GRILLE DES PROGRAMMES
Monde
Afrique
Vendredi 6 Décembre
Samedi 7 Décembre
Dimanche 8 Décembre
Lundi 9 Décembre
Aujourd'hui
Mercredi 11 Décembre
Jeudi 12 Décembre
    Pour profiter pleinement des contenus multimédias, vous devez avoir le plugin Flash installé dans votre navigateur. Pour pouvoir vous connecter, vous devez activer les cookies dans les paramètres de votre navigateur. Pour une navigation optimale, le site de RFI est compatible avec les navigateurs suivants : Internet Explorer 8 et +, Firefox 10 et +, Safari 3 et +, Chrome 17 et + etc.
    France

    Visa pour l'image 2019: photographier la grande fresque des Gilets jaunes

    media Les Gilets jaunes sont au coeur de la 31e édition de Visa pour l'image. RFI/Igor Gauquelin

    Un grand nombre de dossiers avaient été déposés, et ce sont finalement les leurs qui ont été retenus à Visa pour l'image. Olivier Coret, 47 ans, photographe indépendant, et Éric Hadj, 51 ans, pigiste à Paris Match, présentent jusqu'à ce 15 septembre, dans le cadre du célèbre festival international de photojournalisme de Perpignan, deux séries de clichés réalisées tout au long du mouvement des Gilets jaunes. Entretien croisé.

    RFI : Visa pour l'image est l'occasion de s'arrêter un instant sur les moments marquants de l'année écoulée. LesGilets jaunes, est-ce que c'est pour vous aussi l'événement de 2018-2019 ? Celui qui surgit sans prévenir ?

    Olivier Coret : Au début, on ne savait pas du tout comment ça allait se passer, si ça allait durer, et quelle ampleur ça aurait. Ça ne vient ni d'un syndicat, ni d'un parti politique, mais d'un appel sur Internet. C'est vrai qu'on est allé de surprise en surprise dès le premier samedi de manifestation.

    Éric Hadj : Le 17 novembre, c'est la grande inconnue. La presse en avait beaucoup parlé, mais on sait que sur les réseaux sociaux, en général, les gens disent qu'ils viennent et finalement, ils ne viennent pas. La grande surprise, c'est que le lendemain, les manifestants continuaient de bloquer des ronds-points en province.

    Quelles sont vos premières impressions ? Vous avez parlé, Olivier, d'un mouvement hétéroclite à ses débuts.

    Olivier Coret : Oui, tout à fait. Le premier jour, je vais au nord d'Amiens, en Picardie, sur l'autoroute. Et là, je discute avec des gens, chaque personne semble avoir des revendications différentes. On voit des catégories sociales très variées, des jeunes, des vieux. Le seul dénominateur commun qui justifie qu'on puisse parler d'un groupe, c'est le gilet jaune.

    Éric Hadj : La première manifestation, si on peut dire, réunit vraiment la totalité des Gilets jaunes, les très motivés. Il n'y a pas de black blocs, pas de casseurs. Ça, c'est venu aux actes 2 et 3. Effectivement, c'est un mélange de personnes qui ne se connaissent pas. Socialement, la chose qui les unit, c'est le manque d'argent, les fins de mois difficiles, qu'ils travaillent ou pas.

    Pourquoi, selon vous, ce mouvement a toute sa place ici à Visa pour l'image, entre toutes ces guerres ?

    Éric Hadj : Dans la forme, peut-être dans la violence, c'est différent mais ça rappelle Mai-68, je pense. Chaque Français a une opinion sur les Gilets jaunes. C'est un mouvement social qui a marqué les gens et qui restera dans l'histoire sociale du pays.

    Olivier Coret : On a assisté à des scènes, notamment à Paris, qu'on n'avait jamais vues. L'avenue Kléber en feu, avec huit voitures brûlées simultanément, ou des dizaines de milliers de personnes qui convergent vers l'Arc de Triomphe pour le prendre, c'est assez unique. Visa pour l'image est un festival international de photographie. Or, cet événement a été couvert par tous les médias du monde entier pendant pas mal de semaines. Ce fut un moment majeur pour la presse internationale.

    Vous avez saisi cet instant dès ses prémices. Vous avez été embarqué, comme ça, dans une espèce d'aventure pendant des mois. Comment tout a commencé pour vous personnellement ?

    Éric Hadj : Comme tout reportage. Sauf que là, dès le début, on savait que ce n'était pas commun. Pas d'organisation, pas de sécurité, pas de marche à suivre, pas de direction où manifester. C'était un peu anarchique, les gens allaient où ils voulaient. Ils ont tenté d'aller à l'Élysée, ils n'ont pas réussi donc ils sont revenus sur les Champs. Après, ils étaient à la Concorde. C'était un peu la ballade des Gilets jaunes. Ce n'est qu'à partir de l'acte 2 qu'ils se sont tous donné des rendez-vous fixes.

    Olivier Coret : Le phénomène m'a fasciné avant même son début. C'était la première fois que j'allais couvrir quelque chose sans avoir la moindre idée de ce qui allait se passer. J'ai tout de suite trouvé ça assez amusant et intéressant à suivre. Et on a été amenés tous les deux à le faire durant cinq ou six mois de manière ultra-intense. À partir du moment où on commence une histoire, on la finit. Sauf que là, on ne sait même pas si c'est fini.

    Si ça continue, vous continuez ?

    Olivier Coret : Je pense que oui, mais on n'est pas futurologues !

    Des journalistes ont été blessés par les violences. Et vous ?

    Éric Hadj : J'en ai été victime, mais pas au point d'aller à l'hôpital ou d'avoir un bras cassé. Comme beaucoup de journalistes, j'ai pris des pierres, des pots de peinture, des coups de matraque. Des casseurs m'ont vu et s'en sont pris à moi, des Gilets jaunes sont intervenus. Parfois, c'est la police qui est intervenue pour me sortir de situations délicates. Comparé aux journalistes qui ont perdu un œil ou qui ont été vraiment gravement blessés, je n'ai pas à me plaindre.

    Le mouvement des "Gilets jaunes" a été marqué par de nombreuses violences. RFI/Igor Gauquelin

    Comment interprétez-vous le niveau de violence survenu de toutes parts ?

    Éric Hadj : C'est le phénomène de bande. Des gens viennent pour la violence et d'autres se font entraîner dedans. Il suffit qu'un seul tape quelque part, et tout le monde suit. Les personnes non violentes peuvent devenir extrêmement violentes, avec l'adrénaline, on ne se rend plus vraiment compte. C'est quand ils se font arrêter qu'ils réalisent les conséquences. Des policiers m'ont dit en marge de l'exposition qu'ils en avaient attrapé plein qui, une fois arrêtés, regrettaient, demandaient pardon, pleuraient.

    Pensez-vous que ce soit pareil pour la police, Olivier ?

    Olivier Coret : La violence se nourrit de violence. D'un samedi à l'autre, il y avait une recrudescence. Certains manifestants venus pacifiquement se retrouvaient au milieu de ça, et le samedi d'après, ils étaient « radicalisés ». La violence policière, légitime ou pas, a radicalisé certains Gilets jaunes qui, au départ, ne l'étaient absolument pas. Après, il y a des groupes qui se sont agrégés et qui étaient clairement là pour casser. Ça vaut pour beaucoup de manifs, il y a des gens qui aiment taper sur des flics, casser des banques, et qui utilisent n'importe quel événement. Là, ils en ont largement profité.

    La couverture du mouvement a permis de soulever de grandes questions d'utilité publique concernant la culture du maintien de l'ordre en France. Derrière les personnes éborgnées, le LBD est également devenu un symbole. Et la France s'est fait taper sur les doigts. Donc les journalistes doivent couvrir les excès policiers.

    Éric Hadj : En tant que journaliste, on a notre place, qu'il y ait de la violence ou pas. On doit être là.

    Olivier Coret : Quand je vois quelqu'un s'attaquer à plus faible que lui, des forces de l'ordre exercer des violences sur des civils, et notamment quand cela ne vient pas répondre à d'autres violences, j'espère que mes photos feront mal aux gens violents. Je ne vais pas dans une manifestation pour dénoncer les excès policiers. Par contre, s'ils se passent devant moi et que je peux les dénoncer, je le fais. Notre métier consiste à essayer de faire bouger des lignes.

    Quel regard portez-vous sur toute cette génération de journalistes citoyens qui se sont manifestés pendant les Gilets jaunes, et notamment ces photographes dans une posture peut-être plus militante, plus dénonciatrice ?

    Éric Hadj : Olivier et moi, on est journalistes depuis plusieurs dizaines d'années. C'est vrai qu'il y a une confusion terrible sur le terrain aujourd'hui. Vous avez des types casqués, estampillés « presse » de partout, qui filment avec leur portable et font des directs sur Facebook. Certains vont aller vers les policiers, les insulter, les provoquer, et les filmer. Pour nous, à partir de là, ce n'est plus du journalisme. On ne doit insulter ni les Gilets jaunes ni les policiers. Quelqu'un tombe à terre, on peut l'aider à se relever, mais on ne peut pas jeter des pierres. Dans ces manifestations, il y avait des rangées de smartphones. J'ai dû demander à des gens de me laisser travailler, ils me disaient : « Poussez-vous, je fais des souvenirs. » C'est simple : on n'est pas des malades de violence, et on ne fait pas l'impasse dessus.

    Olivier Coret : Tout le monde peut être journaliste. Mais on ne peut pas prendre parti. Quand on filme un policier ou n'importe qui à dix centimètres de son visage, c'est une agression. Ça peut engendrer de la violence. J'ai remarqué que des journalistes se plaignent sur Twitter : « Oh, j'ai pris un coup de matraque ! » Quand on va là où c'est violent, on peut se faire mal, on n'est pas dans une bulle. Durant les 20 ou 25 manifestations que j'ai couvertes, on ne m'a jamais pris pour cible, ou alors une fois. J'étais trop près, je photographiais une interpellation et je me suis pris un coup de matraque. Le policier, il faut se dire que ça fait 25 samedis qu'il bosse, qu'il a des appareils à dix centimètres de lui, qu'il en a pris plein la tête toute la journée. Alors, aller me plaindre sur Facebook...

    Il y a énormément de portraits dans ce mouvement. On peut dire que les Gilets jaunes sont très photogéniques !

    Olivier Coret : Absolument. L'unité de couleur, avec ces Gilets jaunes et les policiers en bleu, on peut dire que les choses étaient bien faites. Ensuite, quand il y a une grande foule qui manifeste sur les Champs-Élysées, c'est forcément photogénique.

    Éric Hadj : Il y avait des tas de gens qui mettaient des perruques, qui se déguisaient en habits révolutionnaires d'il y a deux siècles. Il y avait des photos hyper-comiques. Toi, Olivier, tu as photographié un curé en gilet jaune, moi j'ai un coq. On avait l'impression que c'était toute la France qui bougeait.

    Et en province, on a vu des scènes de sociabilisation, des rencontres, des villages...

    Olivier Coret : Et des ronds-points ! Ils ont même construit des cabanes. Il s'est passé énormément de choses entre les gens. Quelqu'un m'a dit qu'en fait, ils avaient besoin de se parler. Ils ont parlé à leurs voisins, aux gens de leur village. Et désormais, ils s'entraident pour le pain, etc. Pendant cinq mois, ils avaient nécessairement besoin d'entraide pour la logistique. Ils continuent dans leur vie quotidienne.

    Dans Paris, on voit tous les jours des écoliers en sortie de groupe avec des Gilets jaunes, c'est la règle ! Mais avec la télé, les adultes qui en parlent, ce mouvement fascine dans les cours d'école, et pas qu'en France. Nous avons photographié deux petites filles toute vêtues de jaune s'arrêter longuement dans l'une de vos expositions, vous savez ?

    Olivier Coret : Des bébés Gilets jaunes ? On a du boulot pour dix ans !

    Les défilés des "Gilets jaunes" ont marqué la fin de l'année 2018 et le début de l'année 2019 en France. RFI/Igor Gauquelin

    Vous parliez de Mai-68, Éric. Il se trouve que c'était le cinquantenaire en 2018, et que l'État avait renoncé à organiser une commémoration, estimant que ça ne pouvait pas émaner de lui. Il y avait déjà eu énormément de tensions autour du 1er-Mai 2018. Finalement, certains ne se sont-ils pas, même inconsciemment, donné rendez-vous pour fêter ça ?

    Éric Hadj : Je penche plutôt pour le hasard. Mais j'ai souvent entendu des Gilets jaunes me dire : « Ça fait longtemps qu'on le dit, que ça va péter. Et bah voilà maintenant ça pète ! » C'est quelque chose qui couvait depuis très longtemps. C'est vrai que ça fait des années que j'entends qu'il faut une révolution, qu'il faut tout casser, qu'il y en a marre des impôts, etc. Il a fallu ces réseaux sociaux, cette bannière du gilet jaune. Aucun journaliste n'aurait pu prédire que ça allait durer six mois, qu'il allait y avoir autant de casse, qu'autant de personnes allaient perdre leur emploi parce que leur magasin était cassé, autant de blessés par des LBD.

    Certains jeunes esprits semblent préparés pour l'avenir. On a parfois l'impression d'être en situation protorévolutionnaire, en France. Vous dites vous-même que beaucoup attendent une révolution, non ?

    Éric Hadj : S'ils sont motivés, et solidaires, ils sont prêts à tout casser. Je rejoins Olivier : on a vu des gens qui ne connaissaient pas le prénom de leur voisin depuis 20 ans. D'un coup, ils se sont retrouvés à manger ensemble, à fumer, à échanger sur leurs problèmes sociaux. De là naît une fraternité. Quand vous alliez dans un rond-point, les gens disaient : « On lâchera pas. » Tous. Mais quelque part, ils ont quand même eu satisfaction, les nouvelles taxes ont été abandonnées. D'autres revendications n'ont pas été satisfaites pour des raisons politiques, mais personnellement, je pense que les Gilets jaunes ont gagné la partie. Ils ont montré qu'ils étaient là et pouvaient obtenir gain de cause.

    L'exposition d'Olivier Coret

    L'exposition d'Eric Hadj

    Chronologie et chiffres clés
    Sur le même sujet
    Commentaires

    Republier ce contenu

    X

    Vous êtes libres de republier gratuitement cet article sur votre site internet. Nous vous demandons de suivre ces Règles de base

    Le Partenaire s'engage à ne pas porter atteinte au droit moral des journalistes. A ce titre, le Contenu devra être reproduit et représenté par le Partenaire tel qu'il a été mis à disposition par RFI, sans modifications, coupures, ajouts, incrustations, altérations, réductions ou insertions

    Ajoutez cet article à votre site Web en copiant le code ci-dessous.

    Republier ce contenu

    X

    Vous êtes libres de republier gratuitement cet article sur votre site internet. Nous vous demandons de suivre ces Règles de base

    Le Partenaire s'engage à ne pas porter atteinte au droit moral des journalistes. A ce titre, le Contenu devra être reproduit et représenté par le Partenaire tel qu'il a été mis à disposition par RFI, sans modifications, coupures, ajouts, incrustations, altérations, réductions ou insertions

    Ajoutez cet article à votre site Web en copiant le code ci-dessous.

     
    Désolé mais le délai de connexion imparti à l'opération est dépassé.