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Le décor de Mon Oncle joue les prolongations...

par Danielle Birck

Article publié le 10/04/2009 Dernière mise à jour le 30/04/2009 à 18:13 TU

DR

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Sorti en 1958, Oscar du meilleur film étranger en 1959, Mon Oncle est le troisième long métrage de Jacques Tati, après Jour de Fête et Les vacances de Mr Hulot. Et avant Playtime et Trafic. Film charnière dans ce qui devient la thématique de Jacques Tati, la confrontation et l’opposition entre  deux mondes, l’ancien et le nouveau. Le nouveau, dans Mon Oncle, c’est la villa ultra moderne de la famille Arpel, inventée pour le décor du film. Une villa devenue mythique qu’on peut voir jusqu’au 10 mai 2009, grâce à sa reconstitution dans l’espace parisien du CentQuatre. Une manifestation en écho à l’exposition Jacques Tati, deux temps trois mouvements, présentée jusqu'en août 2009 à la Cinémathèque. (voir article ci-contre)

Intéressante rencontre que celle de la Villa Arpel et du CentQuatre : un lieu qui est le témoignage de l’architecture industrielle de la fin  du XIXe siècle et est aujourd’hui dédié à la création contemporaine, accueille cette représentation mythique de la modernité des années 1950 qu’est la villa conçue pour le décor de Mon  Oncle. Trois siècles condensés sur le même site…

Des studios de la Victorine au 104

(Photo : Danielle Birck/ RFI)

(Photo : Danielle Birck/ RFI)

C’est avec son complice Jacques Lagrange, que Jacques Tati conçoit la Villa Arpel. Le décor est monté en 1956 aux fameux studios de la Victorine, près de Nice.[1] Il sera détruit après le tournage du film. Cinquante ans plus tard, en janvier 2007, la  Villa est remontée une première fois à l’échelle réelle à l’occasion du salon Futur Intérieur, en marge du salon du Meuble au parc des expositions de la porte de Versailles à Paris. Une manifestation réservée aux professionnels. Cette fois, avec son installation au CentQuatre, la villa Arpel est  visible par tous, en accès gratuit dans la Halle Curial où elle est installée.[2] 

« La vedette est avant tout le décor »…

… comme disait Jacques Tati. Et, paraphrasant Shakespeare, on pourrait ajouter : « la vie est un théâtre ». En l’occurrence celui de la réussite sociale du directeur des usines Plastac (le plastique est encore tout nouveau tout beau en ces années 1950), M. Arpel,  que son épouse met en scène dans leur villa High-Tech avant l’heure  - c’est l’âge d’or des Arts Ménagers et les débuts de la domotique – en témoigne la cuisine immaculée et robotisée (le résultat culinaire n’est pas forcément concluant.. ).

Il suffit d’appuyer sur un bouton pour que le poisson fontaine du jardin crache son filet d’eau au milieu de nénuphars en plastique (mais on sélectionne les visiteurs qui méritent qu’on en fasse la démonstration !) La porte du garage s’ouvre automatiquement  sur la Chevrolet Bel-Air 1956 de Monsieur… A propos : il faut éviter de jeter par la fenêtre l’allume cigare comme une vulgaire allumette, à l’instar  de Jacques Tati, alias M. Hulot, alias l’oncle,  totalement inadapté dans ce nouveau monde automatisé et aseptisé. Mais il trouve un allié en son neveu, le jeune Gérard qui s’ennuie dans sa chambre très fonctionnelle…

(Photo : Danielle Birck/ RFI)

(Photo : Danielle Birck/ RFI)


On l’aura compris : « la Villa Arpel est  une douce caricature », comme le dit Jean Nouvel, qui avoue que « Mon Oncle (l’) a toujours fait rire, même si c’était aux dépens de l’architecture », ajoutant avec humour :  « Tati aurait fait des films ravageurs à partir des maisons de mes débuts » ! Un Jacques Tati qui, en 1958, pensait qu’au permis de construire, il faudrait ajouter « un permis d’habiter » … Car finalement, c’est l’inconfort qui domine  dans ce temple de la modernité. Jusqu’aux sièges – le rocking chair, le canapé haricot et le siège tube – recréés  par  les designers Domeau et Peres.

(Photo : Danielle Birck/ RFI)

(Photo : Danielle Birck/ RFI)

Si la Villa Arpel est une « douce caricature » d’une certaine modernité, Mon Oncle est aussi une satire sociale plus acérée contre le snobisme – sinon la bêtise – de ses propriétaires... Bien sûr, les personnages ne sont plus là. Mais les visiteurs de la Villa au CentQuatre pourront les retrouver ou les découvrir avec des  extraits du film.  

Tati Trip

Et pour continuer à respirer l’époque de Mon Oncle, on pourra se glisser dans une des visites guidées spéciales organisées par le Musée des Arts décoratifs sur le thème « Le bel âge des arts ménagers ». Ou redécouvrir quelques chantiers emblématiques des années 1950 à la Cité de l’architecture et du Patrimoine, les 28 mai et 28 juin. On peut aussi compléter ce Tati Trip (pardon, ce « Circuit Tati »), avec Salle des Fêtes, le nouveau spectacle de Jérôme Deschamps et Macha Makeïeff, au théâtre national de Chaillot à partir du 15 avril.

Le CentQuatre, entrée rue Curial(Crédit Photo : Marc Verhille/ Mairie de Paris)

Le CentQuatre, entrée rue Curial
(Crédit Photo : Marc Verhille/ Mairie de Paris)

 


 

1] Créés en 1919, les Studios de la Victorine sont devenus depuis 2000 les Studios Riviera et accueillent essentiellement le tournage de productions pour la télévision. Dans La Nuit américaine , en 1973 , François Truffait rend hommage aux Studios de la Victorine qui sont à la fois le décor et le lieu de tournage du film.

[2] 5 rue curial / 104 rue d’Aubervilliers, 75019 Paris, de 11h à 20h (jusqu’à 23h les vendredis et samedis)

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