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    La France veut protéger activement ses intérêts dans l'espace

    media Fusée Ariane 5 qui décolle de Kourou, au Centre spatial guyanais, en Guyane française, le 20 juin 2019 JODY AMIET / AFP

    La ministre française des Armées Florence Parly a précisé ce jeudi les contours de la nouvelle stratégie française en matière de défense spatiale.

    C'est depuis la base aérienne 942 de Lyon que Florence Parly a dévoilé ce jeudi 25 juillet la stratégie spatiale de défense française. La ministre des Armées a annoncé que Paris va investir dans des moyens de « défense active » de ses satellites, en consacrant 700 millions d'euros supplémentaires au spatial militaire d'ici 2025.

    Pour les grandes puissances, l'espace exo-atmosphérique apparaît en effet de plus en plus, comme un nouvel « espace de bataille », propice aux opérations clandestines, voir à la confrontation directe. Pour les stratèges du monde entier, la « guerre des étoiles » a-t-elle déjà commencé ?

    En 1983, le président américain Ronald Reagan avait lancé l'IDS, l'Initiative de Défense Stratégique. À l'époque, l'objectif était d'intercepter les missiles balistiques intercontinentaux (ICBM) que l'Union soviétique aurait pu lancer sur les États-Unis en cas de troisième guerre mondiale... Les États-Unis avaient finalement annulé la quasi-totalité des développements de ce dispendieux programme avant même la fin de la guerre froide.

    35 ans plus tard, Donald Trump relance la course aux armements dans l'espace, avec l'US Space Force (USSF)...« Nous ne voulons pas être dominés par la Russie, ou la Chine, nous avons toujours été en position de pointe dans le spatial (...) -une présence- Américaine dans l'espace ne suffit pas, il nous faut une -suprématie- Américaine dans l'espace, je vais donc lancer la réalisation d'une force spatiale » affirmait le président américain Donald Trump en juin 2018.

    Signaux inquiétants

    Cette militarisation croissante de l'espace intervient, sur fond de rivalités entre grandes puissances. Ces dernières années, des objets spatiaux aux comportements suspects ont été observés, des satellites occidentaux espionnés, des systèmes de navigation « GPS » brouillés lors d'exercices de l'OTAN.

    Autant de signes pris très au sérieux par les militaires : « Les armées s'appuient de plus en plus sur l'espace pour conduire leurs opérations militaires, et à leurs yeux ses moyens deviennent vitaux. Cette analyse a commencé à être faite par les militaires il y a une quinzaine d'années, mais pour la France, cela a vraiment été perçu avec les engagements récents, les opérations au Mali, particulièrement. L'Afrique sahélienne, est un grand territoire, et il faut absolument du spatial pour obtenir une efficacité militaire sur ce théâtre d'opérations mais cette prise de conscience a été relativement tardive en France », explique Xavier Pasco, directeur de la Fondation pour la recherche stratégique.

    Quelle doctrine pour la France ?

    Le 13 juillet dernier, devant les hauts gradés de l'armée française, le président EmmanuelMacron a annoncé une nouvelle doctrine spatiale qui « permettra d'assurer la défense de la France, de l'espace et par l'espace (...) avec un renforcement de la connaissance de la situation spatiale, et une meilleure protection des satellites, y compris de manière active », avait assuré le chef des armées.

    Cette posture implique le développement des nouvelles armes comme des lasers pour « éblouir » les satellites hostiles, ou des « canons à ondes » pour les rendre inopérants de manière temporaire ou définitive. Une doctrine à la fois « dissuasive et réactive » : « Il faut être capable de décourager l'adversaire. D'une part en étant plus résistant et en disposant de systèmes plus nombreux, ce qui induit davantage de la résilience. Par exemple, si un système est atteint, les autres pourront prendre le relais, donc ça peut décourager l'adversaire. Il y a aussi l'idée que la France doit être capable de rétorsion ou d'activer des moyens de défense, -plus actifs- cela ne passe pas nécessairement par de la destruction de satellites à proprement parler, mais en gênant son activité, ou en perturbant son fonctionnement », explique Xavier Pasco.

    Limiter les effets

    Depuis longtemps, certains pays ne se privent pas de détruire des satellites en orbite, à titre expérimental... Les États-Unis l'ont fait des années 1980 avec le programme ASAT ; des engins spatiaux « kamikazes » existent en Russie depuis longtemps et auraient fait l'objet de nouveaux développements dans les années 2010.

    En 2007, la Chine a démontré qu'elle pouvait « abattre » un satellite dans l'espace, et au printemps dernier l'Inde qui en fait de même. Un motif de fierté en pleine campagne électorale : « L'Inde est entrée dans le club des superpuissances spatiales (…) avant notre tir, seuls trois pays dans le monde : les États-Unis, la Russie et la Chine étaient en mesure de le faire, à présent, l'Inde est le quatrième pays à avoir atteint cette capacité antisatellites », avait alors affirmé le Premier ministre Narendra Modi.

    En détruisant ce satellite, l'Inde a généré de milliers de débris spatiaux de différentes tailles, autant d'entraves potentielles, à la navigation spatiale et à l'utilisation de satellites vitaux. Pour la France, c'est une ligne rouge qu'elle n'entend pas dépasser. « Pour une puissance spatiale, faire exploser un satellite, c'est se tirer une balle dans le pied », concluent les experts.

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