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Parcours

Odorico : cent ans de mosaïques en Bretagne

par Danielle Birck

Article publié le 21/04/2009 Dernière mise à jour le 28/04/2009 à 09:35 TU

(Photo : D. Birck / RFI)

(Photo : D. Birck / RFI)

C’est à la fois l’histoire d’une entreprise familiale, un parcours artistique et un patrimoine culturel régional que présente le musée de Bretagne à Rennes avec l’exposition Odorico, mosaïstes Art déco. Installée à Rennes de 1882 à 1978, l’entreprise fondée par des immigrés italiens, a marqué de son art original de très nombreux bâtiments, publics et privés, dans toute cette région de l’ouest de la France. L’exposition a été rendue possible grâce au fonds des dessins et esquisses de l’entreprise légué au musée et présenté au public pour la première fois. A voir jusqu’au 3 janvier 2010.

Dès l’entrée de l’exposition, une carte de la Bretagne, émaillée de photographies des  principales  réalisations d’Odorico, donne au visiteur la mesure  de l’héritage laissé par les mosaïstes. La Maison bleue à Angers, les bains douches à Laval, la pâtisserie Gilbert à Saint-Brieuc, où la piscine Saint-Georges à Rennes, entre autres, témoignent de l’étendue et de la diversité des créations de l’entreprise familiale fondée par les frères Odorico.

La Maison Bleue à Angers.(Photo : Alain Amet / Musée de Bretagne)

La Maison Bleue à Angers.
(Photo : Alain Amet / Musée de Bretagne)

 Du Frioul à Rennes

Venus de leur Frioul natal, en Italie du nord, c’est d’abord à Paris qu’Isidore et son frère Vincent s’établissent. Ils viennent offrir leurs services au célèbre mosaïste de l’Opéra Garnier alors en construction à Paris, Gian Domenico Facchina. Une collaboration décisive : ce dernier a mis au point une nouvelle technique, que les frères Odorico vont faire leur, celle de la « pose par inversion » qui permet d’appliquer la mosaïque à la décoration monumentale, dans la tradition de l’art byzantin - comme on peut l’admirer à l’Eglise Saint-Marc de Venise -  très en vogue dans ces années 1860. Il s’agit de « mettre de la couleur dans l’architecture en opposition au style néo classique dominant », explique Hélène Guéné-Loyer, commissaire de l’exposition. En témoigne l’opéra Garnier où à la mosaïque émaillée des voûtes répond à celle en marbre des sols.

Façade de la Poste de Saint-Lunaire.(Photo : Alain Amet / Musée de Bretagne)

Façade de la Poste de Saint-Lunaire.
(Photo : Alain Amet / Musée de Bretagne)


«Deux façons de travailler », que les frères Odorico vont poursuivre quand ils fondent leur propre entreprise à Rennes en 1882. Ils se présentent en effet comme spécialisés dans la pose de « mosaïques vénitienne et romaine, de mosaïques en émaux et or, de mosaïques en marbre pour dallage ». Leur travail va retenir l’attention des grands noms de l’architecture locale et pendant 35 ans, nombreuses et variées sont les réalisations de l’entreprise Odorico à Rennes : devantures de boutiques, sols de maisons, ornements religieux, etc. Une production encore artisanale, qui repose davantage sur le génie technique que sur l’expression artistique.

Odirico continue à faire sa mode

La deuxième génération va insuffler une dimension plus artistique et décorative à l’entreprise, notamment avec Isidore Odorico fils, passé par l’école des Beaux-arts de Rennes. Le contexte lui aussi a évolué, « l’exposition Arts déco de 1925 marque un moment important : l’ornement devient un élément majeur de la fonction décorative », souligne Hélène Guéné-Loyer.

Crèche municipale, rue Papu, Rennes, 1934.© Alain Amet - Musée de Bretagne

Crèche municipale, rue Papu, Rennes, 1934.
© Alain Amet - Musée de Bretagne

C’est ce qui va devenir la « marque de fabrique » de la maison Odorico, à savoir, indique notre guide, « un goût pour l’ornement, pour la forme, un engouement pour le mélange très vivant de formes plastiques. Et ce qui est remarquable c’est que cela s’applique aux  programmes les moins usuels, les moins habituellement  tape à l’œil, c'est-à-dire les salles de bains, les façades d’immeubles et devantures de boutiques. Au moment où l’Art déco est finissant, les mosaïques d’Odorico, elles, paradoxalement, perdurent. Et ça, c’est très spécial. C'est-à-dire que dans les années 1930 Odirico continue à faire sa mode »…

Avec un succès qui se traduit par l’afflux des commandes, publiques et privées, l’ouverture de trois succursales à Angers, Nantes et Dinard, tandis que Rennes devient un des centres de production de mosaïques les plus importants de France.

Odorico jusqu’au bout 

Maison d'Isidore Odorico à Rennes(Photo : Danielle Birck/ RFI)

Maison d'Isidore Odorico à Rennes
(Photo : Danielle Birck/ RFI)

Ce qui ne signifie pas que le fils Odorico reste imperméable à l’évolution de la mode, il y est au contraire « très sensible » tient à préciser Hélène Guéné-Loyer. Pour sa maison construite entre 1939 et 1940il a compris le phénomène de modernité qui est en train de s’accomplir sous ses yeux et elle est caractéristique du moment : les carreaux cassés, les grandes baies vitrées… Mais ça ne l’empêche pas de continuer à aimer les matériaux, à aimer la couleur et à l’intérieur de sa maison, on voit qu’il continue à être un mosaïste. C’est évident, sauf qu’il s’est assagi, contraint par la mode ».  

Maison d'Isidore Odorico, la salle de bain© Alain Amet - Musée de Bretagne

Maison d'Isidore Odorico, la salle de bain
© Alain Amet - Musée de Bretagne

Sa mort, en 1945, va ouvrir un nouveau chapitre de l’entreprise Odorico qui est aussi celui de son déclin inéluctable. A la simplification des formes dictée par la modernité, aux enjeux de la production industrielle, va s’ajouter la crise économique des années 1970 qui aura raison de l’entreprise rennaise, laquelle aura néanmoins réussi à garder son nom jusqu’au bout. 

Et l’entreprise disparue, l’héritage demeure, sous la forme d’un patrimoine en grande partie conservé, comme on peut le constater en parcourant l’exposition et le vérifier en allant ensuite dans les rues de Rennes en quête des traces encore bien présentes des mosaïques made by Odorico. 

A suivre…

                   La mosaïque dans tous ses états

L’exposition Odorico, mosaïstes Art déco, au-delà du parcours de la famille Odorico et des œuvres réalisées par l’entreprise, s’attache aussi à montrer les procédés de fabrication, les métiers associés à la chaîne de production, comme les différentes étapes, du devis à l’exécution, de l’organisation du travail au sein de la société. Un atelier a été reconstitué à l’identique tandis qu’un couple de mosaïstes – Dawa et Marie – réalise en temps réel des mosaïques sur des dessins d’Odorico.

(Photo : Danielle Birck/ RFI)

(Photo : Danielle Birck/ RFI)

 

Un ouvrage, Odorico, 100 ans de mosaïques, publié aux éditions Apogée, accompagne l’exposition. Un catalogue qui au-delà de l’aventure de l’entreprise est aussi une histoire de la mosaïque et un inventaire des matériaux et savoir-faire. Par ailleurs, des semaines thématiques permettront d’explorer différents domaines (mosaïque antique, Art déco, immigration italienne).

 

La Nuit des musées, le 16 mai 2009, sera aux couleurs de l’Italie, tandis que les Journées du patrimoine, en septembre, seront l’occasion de découvrir d’autres projets Odorico, avec le renouvellement de l’accrochage des dessins de l’entreprise.

Dessin : projet pour une piscine (1920/25)(Photo : Danielle Birck/ RFI)

Dessin : projet pour une piscine (1920/25)
(Photo : Danielle Birck/ RFI)