par Claire Vuillemin
Article publié le 11/09/2007 Dernière mise à jour le 11/09/2007 à 15:47 TU
Une profonde passion pour l’architecture médiévale, une motivation et une rigueur dans le travail jamais démenties, telles sont les clés de la réussite du chantier de Guédelon. Lancé au printemps 1997 et ouvert au public un an plus tard, il est unique en son genre : la construction du château répond en effet aux canons architecturaux instaurés par Philippe Auguste aux 12ème et 13ème siècles. Les châteaux voisins, comme celui de Ratilly, édifié au XIIIe siècle, ont servi de modèles. Les plans ont été dessinés avec une extrême rigueur par Jacques Moulin, architecte en chef des Monuments historiques, tandis que le suivi scientifique est assuré par un groupe d’archéologues, d’historiens de l’art et de scientifiques. Pour les responsables du chantier, grâce à un cahier des charges draconien, une fois la bâtisse érigée il sera impossible de la différencier d’une authentique ancienne place forte médiévale.
Un lieu pédagogique et expérimental
Ce projet un peu fou est celui de Michel Guyot, originaire de cette région de Puisaye et propriétaire, depuis 1979, du château de St Fargeau, majestueux pentagone de brique et de pierre, datant du XVe siècle. Avec Maryline Martin, enfant du pays elle aussi, il décide de construire un véritable château fort en pierre avec son donjon, ses tours, ses courtines. Ces mousquetaires d’un nouveau type de tourisme historique sont le noyau dur du projet que certains qualifieront d’ « insensé ». Mais l’idée du scénario élaboré par ces passionnés de l’époque médiévale a séduit autant les visiteurs que les médiévistes.
C’est l’histoire d’un petit seigneur qui, tout juste revenu des croisades en 1225, trouve le terrain idéal pour construire son château. Un terrain situé dans la forêt de Treigny, au lieu-dit Guédelon, entre Saint-Sauveur et Saint-Amand en Puisaye. La forêt fournira le bois des charpentes et de la carrière de grès rouge, toute proche, sera extraite la pierre des murs. Le château en construction bénéficie aussi de la présence de sources tout près du site.
Un livre d’histoire vivante
Un peu plus de cinquante salariés sont employés à l’année sur le site, sans oublier les bénévoles, les scientifiques et médiévistes qui valident chaque fait et geste de ces bâtisseurs du XXIe siècle. L’exigence de la reconstitution à l’identique n’autorise aucune extravagance.
Les charpentiers sont chargés de toutes les réalisations en bois du château : échafaudages, coffrages nécessaires au soutien des voûtes lors de leur montage, portes et ponts. Ils fabriquent également tous les manches d’outils, les engins de transport et de levage. Le vannier fabrique lui-même tous les seaux, paniers, étuis des gourdes qu’il faut sans cesse remplacer. Dans la forge, le fer, issu du bas fourneau, est travaillé pour la fabrication et la réparation des outils, des pointes et des clous, des fers à cheval. Les carriers du chantier devront extraire, puis charrier à dos de mulet, les 8000 mètres cubes de pierres nécessaires à la construction du château. Quant à la potière, elle travaille l’argile qu’elle a elle-même récoltée dans la forêt et surveille la cuisson des pièces qui demandera quelque dix sept heures...
Le chantier résonne des coups de massettes des carriers et des tailleurs de pierre, des scies des bûcherons, des marteaux des forgerons, ou des grincements de la « cage à écureuil », une grande roue actionnée par un homme qui se déplace à l’intérieur de sa circonférence et grâce à laquelle les matériaux sont acheminés vers les différents niveaux.
Un nouveau type de tourisme historique
Gâcheur, charpentier, forgeron, cordier, scieur de long, charbonnier… les artisans du site sont ouverts à la discussion et racontent avec passion leur quotidien. On apprend ainsi l’utilisation de la corde à treize nœuds, l’ancêtre de notre calculatrice. On comprend l’utilité de la règle graduée en pouces et celle du niveau à plomb. Tandis que la maquette du château donne une idée du résultat final. L’intérêt du lieu est qu’il évolue sans cesse.
En cet été 2007, les « oeuvriers » poursuivent le deuxième niveau de la tour maîtresse, future chambre seigneuriale couverte d’une voûte en ogive. Ils nivellent le deuxième niveau du logis . Une fenêtre à meneaux est prête à être mise en place, attendant d’être hissée pierre par pierre au second. En quittant le chantier, vous en saurez plus sur la poliorcétique. Vous ignorez ce mot ? C’est la science de la construction des châteaux forts ! « C’est la première fois dans le monde que les scientifiques peuvent confronter les comptes de travaux du XIIIe siècle qu’ils possèdent avec une situation réelle de chantier médiéval. Il y a sept cents ans qu’on n’avait pas vu cela ! », fait remarquer Michel Guyot, initiateur du projet. Un chantier qui bouleverse aussi notre notion du temps : les bâtisseurs se sont donné un quart de siècle pour achever leur projet insensé. Rendez-vous donc aux alentours de l’an de grâce 2025…