par Claire Vuillemin
Article publié le 08/11/2007 Dernière mise à jour le 08/11/2007 à 13:52 TU

Lyon fin du XIXe siècle, Jarosson et Volay.
Arabesque à rinceaux fleuris et motifs ferronnerie, personnages et animaux grotesques, dais et draperies, cornes d'abondance et vases fleuris.
Velours ciselé quadruple corps, nuancé, fond satin. Soie.
© Musée des Tissus et des Arts décoratifs - D.R.
Quand Louis XI décide, au milieu du XVe siècle, de développer une production nationale de soie à Lyon, il doit faire face à de telles protestations de la part des Lyonnais que c’est Tours qui sera finalement choisie. L’histoire des soyeux de Lyon ne commencera que quelques décennies plus tard, sous le règne de François 1er, avec l’implantation en 1536 d’une première fabrique de draps de soie. Quatre ans plus tard, Lyon se verra accorder le monopole de la production de soie. Une position renforcée par la décision d’Henri IV d’autoriser la sériciculture, l’art d’élever les vers à soie. Sous l’impulsion de Colbert Lyon va progressivement accentuer sa suprématie sur la production italienne et s’imposer comme la capitale européenne de la soie.
Le XIXe siècle : mutations et apogée
Le XIXe siècle est le témoin de multiples mutations dans tous les domaines : celui des matières premières avec l’apparition des premières soies synthétiques, celui des métiers qui se mécanisent puis s’automatisent et celui des marchés à l’exportation qui se diversifient.
« Le parcours proposé au Musée des Tissus et des Arts décoratifs ne présente qu’un bref aperçu de cette histoire si dense de la soierie lyonnaise du 19ème siècle. La collection du Musée est si riche que le choix des tissus destinés à être exposés a été extrêmement difficile » explique Maria-Anne Privat Savigny, commissaire de l’exposition. Il est vrai que les réserves du Musée abritent près de deux millions de pièces répertoriées… et dont la plupart ont gardé leur éclat, comme on peut le constater dès la première salle de l’exposition avec celles qui évoquent les trois grands secteurs d’utilisation de la soie : l’ameublement, la mode et les ornements liturgiques.

Lyon avant 1846, Maison Yéméniz.
Laize à décor polychrome.
Lampas broché, fond taffetas. Soie, filé et filé or riant, frisé or.
© Musée des Tissus et des Arts décoratifs - D.R.
C’est en effet dans le domaine de l’ameublement que le travail de la soie s’illustre au cours de l’Empire. Napoléon voit dans cette industrie lyonnaise un facteur de croissance économique essentiel et, dès son accession au pouvoir, il procède à une série de commandes pour les palais impériaux qu’il s’agit de remeubler et de revêtir des emblèmes et symboles impériaux : l’aigle, l’abeille ou les couronnes de laurier. La grande commande pour Versailles réunira tous les fabricants lyonnais de renom. Les grandes maisons telles que Grand Frères, Bissardon, Cousin et Bony, Lacostat et Trollier, Theoleyre et Dutillieu fourniront quelque 53 000 mètres d’étoffes unies et 25 000 d’étoffes façonnées, dont on peut voir quelques échantillons.
Un autre secteur connaît une croissance sans précédent pendant le 19ème siècle, celui des ornements liturgiques. La réorganisation de l’Eglise de France suite au Concordat de 1801 et l’émergence d’un mouvement chrétien dès les années 1810 favorisent le développement, à Lyon, de la production textile destinée à la confection des ornements d’église. «Le mouvement néogothique, inspiré par la liturgie et l’art du Moyen Age influence certains fabricants. D’autres, comme la Maison Henry, préfèrent un style plus contemporain. Le livre de prières tissé qui est présenté dans l’exposition a été réalisé par la Maison Henry », précise la commissaire.
Les métiers Jacquard
Sur le plan technique, c’est en 1804 que Joseph-Marie Jacquard met au point un métier à tisser utilisant la carte perforée qui va permettre d’automatiser la production. Une innovation qui impose la construction ou la rénovation d’édifices avec des hauteurs de plafonds de plus de quatre mètres et de grandes fenêtres. Les anciens couvents du quartier de la Croix-Rousse sont alors convertis en ateliers et les rues et bâtiments du quartier sont reliés entre eux par des passages couverts (les "traboules"). Ces passages permettent aux « canuts » de gagner du temps et de protéger la soie des intempéries lors de son transport. De 1200 métiers jacquard recensés en 1819, on passe à 4200 en 1825.
Avec l’ameublement, la mode constitue un autre secteur privilégié de la soierie lyonnaise. L’impératrice Eugénie, l’épouse de Napoléon III, fera d’ailleurs appel aux plus grandes maisons de soierie, tant pour la décoration de ses appartements que pour la confection de ses tenues. « L’impératrice est très gâtée par les fabricants lyonnais lors de son mariage… On lui a offert une corbeille rassemblant diverses étoffes fabriquées par les plus grands soyeux dont un manteau de cour tissé par la Maison Schulz et Béraud. Et elle a effectué deux voyages officiels à Lyon, l’un en 1860 et l’autre en 1869 », indique Maria-Anne Privat Savigny. On peut voir, dans la salle intitulée Un jardin dans la soie, des échantillons de ces étoffes ornées de dahlias, lilas, chrysanthèmes, libellules et papillons… l’un d’eux, soleil d’orchidées, a servi de modèle pour la confection d’une robe présentée à l’Exposition Universelle de 1889.
Les Expositions universelles, vitrines du travail des soyeux

1889, Ecole municipale de tissage de Lyon, d'après François Vernay.
« Fruits »
Lampas liseré, lancé, broché à fond satin à chaîne jaspée. Soie.
© Musée des Tissus et des Arts décoratifs - D.R.
Les Expositions des produits de l’industrie nationale, puis les Expositions Universelles sont pour les soyeux l’occasion de montrer leur savoir-faire. Ils sont régulièrement récompensés pour la qualité artistique et technique des étoffes exposées. D’abord concentrées entre Londres et Paris, les Expositions universelles s’internationalisent à Vienne, Philadelphie, Amsterdam, Anvers, Chicago… « Les rapports publiés à l’occasion des expositions nationales ne cessent de célébrer Lyon comme la manufacture de soie la plus brillante. Nous en présentons quelques exemplaires ici », précise la commissaire de l'exposition.
Si l’exposition s’arrête à l’aube de la Première guerre mondiale, la soierie lyonnaise a encore de beaux jours devant elle : « Toute l’histoire de la soie fait que l’industrie textile lyonnaise d’aujourd’hui, même si elle s’est beaucoup diversifiée, est encore influencée par le travail des soyeux du 19ème siècle, explique Nadine Gelas, Vice-présidente du Grand Lyon. Il ne faut pas être nostalgique du passé, et considérer l’histoire de la soierie lyonnaise comme une période révolue ! La soie est encore présente dans la création d’aujourd’hui. C’est aussi un vecteur économique et touristique important pour la ville de Lyon. Il y a cette idée de luxe, de volupté et de sensualité qui correspond très bien à la ville ». En témoigne le Marché aux soies, créé à l’initiative de Nadine Gelas. Il a lieu le dernier week-end de novembre et fête cette année sa troisième édition.label france
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