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    France

    Suicides dans la police française: les raisons du mal-être

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    Depuis le début de l'année 2019, 31 officiers de la police nationale française ont mis fin à leurs jours. Christophe SIMON / AFP

    Depuis le début de l'année, 31 policiers ont mis fin à leurs jours selon le dernier rapport publié fin mai 2019. Un chiffre qui inquiète les forces de l'ordre et leur fait craindre une année noire si rien ne change. Voici les principaux facteurs qui, cumulés, peuvent expliquer le mal-être ressenti par de nombreux agents de police et dans certains cas, le passage à l’acte.

    Parmi les raisons qui permettent d’expliquer le malaise des forces de police, il y a celles qui sont régulièrement mises en lumière par les médias. C’est le cas du problème des heures supplémentaires. Depuis plusieurs années, entre les attentats, la crise migratoire ou plus récemment le mouvement des «gilets jaunes», les policiers ont accumulé plus de 21 millions d’heures supplémentaires. Outre la fatigue qu’une telle surcharge de travail peut générer sur certaines unités qui n’ont pas encore pu les récupérer, la question du paiement de ces heures se pose aussi. L’Etat doit en effet encore solder à ses fonctionnaires de police plus de 275 millions d’euros. Un retard de paiement et de récupération qui peut donner l’impression aux forces de l’ordre d’être déconsidérées par leur administration.

    Armes et ambiance virile

    Un autre facteur, cumulé aux autres, permet d’expliquer le nombre de suicides particulièrement élevé dans la police : la proximité permanente avec une arme à feu. Un passage à l’acte qui serait facilité grâce aux armes de service. En 2018, face à la commission d’enquête du Sénat sur l’état des forces de sécurité intérieure, Eric Morvan le directeur général de la police nationale (DGPN) soulignait que 60% des policiers se donnant la mort le faisaient avec leur arme de service.

    Outre les armes, le virilisme qui règne encore au sein de la police contribuerait selon certains agents au malaise de la profession « Longtemps, l’image du policier (au cinéma) c’était Belmondo ou Delon : des gaillards, des hommes », relève Eric Roman, capitaine de police et secrétaire général du syndicat des Policiers en colère. Selon lui, chaque policier est confronté au cours de sa carrière à des images qui « hantent » l’esprit. « On aurait besoin d’avoir une visite obligatoire chez le psy tous les ans, et que cela ne soit pas perçu par les collègues comme une marque de faiblesse mais comme un simple rendez-vous à la médecine du travail ». Par peur des brimades ou pour ne pas laisser paraître leurs doutes, beaucoup de policiers préférent se terrer dans le silence, estime Eric Roman.

    Une hiérarchie déconnectée

    De nombreux policiers pointent aussi leur hiérarchie directe lorsqu’il s’agit d’expliquer les raisons de leur mal-être. Selon eux, les relations dégradées entre la base et les chefs seraient au cœur de ce malaise. La hiérarchie apparaît souvent comme trop distante et pas assez en prise avec les remontées du terrain. « Aujourd’hui les officiers ou commissaires qui rentrent par le biais des concours externes ne sont pas intéressés par la police de terrain, rapporte Eric Roman, capitaine de police. « Vous avez par exemple des jeunes qui sortent d’école à 25 ans, souvent d’universités ou de Sciences-Po Paris, et qui ne savent pas faire. On a déjà eu des commissaires qui nous demandaient si c’était vraiment utile d’avoir une arme de service… Ils sont déconnectés et intéressés uniquement par l’aspect intellectuel et par la gestion, c’est dramatique ».

    Les policiers dénoncent aussi une culture du chiffre pratiquée par certains supérieurs hiérarchiques. C’est le cas par exemple dans les affaires de stupéfiants, où les résultats faciles à comptabiliser seraient privilégiés au détriment de plus longues enquêtes de terrain, entraînant par la même occasion une perte de sens du métier de policier. D’autres fonctionnaires dénoncent également la pression mise par certains chefs qui s’apparenterait parfois à du harcèlement moral.

    Un début de prise en compte

    Consciente de la montée de ce malaise au sein de la police, l’administration tente d’y répondre par des mesures concrètes. Une prise en compte du phénomène qui n’empêche pas les faux pas : le dernier en date remonte à la fin du mois de mai 2019. Dans une lettre adressée aux fonctionnaires pour lutter contre le suicide, Eric Morvan, le directeur général de la police nationale, invitait ses agents à « promouvoir la convivialité » en organisant par exemple « des temps collectifs de loisirs autour d’un barbecue, d’une sortie sportive ou d’un pique-nique ». Un programme qui ne correspondait pas franchement aux attentes des policiers en la matière. Eux espéraient des engagements concrets et financiers de la direction.

    D’autres efforts ont cependant été faits par l’administration comme par exemple la création depuis quelques mois d’une plateforme de signalement des cas de harcèlement en interne. Baptisée « Signal Discri », elle emploie 4 personnes et est rattachée à l’Inspection Générale de la Police Nationale (IGPN). « Nous sommes pour le moment à 173 cas dénoncés de harcèlements, pointe Brigitte Julien, la directrice de l’IGPN. Le harcèlement ne vient pas forcément de la hiérarchie sommitale, ça peut aussi venir des collègues donc nous travaillons dessus pour essayer de poursuivre les personnes qui sont auteurs de harcèlement car malheureusement il y en a », conclut pudiquement Brigitte Julien. Ces efforts restent malgré tout jugés trop lents par certains syndicats de police qui redoutent déjà un pic de suicides lors des fêtes de fin d’année.

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