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    France

    Agoraé, des épiceries solidaires pour lutter contre la précarité étudiante

    media L'Agoraé de l'université de Nanterre, le 15 novembre 2019. RFI/RP

    À l’initiative de la Fédération des associations générales étudiantes (Fage), dans 18 campus universitaires français, des associations d’étudiants tiennent des épiceries solidaires pour venir en aide à leurs camarades en difficultés financières.

    Des prix qui défient toute concurrence pour lutter contre la précarité étudiante. Devant les étagères remplies de conserves, de pâtes, de jus et autres produits longues conservations, Soraya, une étudiante de l’université de Nanterre, remplit son sac. Pain, saumon, yaourt, haricot, nuggets… au passage à la caisse, pour l’achat d’une vingtaine de produits, elle n’aura à débourser que 3,97 euros. Dans cette Agoraé, une épicerie solidaire tenue par des étudiants, tous les prix sont divisés par 10.

    « J’ai plus de 20 produits dans mon panier. Normalement, dans un supermarché, cela m’aurait couté près de 50 euros et là je n’en ai payé que 4 », se réjouit l’étudiante qui passe toutes les semaines faire ses courses ici. Chaque mois, elle doit vivre avec seulement « une cinquantaine d’euros », après avoir payé son loyer, sa carte de transports et ses factures. L’épicerie solidaire est une aubaine pour elle, « avec l’Agoraé, je me soucie moins du côté course alimentaire, je peux me concentrer sur les autres dépenses, comme le loyer », raconte celle qui fait du baby-sitting 4 soirs par semaine, sans quoi elle n’aurait aucun moyen de financer son quotidien. Pour autant, elle doit tout de même limiter sa consommation de nourriture, « pour en avoir suffisamment les autres jours » concède-t-elle.

    « Ça permet d’équilibrer le budget (des étudiants) et de ne pas trop dépenser dans la nourriture, ainsi, les étudiants peuvent penser à d’autres formes d’achats, comme financer le permis de conduire », explique Fatoumata Gassama, une bénévole qui gère l’épicerie. Avec plusieurs de ses camarades, elle accueille les bénéficiaires, accompagne et met en confiance ceux qui veulent le devenir. « Ça peut être gênant de venir voir d’autres étudiants pour parler de ses difficultés à remplir le frigo. Il peut y avoir des freins. On essaye d’avoir un cadre au top, de leur proposer de l’aide, d’être là et de les accompagner », détaille Fanny Pommier, responsable de l’approvisionnement.

    « La précarité étudiante, c’est une réalité »

    En France, suite à l’immolation par le feu d’un étudiant devant un Crous le 8 novembre dernier, plusieurs manifestations ont éclaté dans les grandes villes pour dénoncer la précarité étudiante. Selon la Fage, le premier syndicat universitaire, 20% des étudiants vivent sous le seuil de pauvreté. À l’Agoraé, cette histoire est sur toutes les lèvres, et la précarité, une vraie « réalité ». Et elle n’est pas que financière, estiment les bénévoles, elle « engendre d’autres problèmes comme des difficultés scolaires ou des soucis de santé. Et certains le vivent très très mal », alerte Mme Gassama avant d’ajouter, « ça crée une inégalité des chances, on le voit vraiment durant les études supérieures ».

    Même si de nombreuses aides existent, « les bourses du Crous et l'APL (Aide personnalisée au logement, NDLR) ne suffisent pas. Avec les bourses certains peuvent régler beaucoup de leurs frais mais tout le monde ne peut pas travailler à côté de ses études », selon une autre bénévole, Talla Kardiatou. C’est notamment pour cela que les principaux syndicats, la FAGE et l’UNEF (Union nationale des étudiants de France), ont demandé au gouvernement, lors d’une réunion avec Gabriel Attal le secrétaire d’État chargé de l’Enseignement supérieur, « une réévaluation urgente » des bourses universitaires.

    Mais face au nombre croissant de personnes souhaitant être bénéficiaires et même si l'épicerie ne manque pas de produits, les bénévoles estiment que l'État devrait davantage s'attaquer au problème. « Ce n'est pas normal que ce soit les associations étudiantes qui gèrent ce problème, cela devrait venir des politiques publiques », estime Kardiatou. « L'État devrait davantage s'inquiéter du phénomène », conclut Fanny Pommier.

    Un réseau solidaire

    Pour proposer aux étudiants en difficulté des produits alimentaires quotidiennement, l’épicerie solidaire peut compter sur un large réseau d’associations caritatives. « On a énormément de partenariats », explique Mme Pommier. Ramassage à la banque alimentaire chaque jeudi, récupération des invendus et des produits dont la date de péremption approche dans les supermarchés de Nanterre et Paris… les étudiants redoublent d’efforts pour remplir leur réserve.

    Mais ils peuvent également compter sur leur campus. « L’université, qui dispose de ruches, nous offre du miel et des serviettes hygiéniques », ajoute Fanny. Et parfois, ce sont simplement des étudiants qui viennent apporter du surplus. Comme ce vendredi, alors que l’épicerie s’apprête à fermer, un jeune étudiant passe la porte, les bras chargés de saucisses. « On a fait un barbecue hier et il en reste beaucoup, on n’a pas voulu les jeter », explique-t-il en offrant une dizaine de lots. « Elles étaient bien au frigo ? Car on fait très attention à respecter la chaîne du froid », demande Fanny, qui suit une formation sur l'hygiène, tout en claquant la porte d'un bruyant frigo gris au fond du local.

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