par Danielle Birck
Article publié le 25/09/2007 Dernière mise à jour le 25/09/2007 à 17:48 TU
Environ 150 ans séparent le Fauteuil Rose fait de tiges de métal gainées de soie, de coussins de velours de soie rose et de porcelaine, du Fauteuil Miss Blanche, réalisé en résine acrylique avec inclusions de roses en papier, et piétement en tube d’aluminium. Mais, un même thème les rapproche : au travers de la fleur, la rose, c’est celui de l’emprunt des créateurs au monde végétal. Un emprunt constant dans la création design : « J’ai coupé la fleur mais j’ai gardé la tige » disait Victor Horta. C’est bien à propos que la citation du chef de file belge des architectes Art nouveau est reproduite dans un espace où se côtoient une sellette en bois signée de Guimard, en 1899, aux quatre pieds tout en courbes, et le fameux tabouret W.W. Stool de Starck, en aluminium moulé, entre végétal et insecte, conçu cent ans plus tard pour le cinéaste Wim Wenders.
Bestiaire
Le monde animal n’est pas en reste… C’est d’ailleurs une vieille histoire (un bassin en faïence de Nevers reposant depuis la fin du XVIIe siècle sur ses pattes de dindon en fait foi), mais, hasard des prêts ou véritable tendance, la fin des années 1960 a apparemment été friande d’emprunts au bestiaire avec le fauteuil éléphant de Bernard Rancillac (1966), la Console aux autruches de François-Xavier Lalanne (1970) ou le Bar « chat polymorphe » du même Lalanne, deux ans plus tôt : on ne peut pas le manquer, il s’impose au regard à l’entrée de cette deuxième salle, avec ses 3 mètres de long sur 2 mètres de haut, animal hybride de d’acier, de bois et de tôle de laiton, avec mamelles de louve, queue de poisson et sabots d’équidé, et dont les flancs s’ouvrent (on dirait des ailes de chimère), sur un véritable bar…
Home, sweet home …
… Le bar, la soif, les besoins du corps… le corps, justement … source d’inspiration et de fantasme, « Baudelaire rêvait d’une géante où il aurait pu déambuler », nous rappelle-t-on dans l’exposition. Tandis que Tristan Tzara rêvait d’une « maison-utérus »…

« The Womb House », atelier Van Lieshout, 2004.
© Atelier Van Lieshout - Jousse entreprise, Paris / photo: Doryck Sembaz
Eh bien l’atelier de Joep Van Lieshout l’a réalisée en 2004, avec The Womb House : une imposante structure de matériaux divers (mousse de polyuréthanne, fibres de verre, etc.) reproduisant un utérus de géante qui abrite chambre à coucher, bar, coin cuisine, douche et toilettes, le tout dans un monochromie de rouge assez saisissante… On verrait bien cette matrice spectaculaire au milieu d’une aire de jeux pour enfants… Mais le fantasme n’est pas complètement à sens unique : Ruth Francken s’est offert un Siège Homme, une création de 1971 en fibre de verre, résine de polyester et tube de laiton chromé.
Du corps structure d’accueil au paysage accueillant recréé par le design, il n’y a que quelques mètres à parcourir pour retrouver une même aspiration à se laisser aller dans une atmosphère douillette et feutrée, close et cosy, le corps assis, appuyé ou étendu sur des matériaux moelleux (mousse de caoutchouc et laine). Il faudra sagement enlever ses chaussures et les laisser sur le côté, avant de pénétrer dans l’univers rouge et violet du Phantasy Landscape, la structure inventée en 1970, par Verner Panton.
Le paysage s’invite aussi dans les objets comme ce service à thé Piazza : chaque élément est un édifice dont l’ensemble reproduit une place.
Recyclage
Retour à la réalité des choses, entre récupération et détournement créateurs. Un caddie de supermarché devient « Chaise à roulettes », des vêtements usagés ou du papier déchiqueté fauteuils, tandis que les peluches enfantines se transforment en canapé…. Sans oublier le tambour de machine à laver réhabilité en table ou la fameuse commode déstructurée de Rémy Tejo (1991), faite de tiroirs usagés empilés de guingois.
On l’aura compris : c’est un parcours plein de rencontres et de (bonnes)surprises que propose l’exposition Design contre Design…