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    France

    Salon du Made in France: «Les Français votent chaque jour avec leur carte bleue»

    media L'ex-ministre et député Arnaud Montebourg sur le stand de l'entreprise Bleu Blanc Ruche dont il est le cofondateur et le président, le 8 novembre au salon du Made in France. RFI/Nicolas Sanders

    Fort de son succès auprès des consommateurs, le salon du Made in France revient à Paris, Porte de Versailles, pour une 8e édition, du 8 au 11 novembre 2019. Quatre jours durant, quelque 70 000 visiteurs vont arpenter les allées de ce grand rendez-vous du savoir-faire français où plus de 500 exposants, dans tous les secteurs d’activité, présentent leurs produits fabriqués en France.

    Produits de beauté, gastronomie bien sûr, high-tech, innovation, loisirs, mode et encore bien d’autres secteurs d’activité sont représentés au salon du Made in France. Une véritable vitrine pour ces entreprises qui ont fait le choix de réaliser en France les étapes essentielles de la fabrication de leurs produits. C’est-à-dire les moments-clés où intervient un savoir-faire français.

    La matière première est parfois d’origine étrangère pour une raison en fait très simple : on sait faire beaucoup de choses en France, mais l’on ne dispose pas de tous les ingrédients pour y parvenir. C’est le cas du textile, un domaine essentiel puisqu’il concerne directement les vêtements que l’on porte tous les jours. La France produit chaque année une quantité infinitésimale de coton, interdisant de fait la production de textile français issu d’un coton hexagonal. Il faut donc aller acheter du coton auprès d’un pays producteur, en tête desquels se trouve l’Inde.

    C’est le cas de la société Tissage de l’Ouest, établie à Morlaix dans le Finistère (29), et spécialisée dans le linge de maison. Une histoire qui débute en 1996 avec la marque À l’aise Breizh qui décline vêtements et accessoires pour la maison estampillés aux noms de villes et de lieux bretons. « On a racheté un tissage à Cholet et on l’a intégré dans notre groupe, pour tisser le tissu chez nous, en France, et le confectionner » raconte Erwann Créac'h, directeur d’À l’aise Breizh et de la marque Tissages de l’Ouest, sur son stand du salon du Made in France.

    « Le coton est filé, tissé, confectionné, imprimé en France »

    Drapé d’un tablier de sa marque frappé d’un homard brodé, l’entrepreneur explique avoir renoncé à fabriquer le linge de maison au Portugal, la qualité n’étant à ses yeux pas au rendez-vous. L’usine dénichée à Cholet n’était pas en très bonne situation financière, au contraire d’À l’aise Breizh qui pouvait donc se permettre de la racheter, explique notre interlocuteur. « On a continué à Cholet le temps que les gens partent en retraite, et on a ramené l’usine à Morlaix depuis mars 2018 », précise Erwann Créac'h, avant d’ajouter : « On voulait que les choses soient faites chez nous, en Bretagne, donc maintenant à Morlaix on fait le tissage, la confection et l’impression, trois métiers très différents. » Si l’usine Tissage de l’Ouest travaille essentiellement pour la marque bretonne, elle fournit aussi des produits à l’international. Dans ce cas, c’est la nationalité française qui est mise en avant, plutôt que l’origine bretonne. « On commence à bien vendre au Japon et aux États-Unis, les gens souhaitent avoir l’image du Made in France, car la Bretagne hélas n’est pas très connue au Japon ni aux États-Unis », confie-t-il.

    Le stand de la société Tissages de l'Ouest au Salon du Made in France, à Paris, le 8 novembre. RFI/Nicolas Sanders

    Erwann Créac'h l’assure, si le coton vient par exemple d’Inde, il est bel et bien filé en France, ce qui fait selon lui toute la différence : « Le coton est filé, tissé, confectionné, imprimé en France. Donc 97% du travail est fait dans nos usines à Morlaix. » Seule une petite partie de la production, T-shirts ou chemises, reste assurée au Portugal ou au Maroc, confie celui qui se veut à la tête d’une « marque française transparente », assurant au passage que l’origine des produits est intégralement citée sur les étiquettes. Une « transparence » qu’il dit ne pas être le fait de tout le secteur textile français.

    Le « made in France » au service de la biodiversité avec Arnaud Montebourg

    Défendre la capacité à produire sur le sol français, c’était l’engagement d’Arnaud Montebourg, fougueux ministre du Redressement productif en 2012. Joignant le geste à la parole, le ministre avait à l'époque fièrement posé en marinière Armor Lux « made in France » à la Une d’un magazine, tenant dans ses bras un robot ménager Moulinex. Héraut de la défense et illustration du « achetez français », Arnaud Montebourg a depuis quitté ses habits de politique pour devenir chef d’entreprise, mais toujours au service du même credo. Avec la société Bleu Blanc Ruche dont il est le cofondateur et le président, l’ex-locataire de Bercy promeut désormais un miel 100% français ni mélangé ni importé.

    Sur son stand au salon du Made in France, l’ex-ministre enchaîne les ventes de pots de miel, toujours prompt à faire goûter ses différentes qualités aux visiteurs. Du miel élaboré en France, mais avec le souci de repeupler le territoire national en abeilles. Ou quand le patriotisme économique fait bon ménage avec la protection de la biodiversité : « Le miel de repeuplement consiste à construire une société d’entraide, ce qu’est Bleu Blanc Ruche entre le consommateur et l’apiculteur. Nous achetons les miels plus chers, en contrepartie l’apiculteur présente des plans de repeuplement pour augmenter ses colonies. » L’entreprise augmente ses prix d’achat pour financer le repeuplement des abeilles « avec le soutien des consommateurs », prévient Arnaud Montebourg qui assure que ce surcoût est réparti « de façon invisible et indolore » sur le prix du pot. « L’année dernière, nos 45 apiculteurs à qui nous avons acheté 94 tonnes à un prix entre 5% et 18% plus cher que le marché ont installé 2 732 ruches supplémentaires, ça fait 160 millions d’abeilles », revendique-t-il non sans fierté. Aujourd’hui, il manque 13 millions de ruches en Europe occidentale dont 500 000 en France, d’après un rapport publié en 2014 par l’Inra : « C’est un début, il va falloir travailler », promet l’ex-politique devenu patron.

    « On vous vend du sucre au prix du miel »

    Disponibles à la vente en ligne sur le site de l’entreprise, les miels Bleu Blanc Ruche sont distribués dans quelques échoppes parisiennes, mais le choix a été fait de privilégier la vente à domicile, car « cela permet une relation avec la clientèle de même nature que celle que l’on a ici [au Salon] où l’on peut expliquer le problème de l’abeille », ajoute Arnaud Montebourg. Selon un récent sondage de l’institut BVA, les Français sont prêts à dépenser 10% de plus pour acheter « made in France ». Mais la relation avec le consommateur implique de l’avertir et de l’informer. Ce que ne manque pas de faire Arnaud Montebourg en affirmant que « 30% des miels de premier prix dans la grande distribution ont été repérés comme étant frelatés, adultérés, on vous vend du sucre au prix du miel. À chaque fois que vous voyez mélange, Union européenne ou hors Union, vous avez une chance sur trois de tomber sur un miel frauduleux. »

    Plus qu’un label, le « made in France » – dont il fut l’instigateur - est « un mouvement de société », analyse celui qui, quittant la politique, loin d’aller collectionner les jetons de présence dans les conseils d’administration, s’est reconverti dans l’entrepreneuriat tricolore. Le « made in France », une dynamique socio-économique bien comprise par les Français, selon Arnaud Montebourg qui avec une certaine ironie compare achat et élection : « Les Français maintenant résonnent ‘’emploi’’ quand ils achètent, les Français votent avec leur carte bleue chaque jour, c’est mieux qu’avec un bulletin de vote tous les cinq ans… Tous les jours ils ont un pouvoir, et ce pouvoir ils peuvent en faire des choses extraordinaires. »

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