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    France

    Pays basque: bienvenus chez nous?

    media Une vue de Bayonne dans la province du Labourd, une des trois provinces de l'Iparralde (Pays Basque nord) qui en compte trois dans les Pyrénées-Atlantique. ©Institut culturel basque

    En 2018, le nombre d’habitants à Bayonne a augmenté de 14,1% atteignant le chiffre de 50 589 habitants. En effet, la région Pyrénées-Atlantique reçoit chaque année de nouveaux habitants. L’Iparralde («Pays basque nord», donc le Pays basque français) ne fait pas exception. Nous avons interviewé quatre étrangers de différents horizons, venus vivre au Pays basque, pour tenter de savoir s’il est facile de s’intégrer dans notre région.

    Un reportage de la classe de Littérature et Société 2nd2 et 5 du lycée René Cassin de Bayonne

    « Je pense que si j’avais appris la langue, je me sentirais plus intégré »

    En Iparralde, on estime qu’environ 70 % de la population ne parle pas basque, le français est donc majoritairement parlé. Les écueils rencontrés sont très différents selon que l’on maîtrise l’une ou l’autre de ces langues. Petar, par exemple, est parfaitement francophone.

    Ce compositeur est né à Montréal en 1971, de parents immigrés croates. « Je suis venu à Paris pour mes études de compositeur », raconte-t-il.  Il étudie en effet au Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris.  C’est là qu’il rencontre la personne qui deviendra sa femme, et qui se trouve être originaire du Pays basque. Après quelques années dans la Ville Lumière, le couple décide d’un commun accord de s’installer là-bas. Ils se marient en 2001 à Ainhoa, un petit village frontalier où ils vivent aujourd’hui avec leurs trois enfants. Malgré cela, après presque vingt années passées ici, Petar est mitigé quant à son intégration : « Je pense que si j’avais appris la langue, je me sentirais plus intégré. ». Pourtant ce n’est pas faute d’avoir essayé : « J’ai pris des cours de basque chaque semaine pendant six mois, mais j’ai fini par abandonner. C’est une langue difficile, il faut la pratiquer tous les jours. » Il ajoute que, selon lui, cette langue est le moyen le plus important pour s’intégrer.

    Sur 300 000 personnes vivant au Pays basque, 70 % d'entre eux ne la comprennent pas.

    Reportage Radio Cassin sur la langue basque 13/06/2019 Écouter

    En effet, pour les Ainhoars (habitants d’Ainhoa) la conservation de celle-ci est importante. L’année est rythmée par des fêtes traditionnelles qui exploitent ce riche patrimoine. Pour autant, notre Montréalais pas tout à fait Basque d’adoption relativise : « Comme tout le monde n’est pas Basque, je ne me sens pas non plus exclu. » Et il ne faut pas oublier que Petar parlait déjà très bien le français quand il est venu en France ! Si tout le monde ne parle pas basque en Iparralde (« Pays basque nord »), presque tout le monde parle français. Quand on lui demande ce qui l’a le plus surpris en arrivant au Pays basque : « La première chose qui m’a étonnée, ce sont les moutons. Je m’imaginais les moutons comme dans les films ou les dessins pour enfants, des petits moutons frisés et tout propres. J’avais toujours habité en ville ! En arrivant, je vois un troupeau de moutons crottés avec de longues laines et je me suis fait la remarque que ce sont des moutons "Hippies" tellement j’étais étonné. »

    Pour conclure, Petar estime qu’il ne s’est pas vraiment intégré au Pays basque, mais ne regrette pas d’être venu, car il a fondé une famille.

    « Je pue le Basque à 603 % »

    À l’inverse de notre compositeur québécois, Pedro est arrivé au Pays basque sans maîtriser le français. Cet agriculteur de 82 ans qui maîtrise parfaitement la langue basque est né du côté espagnol de la frontière, à Zarautz. Il est arrivé à Saint-Martin-de-Seignanx à vingt ans, seul : « J’ai perdu mes parents très jeune, ma sœur qui avait une quinzaine d’années de plus que moi a été ma mère ». Pedro s’est toujours senti Basque puisque c’est sa langue maternelle : « Je pue le Basque à 603 %. » Après Franco, il y avait beaucoup de problèmes dans son pays natal. Par la suite, la sœur de Pedro a quitté Zarautz pour Bassussarry, petite bourgade proche de Bayonne. Et celui-ci est allé la rejoindre, car c’était sa seule famille : « Pendant mon service militaire je suis venu la voir quelques jours, finalement je suis encore là aujourd’hui. »

    Quand Pedro vient s’installer dans les Landes, il ne maîtrise pas le français. « Je baragouine du français », confie-t-il. Il lui est difficile de communiquer puisqu’on ne parle pas le basque à Saint-Martin-de-Seignanx. Arrivé dans les Landes, il trouve du travail chez son voisin en tant qu’agriculteur.  Il ne ménage pas ses efforts, fonde une famille et fait les comptes : « cela fait 60 ans que je suis là ».

    En 1964, il passe son permis, mais avec beaucoup de difficultés. Il faut qu’il explique en espagnol à la personne qui s’occupe de l’auto-école qu’il ne parle pas un mot de français. Pour passer le code, il doit traduire des phrases françaises en basque.  Il réussit. Le lendemain, il passe son permis et l’obtient. Pedro possède, alors, une carte d’identité périmée. À la place, il reçoit un document servant de carte d’identité le temps qu’il la refasse. Quelques jours après, il doit aller au commissariat à Dax. Là-bas, on lui propose de demander la nationalité française. Ce qu’il fait en 1975, soit 14 ans après son arrivée. Pour conclure, Pedro ne regrette pas d’être venu dans les Landes. « Toute ma vie est ici », dit-il.

    « Je suis venue pour une meilleure vie »

    L’intégration la plus compliquée fut sans doute celle de Sofia.  Cette Ukrainienne de 41 ans ne maîtrisait ni le français ni le basque lorsqu’elle s’est installée au Pays basque avec sa fille de 15 ans, en 2016, pour suivre son compagnon. Elles sont arrivées en France en septembre 2016. « Je suis venue en France pour épouser un homme français dont je suis séparée aujourd’hui. Il est Parisien, mais a déménagé à Anglet pour vivre près de la mer. Je suis venue pour une meilleure vie », explique cette coiffeuse ukrainienne. Ce changement radical de vie a-t-il été un échec ?  « Je ne me suis pas vraiment intégrée, c’est difficile de trouver des intérêts communs avec des gens d’autres cultures », répond Sofia. Elle perçoit les Basques comme méfiants et n’aimant pas les étrangers. Ensuite le mode de vie, les fêtes, les priorités dans la vie ne sont pas forcément les mêmes. Trouver un travail sans diplôme français n’est pas facile non plus. La barrière de la langue est aussi un problème : « Je ne maîtrise pas bien le français. Pourtant je suis des cours de français, deux ou trois fois par semaine. Cela m’aide à faire connaissance avec des gens qui ont les mêmes difficultés que moi. Un des avantages était la famille de mon ex-mari. Grâce à elle, je m’intégrais plus vite ».

    Sofia ne compte pas retourner dans son pays d’origine, mais l’Ukraine lui manque énormément : « Je ne regrette pas d’avoir quitté mon pays, car ici il a plus de possibilités pour ma fille. Peut-être que quand elle fera ses études supérieures, je repartirai en Ukraine, mais pour l’instant j’aimerais passer l’été en France et l’hiver dans mon pays natal. Mes grands manques sont mes amis, ma sœur, certaines traditions et la vie active. J’aime bien la côte Sud-Ouest, car c’est près de la mer, mais le climat n’est pas favorable pour moi, car j’ai souvent mal à la tête. » Et elle conclut :  « Malgré mes difficultés d’adaptation, je pense qu’il y a des côtés positifs et négatifs ».

    « Le rugby m’a permis de m’intégrer, c’est beaucoup plus facile »

    Nous avons cherché à savoir ce qui pourrait permettre une intégration sans heurts, mais force est de constater que la recette miracle n’existe pas. Pour Pierre Perez par exemple, la solution passe par le sport.

    Il est professeur agrégé d’EPS (spécialisé en rugby) au Pôle Espoir Rugby du lycée René Cassin de Bayonne. Il exerce ce métier avec le même enthousiasme depuis 1986, pour, dit-il,  « la passion des autres, la transmission des valeurs, le respect, l’entraide, l’amitié, le partage, la patience, la persévérance... Tout un tas de choses que l’on doit vivre au quotidien. Notre sport, sans ces valeurs-là, ne peut exister ». Il ajoute : « Je ne conseille pas forcément de pratiquer le rugby. Je conseille d’être sportif avant tout, car toutes ces disciplines développent des valeurs ». Pierre Perez sait de quoi il parle en matière d’intégration, car il n’est pas originaire du Pays basque, mais de Tarbes : « L’intégration par le sport, par le rugby, je l’ai vécue. Je suis venu pour et par le rugby et cela m’a permis de m’intégrer, c’est beaucoup plus facile »

    Cette philosophie, Pierre Perez suggère de l’appliquer à tous les déracinements. Selon lui, les activités culturelles ou sportives sont des moyens de retrouver des gens et de partager des choses.

    Pierre Perez, dans son bureau. Radio Cassin

    « J’ai toujours fait l’effort d’aller vers les autres pour m’intégrer »

    Claudette Lerivain, enfin, est arrivée de l’île française de La Réunion, dans l’océan Indien. Elle travaille aujourd’hui au Pays basque dans un service de santé. C’est par amour qu’elle a effectué ce voyage vers la métropole. Elle vit aujourd’hui à Cambo-les-Bains, un petit village dans le Sud-Ouest. Claudette aussi a dû s’intégrer : « J’ai toujours fait l’effort d’aller vers les autres pour m’intégrer J’ai toujours été curieuse d’apprendre et de connaître leur savoir-faire. Chose qui m’a toujours réussi parce qu’aujourd’hui ma région d’adoption est le Pays basque. » Ce n’était pas toujours facile de communiquer avec des personnes qui ne parlent que basque. Claudette a dû faire un effort et a réussi : « J’ai eu l’occasion de vivre à la campagne entourée de personnes qui ne parlaient que le basque. Du coup, j’ai réussi à apprendre quelques mots et j’ai eu la chance de connaître leurs traditions anciennes. Cela m’a beaucoup apporté. Je peux donc retransmettre cela à mes enfants. » En tant que Française d’outremer, elle a d’abord été accueillie avec méfiance : « En 1986, à l’époque où le Pays basque était très étendu, j’ai construit une maison en pleine campagne. Étant la seule personne de couleur, dans ce village, tout le monde avait peur pour moi. En fin de compte, tout s’est très bien passé et ils sont tous devenus ma deuxième famille jusqu’à aujourd’hui. Il fallait oser. » Tâche ardue au départ, donc, mais la persévérance de Claudette a payé.

    Claudette Lerivain dans son jardin à Cambo-les-Bains. Radio Cassin

    Au final, malgré les difficultés qu’ont certaines personnes à s’intégrer, comme Petar et Sofia, le Pays basque reste aussi une aubaine pour d’autres. C’est en tout cas le point de vue de Claudette : « Faites leur confiance, et ils vous adopteront ! »

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