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Vauban

Une œuvre-source pour l’architecture contemporaine

par Danielle Birck

Article publié le 23/11/2007 Dernière mise à jour le 16/01/2008 à 10:44 TU

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Dernière grande manifestation de l’année Vauban, l’exposition présentée à la Cité de l’architecture et du patrimoine jusqu’en février 2008, Vauban, bâtisseur du Roi-Soleil , propose une vision globale de l’œuvre du Commissaire général des fortifications de Louis XIV. Car celui qui est considéré comme le plus grand ingénieur militaire français, fut aussi un architecte et un urbaniste, également préoccupé de l’aménagement du territoire. C’est sans doute ce qui a permis aux sites construits par Vauban non seulement de traverser les siècles mais aussi de nourrir l’architecture contemporaine.

La Cité de l’architecture et du patrimoine a pour vocation de faire le lien entre le patrimoine et l’architecture contemporaine. Une vocation qui s’exprime parfaitement dans cette première grande exposition thématique depuis l’ouverture de la Cité, en septembre dernier, mais dont le titre, Vauban, le Bâtisseur du Roi-Soleil, ne rend peut-être pas suffisamment compte. Car si cette exposition inscrit Vauban dans son siècle, avec un premier parcours qui explicite les réalités historiques du siècle de Louis XIV et les conséquences de la politique de conquête du roi, sur les plans militaire et civil, elle donne aussi à voir comment vit aujourd’hui et évolue l’œuvre bâtie de Vauban. Un patrimoine qu’on conserve, qu’on restaure, mais aussi qu’on réutilise, en l’intégrant à un usage civil et moderne.

Une « architecture-caméléon »

Car « c’est vrai que l’architecture de Vauban, pour le XXe et maintenant le XXIe siècle, c’est une véritable ‘architecture caméléon’, commente Pascal Mory, architecte et co-commissaire de l’exposition. On arrive à fondre dans ce patrimoine des programmes absolument insensés, comme un auditorium-bibliothèque, des centres de conférence, des hôtels. C’est vrai que quasiment aucun autre patrimoine contemporain de cette échelle permet une telle flexibilité. C’est à la fois un atout important et une grande difficulté, parce qu’on peut aussi y mettre  tout et n’importe quoi à l’avenir ».

Bayonne, vue informatique du projet de bibliothèque universitaire.© de Giacinto

Bayonne, vue informatique du projet de bibliothèque universitaire.
© de Giacinto


On n’en est pas là, on peut le constater au fil des huit villes ou sites géographiques du nord au sud de la France, de plaine, de montagne et maritime, présentés dans l’exposition et qui constituent tous des exemples à la fois de conservation et de réalisations urbaines innovantes qui valorisent le patrimoine de Vauban tout en  l’intégrant à la vie de la ville. C’est une politique d’urbanisme que mènent les collectivités territoriales depuis plus d’une vingtaine d’années, et comme le fait remarquer Robert Dulau, conservateur en chef du patrimoine et co-commissaire de l’exposition, « c’est la seule catégorie d’édifice qui a fait l’objet  de cette réutilisation (contrairement aux églises ou aux châteaux). Au moment où l’armée a cédé ses propriétés et que les élus les ont ‘récupérées’, ceux-ci au fil des ans se sont posé la question de la  restauration et très rapidement celle de la réaffectation. Avec des exemples étonnants.On se rend compte, par exemple, qu’à Bayonne, on a réutilisé du Vauban, à la fois en le transformant et en lui redonnant la vision qu’il avait. On a une reconquête de friches qui étaient en centre ville, qui sont des témoignages Vauban et qui montrent en même temps la potentialité de ce patrimoine ».

Bayonne qui constitue d’ailleurs pour Pascal Mory, « un cas unique en France », à la fois de restauration, en ressortant l’échauguette qui était tombée dans l’Adour dans les années 1930, « mais était encore dans l’imaginaire collectif bayonnais ». Le bastion et la caserne, en friche depuis une trentaine d’années, deviennent aujourd’hui un campus. Quant à la citadelle, si elle est encore occupée par les militaires, « je pense, conclut Pascal Mory, que ça fait partie des prochaines conquêtes des siècles à venir pour les civils ! »…

Belle Ile, restitution de l’echauguette avant la pose de la fleur de lys. Echauguette au saillant du Bastion du Dauphin © JM. Monthiers

Belle Ile, restitution de l’echauguette avant la pose de la fleur de lys. Echauguette au saillant du Bastion du Dauphin
© JM. Monthiers

Franchir les siècles, passer du militaire au civil, se réapproprier un site sans le trahir, mais tout en prenant en compte la manière dont il avait évolué au fil des siècles, sans privilégier une époque par rapport à une autre, c’est le travail accompli  par l’architecte Philippe Prost sur la citadelle de Belle-Ile-en-mer. Une entreprise d’une quinzaine d’années qui a mis en évidence pour lui la source d’inspiration que peut être aujourd’hui encore l’œuvre de Vauban. Et il explique pourquoi : « D’abord c’est une architecture qui n’est pas ou peu datable, dans la mesure où elle est avant tout éminemment fonctionnelle,et nhe se qualifçie pas par une appartenance à un style (baroque, classique, etc.). C’est une architecture qui cherche à apporter des réponses techniques et concrètes à des problèmes militaires, mais aussi d’aménagement du territoire, de défense des frontières. Car Vauban aborde toutes les échelles : du bâtiment -  je dirais même de la chambre où les soldats vont loger - jusqu’à la défense des frontières ». 

Du HQE sans le savoir…

Autre aspect éminemment contemporain de Vauban, la préoccupation de l’environnement : «Vauban, déjà en son temps, est conscient de ces questions là : c’est ce qui lui fait recueillir les eaux de pluie, les filtrer, les stocker dans des citernes pour être capable, ensuite, de calculer combien de temps la garnison va pouvoir être autonome en eau douce. Quand il plante des arbres, il estime le temps nécessaire à leur pousse et le cubage de bois qu’on va pouvoir en extraire. Il y a donc vraiment une rationalité de la conception, de l’aménagement, pour en tirer un parti utilitaire et en même temps respecter  les ressources naturelles. J’aurais tendance à dire, ajoute Philippe Prost,  qu’on réinvente l’eau chaude, c'est-à-dire qu’aujourd’hui sous le label HQE (Haute qualité environnementale), ou d’autres du même type, on préconise ce que Vauban faisait tous les jours au XVIIe siècle, faisant du HQE sans le savoir, comme Monsieur Jourdain faisait de la prose sans le savoir ». Et de conclure L’économie du pérenne , c’est une recherche permanente dans le travail de Vauban ».

Une expérience qui a amené Philippe Prost, à consigner ses réflexions dans un ouvrage, Vauban, le Style de l’intelligence, une œuvre-source pour l’architecture contemporaine, publié par Archibooks et Sautereau éditeur. Lui-même confie avoir été dans son parcours d’architecte, « contaminé » par la pensée de Vauban.

Une pensée « globale » qui est tout entière dans les plans-reliefs, ces maquettes en trois dimensions où des places fortes sont matérialisées avec leur environnement géographique, que Vauban faisaient fabriquer pour le roi. Trois, dont celui de Besançon, magnifique, sont présentés dans cette partie de l’exposition consacrée à la valorisation actuelle du patrimoine Vauban . Une scénographie, qui fait penser à un atelier d’architecte d’avant l’ordinateur, les met en regard des maquettes, plans ou photos, des travaux ou réalisations contemporaines, avec des vidéos des architectes concernés. Des moyens que Vauban aurait sans doute appréciés…
© musée des Plans-reliefs, photo Caroline Rose

© musée des Plans-reliefs, photo Caroline Rose

(Source : sites-vauban.org)