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    Moyen-Orient

    [Témoignage] La famille d’un Français condamné à mort en Irak crie sa colère

    media Des hommes quittent le bâtiment principal de la cour d'appel du Karkh à Bagdad, où sont jugés des jihadistes français accusés d'appartenir à l'Etat islamique, le 29 mai 2019. SABAH ARAR / AFP

    Ils sont onze Français, anciens membres de l’organisation Etat islamique, à avoir été condamnés à la peine capitale par le tribunal de Bagdad ces derniers mois. Depuis leur prison irakienne, ils dénoncent leurs conditions de détention et demandent à être rapatriés en France. Leurs familles, quant à elles, mettent en garde sur les conséquences que pourraient avoir leurs exécutions.

    Nadia Nejara ouvre avec un grand sourire la porte de son appartement situé à quelques kilomètres de Lyon. C’est à Miribel, banlieue pavillonnaire de la capitale du Rhône-Alpes, qu’elle vit entourée par ses sept frères et sœurs. Pourtant dans la famille Nejara, ils sont neuf enfants. Mais l’un d’entre eux est absent : Brahim, 33 ans, a quitté la France et la région lyonnaise depuis 2014 pour rejoindre les rangs de l’organisation Etat islamique en Syrie.

    Un café chaud dans la main, Nadia explique les raisons du départ de son frère : « Après avoir vu les vidéos des violences faites aux civils par l’armée de Bachar el-Assad, Brahim s’est engagé pour aller porter secours aux populations. » Selon elle, une fois arrivé sur place, il se serait retrouvé pris contre son gré dans la spirale mortifère de Daesh. Une version bien différente de celle du tribunal de Bagdad qui a condamné son frère à la peine de mort. Selon les juges irakiens, Brahim Nejara aurait été un recruteur de l’organisation terroriste en Syrie.

    Détenu et torturé en Irak

    Régulièrement, Nadia tente de joindre son frère par téléphone. Début juillet, elle dit avoir enregistré une conversation de 8 minutes avec lui. Les voix sont par moments nouées, parfois haletantes. A l’autre bout de la ligne nasillarde, à 3 500 kilomètres de Lyon, Brahim Nejara décrit ses conditions de détention depuis sa geôle de Bagdad : « Ils nous ont électrocutés, frappés avec des battes de base-ball, exposés au soleil, frappés avec des coups de poing et des coups de pieds, nargués, insultés. » 

    Lorsqu’il entend son frère décrire ses conditions de détention pour la première fois, Youssef Nejara*, assis dans l’appartement de sa sœur, a les larmes aux yeux. Brahim dénonce aussi la façon dont son procès s’est déroulé, notamment lorsqu’il a dû signer ses aveux : « Ils nous ont mis plein de choses qu’on n’a pas faites. On a dû signer sur des feuilles avec les yeux bandés. » D’après lui, son procès n’était pas équitable d’autant plus qu’il assure n’avoir jamais été en Irak. Brahim Nejara dit ne pas comprendre pourquoi il a été jugé là-bas et demande donc à la France de le rapatrier.

    Comprendre les raisons du départ

    Nadia Nejara est une battante et assure qu’elle se rattache à l’espoir d’un éventuel retour de son frère pour mener son combat. Face à elle, l’Etat français qui estime par la voix de son ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves le Drian, que les procès des 11 condamnés à mort étaient équitables. Selon lui, il n’y a donc pas lieu de les juger à nouveau en France.

    Pourtant Nadia affirme qu’un procès en France permettrait de mieux comprendre les raisons du départ de son frère Brahim, et les ressorts utilisés par l’organisation Etat islamique. Un état d’esprit mortifère qu’elle dit combattre : « On est contre cela. Nous, familles de détenus français, on n’est pas comme ça ! La religion musulmane ce n’est pas ça, c’est une religion d’amour. Il faut que les gens ici le comprennent », dit-elle posément avant d’arguer en faveur du retour de son frère : « On est sans réponse, on aimerait savoir le pourquoi du comment, entendre Brahim, notre petit frère. Voilà pourquoi on aimerait qu’il vienne ici en France, non seulement pour sa sécurité, [mais aussi] pour comprendre ce qu’il s’est passé dans sa tête. On aimerait avoir des réponses », conclut-elle, le regard dans le vague. Nadia assure également qu’interroger à Paris ces onze Français permettrait aux services de renseignements d’éviter qu’à l’avenir d’autres jeunes ne se laissent entraîner par cette idéologie.

    Désir de vengeance

    Malgré ces mêmes arguments développés par de nombreuses familles des Français détenus en Irak, la France semble refuser, pour l’instant, tout rapatriement. Une position qui l’a fait s’inscrire en faux vis-à-vis des textes internationaux qu’elle a ratifiés contre la peine de mort. Mais du point de vue de l’Etat français, le dossier est très délicat. En effet, selon le gouvernement, plusieurs raisons s’opposent à un retour des Français condamnés à mort en Irak. Parmi elles, le fait que les actes reprochés à ces onze détenus ont été majoritairement commis hors de France. En conséquence, s’ils devaient être jugés devant un tribunal français, les peines encourues pourraient être relativement légères avant leur remise en liberté.

    Un point de vue que ne partagent pas Youssef et Nadia Nejara, bien au contraire. Selon eux, c’est justement cette situation de pourrissement qui pourrait être à l’origine d’un désir de vengeance venant des prisonniers français en Irak : « C’est déguelasse ce qu’ils sont en train de faire, lâche Youssef, en pensant au fait que la France est certainement au courant des tortures que subissent ses ressortissants dans les geôles irakiennes. Et c’est en mettant les gens plus bas que terre qu’ils vont ressortir encore plus méchants que ça », poursuit-il, visiblement énervé, en mettant en garde contre le ressentiment que cet abandon par la France peut faire naître. Sa sœur Nadia abonde en lui serrant le bras : « Le jour où ils vont pouvoir s’enfuir de cette prison en Irak, ils seront dans la nature, ils reviendront en France trois fois plus méchants encore. On a peur de cela », lâche-t-elle avant de se lever pour ouvrir une fenêtre.

    Pour l’instant, toujours aucune piste d’un rapatriement officiel ne semble être évoquée par le Quai d’Orsay, malgré les demandes incessantes des familles de ces condamnés à mort et d’associations comme Ensemble contre la peine de mort (ECPM).

    * Le prénom a été changé

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