par Claire Vuillemin
Article publié le 03/07/2007 Dernière mise à jour le 03/07/2007 à 16:32 TU
le 23 juin 2006, L'IGN mettait en ligne sur l’internet un nouveau service, le Géoportail grâce auquel il devenait possible d’accéder à l’intégralité des banques de données images de l’établissement. Ce service gratuit permet à l’internaute d’accéder aux vues photographiques et cartographiques de la France et inaugure une nouvelle ère dans la diffusion de l’information géographique.Ce type d’outil a été mis au point et développé, à l’échelle mondiale, par Google (avec son Google Earth), société américaine leader de services en tous genres sur l’Internet.
Militaires et politiques : les premiers «clients» des cartographes
La première carte topographique de la France avait été demandée au XVIIIe siècle par Louis XV au géomètre Cassini. Celui-ci créa même une société à cet effet, dont les actionnaires étaient des personnalités de la Cour. Puis vint la Révolution et la société fut nationalisée. La cartographie française redevint alors militaire, pour 150 ans environ. Un siècle plus tard, ce sont donc les militaires qui réalisent la deuxième carte, dite d’état-major, à l’échelle d’1/80000ème. Ces deux premières cartes ont été faites à pied, par des arpenteurs qui ont parcouru des milliers de kilomètres avec leur théodolite, cette lunette trigonométrique permettant de mesurer la hauteur d’un point à partir de celle de deux autres points connus.
On s’apercevra, un peu tard peut-être, du danger du statut d’organisme militaire de ce service, lors de la remise obligatoire des cartes à l’état-major allemand à la signature de l’Armistice de juin 1940. Quelques jours après la saisie, par les Allemands, des biens militaires français, un décret était signé : à partir du 1er juillet 1940, le service géographique de l’armée sera remplacé par l’Institut géographique national. La troisième carte est réalisée à partir de prises de vues aériennes. Commencée après la Seconde Guerre mondiale, elle sera achevée à la fin des années 1980. Les cartographes sont ainsi passés du 80000ème au 25000ème. La première carte avait surtout pour but de repérer les limites de la surface de la France. Les deux suivantes, une fois les limites comprises, ont plutôt cherché à repérer l’espace entre les différents points et montrer comment sillonner cet espace.
Les fonds patrimoniaux de l’IGN : des trésors à la portée de tous
Des milliers de documents historiques, dont certains sont de véritables œuvres d’art retraçant l’histoire de l’aménagement des territoires français depuis deux siècles, et des millions de photographies aériennes constituent les fonds patrimoniaux de l’Institut. La cartothèque et la photothèque de l’IGN représentent un patrimoine d’une valeur inestimable. Ni musée, ni archives, elles conservent et entretiennent des documents qui répondent toujours à des demandes techniques ou culturelles de la part des usagers. De la carte de Cassini aux photos aériennes numériques de dernière génération, leur priorité est de mettre l’information géographique à la disposition des urbanistes, des chercheurs ou des simples particuliers. Une mission à laquelle le Géoportail donne une ampleur sans précédent.
La véritable légitimité de l’IGN en ce qui concerne le Géoportail, repose sur le Référentiel à grande échelle. Ce qu’on appelle le «RGE» est en fait la grande carte numérique du 21ème siècle. Elle décrit sous forme de base de données numériques l’ensemble du territoire national. Avec une précision métrique: chaque point est repéré au mètre près sur le territoire avec une résolution égale à 50cm. Le Géoportail en est l’aboutissement. Il répond aux besoins des utilisateurs les plus divers grâce à sa précision et à des fonctionnalités adaptées à chacun. Les «clients loisirs» ou les professionnels peuvent accéder, sur leur écran d’ordinateur, à la France vue du ciel, en 2D et progressivement en 3D, c'est-à-dire en relief.
Parallèlement à ce changement de dimension, Géoportail intègre petit à petit les données publiques de ses partenaires, comme celles du BRGM (Bureau de recherches géologiques et minières) co-réalisateur du site avec l’IGN. Le site ouvre un champ encore insoupçonné d’applications concrètes tout à la fois dans le domaine de l’environnement, de la société et de l’économie. L’engouement des internautes pour le Géoportail depuis son lancement est une illustration de l’intérêt d’un nouveau mode d’accès à l’information par une approche géographique, topographique et photographique.
Un savoir-faire qui s’exporte
Certains pays considèrent toujours la carte comme un outil militaire et conservent le réflexe d’empêcher leur diffusion. Les nouvelles techniques comme le numérique peuvent faire évoluer cette conception. D’ores et déjà de nombreux pays font appel au savoir-faire de l’IGN.
Pour exemple, le Bengladesh s'est adressé à l’Institut pour essayer de résoudre ses problèmes de crues. Des photos réalisées à différentes périodes de l’année ont fait apparaître l’évolution des phénomènes naturels du fleuve. Grâce à ses technologies sophistiquées, l’Institut peut aussi contribuer à la restauration des monuments. Ainsi la photogrammétrie architecturale et ses relevés de haute précision ont permis la reconstruction des peintures de Lascaux, en France, après leur déménagement, comme celles du temple d’Abou-Simbel, en Egypte. Il y a vingt cinq ans déjà, c’est l’IGN qui réalisait pour l’Arabie Saoudite, une cartographie de Riyad et de son agglomération.
Actuellement, l’IGN réalise une nouvelle cartographie pour le Sénégal. Comme pour beaucoup de pays d’Afrique centrale ou de l’ouest, la cartographie au 1 : 200 000 est la plus grande échelle utilisée sur la totalité du Sénégal. Il s’agit aujourd’hui d'établir dans un délai de trois ans une cartographie numérique à jour et homogène du pays.
Les exemples de collaboration sont nombreux et se répartissent sur toute la planète. Il reste beaucoup de travail à l’IGN, mondialement reconnu et qui sait bien vendre ses compétences : Environ un tiers du globe n’est pas encore cartographié au 50 000ème.
label france
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