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    Gilets jaunes: trois mois de prison avec sursis requis contre un policier

    media Le CRS a évoqué un «geste de peur» lors de son procès, le 21 novembre 2019 à Paris. Benoit PEYRUCQ / AFP

    Le parquet a requis ce jeudi 21 novembre trois mois de prison avec sursis à l'encontre du premier policier jugé à Paris pour avoir jeté un pavé lors d'une manifestation des Gilets jaunes.

    Âgé de 44 ans, dont 20 dans la police, le CRS comparaissait pour « violences volontaires par personne dépositaire de l'autorité publique » pour avoir lancé un pavé vers des manifestants lors d'une mobilisation à Paris le 1er mai. Alors que la crise des Gilets jaunes a été marquée par des heurts répétés entre manifestants et forces de l'ordre, il est le premier policier à être jugé. Le parquet a requis contre lui trois mois de prison avec sursis.

    « Des limites dépassées »

    « Je ne cherche pas à faire un exemple, ce n’est pas le procès de la police », a souligné la procureure. Mais selon elle, ce jet de pavé n’était ni une « absolue nécessité » – notamment parce que d’autres agents avec boucliers séparaient le policier des manifestants, a-t-elle pointé – ni « strictement proportionné ». « Même s’il n’y a apparemment pas de victime, le prévenu ne pouvait pas ignorer qu’il pouvait provoquer des blessures graves », a-t-elle insisté. Et de conclure : « les limites légales de la violence légitime ont été dépassées ».

    Peu avant, visage fermé, parfois ému, le brigadier avait reconnu son geste, mais affirmait n’avoir voulu blesser personne et pris soin de viser une zone dégagée. C’était une réaction « de peur, absolument pas de colère », avait-il précisé, « un réflexe de défense pour pouvoir se replier avec un collègue blessé ».

    Il avait aussi évoqué le contexte : « des scènes de guérilla » auxquelles était confronté sa compagnie depuis des heures, et surtout le traumatisme d’avoir vu, quelques minutes avant les faits, son supérieur gravement touché à la tête par une pierre. Présent à l’audience, celui-ci a souligné la violence de certains manifestants, mais aussi les impeccables états de services de son collègue, deux fois décoré. L'avocat du CRS a reconnu que le geste de son client n’était pas « adapté », mais il a plaidé la relaxe, arguant notamment qu’en l’absence d’intention de blesser et de victime, la qualification de violences volontaires ne pouvait s’appliquer.

    Bien qu’ayant plaidé la relaxe, l’avocat du policier maitre Boguet se satisfait de la position du parquet. « Les réquisitions de madame la procureure me semblent adaptées puisque ce sont des réquisitions qui font la part de la gravité relative de l’évènement – puisque je continue à soutenir que pas de victimes pas de préjudices n’ont été à déploré dans le cadre de cette affaire – et au-delà, la personnalité, la qualité de l’engagement, la façon de servir de ce fonctionnaire de police me semblent avoir été intégrés par l’accusation. »

    Le jugement sera communiqué le 19 décembre, le temps de prendre le recul nécessaire a conclu le président.

    212 enquêtes

    Depuis le début du mouvement des Gilets jaunes, déclenché le 17 novembre 2018 en réaction à des mesures jugées trop pesantes pour les automobilistes, les manifestants dénoncent les violences policières et l'usage des grenades et des lanceurs de balles de défense (LBD) par les forces de l'ordre. Ces dernières pointent en retour la violence d'éléments radicalisés. Au total, selon les autorités, environ 2 500 manifestants et 1 800 membres des forces de l'ordre ont été blessés depuis le début du mouvement.

    L'Inspection générale de la police nationale (IGPN), dont l'impartialité est régulièrement mise en cause par les Gilets jaunes et parfois par la presse, a été saisie d'au moins 212 enquêtes sur des violences policières présumées, selon le parquet. Dans près de 70 % des cas, ses investigations ont été achevées et les conclusions transmises au parquet de Paris pour qu'il décide des suites de la procédure. Les cas les plus graves ont donné lieu à des informations judiciaires confiées à des juges d'instruction.

    Au total, 372 procédures ont été enregistrées en France après des plaintes contre des forces de l'ordre, selon un décompte du ministère de la Justice transmis à l'Agence France-Presse. Parmi elles, 109 ont été classées sans suite.

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