militaire de Paris

    Bruno Leray 22/03/2019 - par France Info Écouter

    Mais un peu plus tard ce vendredi, le général Bruno Leray, gouverneur militaire de Paris, a remis une pièce dans la machine à polémique. « Les consignes sont extrêmement précises » : les militaires « ont différents moyens d'action pour faire face à toute menace. Ca peut aller jusqu'à l'ouverture du feu », a déclaré le militaire sur l'antenne de France Info. Il a souligné que les militaires intervenaient « très régulièrement sur tout type d'incident, de nature terroriste ou pas ». « Les soldats donnent des sommations. Ils sont à même d'apprécier la nature de la menace et d'y répondre de manière proportionnée », a-t-il poursuivi. Le gouverneur militaire de Paris tient à rassurer ceux qui seraient inquiets de la présence de militaires lors des manifestations en précisant que les éléments de la force Sentinelle appliquent des consignes rigoureuses et agissent dans le même cadre légal que les forces de sécurité intérieure. Selon le gouverneur, les soldats peuvent faire usage de leurs armes si leur vie ou celle des personnes qu'ils défendent sont menacées.

    « En 2017, Emmanuel Macron promettait d'apaiser la France ; en 2019, il mobilise la force Sentinelle, sans en avertir le chef d'état-major des Armées, et laisse entendre que les militaires pourraient tirer sur les manifestants. Le macronisme fracture et abîme la France », a ensuite réagi le député Les Républicains Eric Ciotti sur Twitter.

    D'autres réactions, émanant de la société civile, révèlent le niveau d'inquiétude face à cette mesure. « En confiant à l'armée des missions, même limitées, de
    maintien de l'ordre, le gouvernement prend un risque majeur et porte gravement atteinte aux libertés publiques
     », a ainsi réagi la Ligue des droits de l'homme dans un communiqué. « Confier à des militaires la charge de s'opposer éventuellement à des manifestants revient à transformer ces derniers en ennemis. C'est la paix civile que le gouvernement met en péril », a-t-elle ajouté. Pour l'avocat Thibault de Montbrial, « le risque est énorme » et le gouvernement offre ainsi aux groupes extrémistes la possibilité d'aller « directement au contact des militaires ».

    Emmanuel Macron essaie de désamorcer la polémique

    Emmanuel Macron 22/03/2019 - par RFI Écouter

    Finalement, le chef de l'Etat est intervenu pour essayer de désamorcer la polémique. « En aucun cas en charge du maintien de l'ordre et de l'ordre public. » « C'est exactement la même chose que ce qui avait été décidé au mois de décembre et à plusieurs reprises par le passé, c'est-à-dire faire appel aux militaires de l'opération Sentinelle pour ce qui est leur mission, la lutte contre le terrorisme et protéger des sites sensibles, pour pouvoir décharger les policiers et les gendarmes de ces missions », a affirmé le président de la République lors d'une conférence de presse à Bruxelles, en dénonçant « un faux débat » provoqué par « ceux qui jouent à se faire peur et à faire peur ».

    Comment s'organisent les commerçants parisiens ?

    Effrayés par les incendies de la semaine dernière, échaudés par 18 samedis de casse de commerces et de services, et malgré l'interdiction de défiler sur les Champs-Elysées, les commerçants se préparent au pire. Adieu les panneaux en bois, voilà ceux en métal. De nombreux ouvriers s'affairaient vendredi devant plusieurs devantures de magasins de la grande avenue. Devant l'objectif des appareils photo des touristes, on coupe, on visse, on protège.

    On a eu les deux portes d'entrée qui ont été cassées, les vitrines aussi. Du coup, les casseurs sont rentrés dans le magasin, ils ont vidé tout le rez-de-chaussée. On n'avait plus de mobilier, les meubles, les chariots, les portants, les cintres, tous les produits...

    Tadj Fara est directeur adjoint d'une boutique de vêtements sur les Champs. Il «sent très mal» ce nouveau samedi 22/03/2019 - par Simon Rozé Écouter

    La brasserie Le Fouquet's, pillée et brûlée samedi dernier restera fermée « pour une période estimée à ce stade à plusieurs mois », à la suite de « dégâts considérables », a indiqué l'établissement à l'AFP vendredi.

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