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Ô Saisons

Festival international des Jardins à Chaumont sur Loire

par Danielle Birck

Article publié le 28/05/2009 Dernière mise à jour le 12/06/2009 à 14:43 TU

Qu’ils soient monochromes, polychromes, en camaïeu, à dominante minérale ou fleurie, les jardins du domaine de Chaumont se devaient de décliner le thème retenu pour cette 18ème édition de leur festival international, la couleur. L’année 2009 est donc celle des « jardins de couleur », sélectionnés par un jury dont la présidence a été confiée au spécialiste du sujet, l’historien Michel Pastoureau. Tandis qu’une « carte verte » était donnée à plusieurs personnalités, comme le botaniste Patrick Blanc, inventeur des murs végétaux, ou le coloriste des stars, Christophe Robin.

 « Quand la couleur est à sa richesse, la forme est à sa plénitude ». En citant le peintre Paul Cézanne, l’historien Michel Pastoureau donnait d’emblée le ton lors de la présentation de cette nouvelle édition du festival, en février dernier à Paris. "Au jardin, comme dans la peinture, la couleur est un élément incontournable par lequel les artistes, jardiniers ou peintres, font naître sensations et harmonies, avec une infinité de variations possibles". Comme on a pu le constater quelques mois plus tard lorsque les idées de jardin retenues à l’issue du concours sont devenues réalités au Domaine.

Je parle d’un jardin, je rêve…

"Poème coloré" (Japon).(Photo : Danielle Birck/ RFI)

"Poème coloré" (Japon).
(Photo : Danielle Birck/ RFI)

Une vingtaine de jardins sont finalement sortis de terre - sur les 286 dossiers présentés, soit une vingtaine de plus qu’en 2008 – réalisés par des équipes représentant une quinzaine de pays. Beaucoup de dossiers, une quarantaine, ont été présentés par des écoles, dont la moitié à l’étranger. Comme l’université des Arts d’Okinawa, au Japon,  avec le jardin Poème en couleur , proposé par sept étudiants à partir d’un poème de Paul Eluard, « Je ne suis pas seul  (…) Je parle d’un jardin, Je rêve… », qu’on peut lire à l’entrée, gravé sans le bois, en français et en japonais. « Un jardin zen japonais, mais où les fleurs remplacent les pierres pour introduire la couleur, explique Yayori Nakatake. Le choix  s’est porté sur l’indigo, avec des fleurs naturelles et artificielles ».

Ou  Recto-Verso, une proposition de l’Ecole d’architecture de Nantes qui a conçu un jardin à dominante verte ou rouge selon l’endroit où l’on se place. Un jardin qui invite à la redécouverte de la couleur rouge, à travers 21 espèces végétales qui donnent à voir les nuances et la richesse de cette couleur, peu présente dans la nature.  « Celle qu’on n’attendait pas », indique Chantal Colleu-Dumond, la directrice du Domaine, et qui s’avère très présente dans les jardins de cette édition 2009, avec une dominante de la gamme du rouge au violet.

"Recto-verso" (France).(Photo : Danielle Birck/ RFI)

"Recto-verso" (France).
(Photo : Danielle Birck/ RFI)


A ce sujet,  « quand j’étais enfant, constate Michel Pastoureau, les rouges tiraient sur l’orange (vermillon)et il me semble qu’autour du dernier demi-siècle on est passé à des rouges plus violacés »…  L’historien spécialiste de la couleur rappelle par ailleurs que celle-ci était absente des jardins anciens, de l’Antiquité au Moyen Age, où l’on privilégiait les senteurs et la fraîcheur (une image du paradis ?) et qu’il faut attendre la Renaissance pour observer « une stratégie colorée ».

Un art vivant

Entrée du domaine de Chaumont-sur-Loire.(Photo : Danielle Birck/ RFI)

Entrée du domaine de Chaumont-sur-Loire.
(Photo : Danielle Birck/ RFI)

A propos de stratégie, celle du chef jardinier-paysagiste du Domaine de Chaumont, a consisté à « beaucoup travailler sur le blanc, avec des tulipes blanches, auxquelles vont succéder des cosmos blancs. Et dans la cour de la ferme, entièrement refaite cette année, on aura essentiellement du vert, avec des buis. Bref,  blanc et vert pour le Domaine, la couleur aux concepteurs des jardins du Festival ». Et quand on demande à Bernard Chapuis quel est le meilleur moment pour venir au festival, il répond qu’ « il faut venir plusieurs fois, parce que les jardins évoluent au fil du temps, de fin avril à la mi octobre, des plantes éphémères sont remplacées par d’autres. C’est un ‘art vivant’ qui nécessite un entretien permanent ».  Il nous livre quand même sa préférence pour les mois de juin et septembre.

"La couleur des éléments" (Allemagne).(Photo : Danielle Birck/ RFI)

"La couleur des éléments" (Allemagne).
(Photo : Danielle Birck/ RFI)

Rouge encore un peu plus loin avec La couleur des éléments, un jardin monochrome réalisé par une équipe allemande, avec des prunus dans d’énormes pots, et la touche poétique d’une brume blanchâtre qui monte du sol. « Un travail également très graphique, souligne Chantal Colleu-Dumond, avec la mise en abyme trois fois de la forme du jardin ».

On passe d’un jardin « graphique » à un jardin « pédagogique » avec Ultra violet , un jardin qui joue avec les limites perceptibles de la couleur. D’un bout de la parcelle à l’autre, les plante déclinent les couleurs de l’arc en ciel, du bleu jusqu’au noir. « Pour mener à l’ultra violet, c'est-à-dire le non visible », explique une de ses conceptrices. « Mais un non visible qui a ses effets négatifs. sur l’humain et les plantes : dépigmentation, sécheresse. Un mur de verres de lunettes solaires symbolise la protection des humains contre l’ultra violet et modifie aussi la perception du jardin quand on regarde au travers ». Petit  détail : le nom des plantes est inscrit sur des verres de lunettes de ski…

"Ultra-violet" (France).(Photo : Danielle Birck/ RFI)

"Ultra-violet" (France).
(Photo : Danielle Birck/ RFI)

Minéral ou floral

L’indication en latin et français du nom de toutes les plantes est d’ailleurs une nouveauté de cette édition 2009, comme l’éclairage nocturne des jardins, avec des visites en soirée à partir de juin. Ce qui permettra « de mettre l’accent sur des aspects qu’on ne verra pas forcément en journée, la lumière étant en fait un élément de la composition, comme par exemple pour le jardin  Ocre-Noir », indique Bernard Chapuis.

Un jardin qui renvoie à une autre « constante » de cette 18ème édition, lardoise, qu’on retrouve dans trois créations. Dont cet  Ocre-Noir , un travail d’étudiants de l’école des Beaux-arts de Rennes, en hommage à la fois à la Loire et à l’un de ses riverains, le peintre Olivier Debré. « Un mélange de jardin nantais et de jardin Zen, avec le sable et l’ardoise. Le charme et la réussite de ce jardin, c’est qu’il nous emmène ailleurs », souligne Chantal Colleu-Dumond. Tout aussi minéral, le jardin noir de l’architecte française Odile Decq, avec des miroirs noirs reflétant le ciel et un sol un peu élastique, formé de petits morceaux de pneus.

"Lessive en fleurs" (France).(Photo : Danielle Birck/ RFI)

"Lessive en fleurs" (France).
(Photo : Danielle Birck/ RFI)


Retour à la couleur, ou plutôt -  j’allais oublier que « le noir c’est toutes les couleurs à la fois » et que le dernier ouvrage de Michel Pastoureau s’intitule Noir, histoire d’une couleur - aux couleurs florales avec  Lessive en fleurs : du linge bleu, mauve, violet ou rose, accroché sur des cordes. Au sol, des plantes tinctoriales de même couleur qui vont venir progressivement lécher le linge suspendu que le vent enroule parfois pendant la nuit et que le jardinier doit venir désenrouler… Oui, un art vivant, décidément…

Les miroirs de Christophe Robin.(Photo : Danielle Birck/ RFI)

Les miroirs de Christophe Robin.
(Photo : Danielle Birck/ RFI)

Cartes vertes

« On aime bien les donner à des personnalités qui ne sont pas forcément du monde des jardins ». Comme Christophe Robin, le coloriste des actrices - il coiffe entre autres Catherine Deneuve ou Juliette Binoche – qui est aussi « un fou de jardin et à qui on a donc proposé de concevoir son rêve de jardin », explique la directrice du domaine. Résultat : un jardin « un peu parisien », avec une structure métallique et des miroirs qui permettent aux brunes, blondes ou rousses de se voir avec des fleurs de différentes couleurs, rouge, pêche, oranger… Histoire de donner quelques pistes à ces « femmes qui ont bien du mal à savoir ce qui est bien pour elles ». No comment …

Quant à Patrick Blanc, on pourrait dire que sa participation au Festival est un retour aux sources puisque c’est à Chaumont, en 1994, qu’il a présenté sa première réalisation pérenne de « mur végétal », qui sera suivie de beaucoup d’autres, à Paris et à l’étranger. Patrick Blanc se dit lui-même « débiteur aux journées de Chaumont », même si ces murs végétaux existaient pour lui « dès l’âge de 12-13 ans ». Pour cette édition 2009, il a conçu « un mur d’une seule pièce mais orienté aux quatre points cardinaux et présentant toutes les variations de lumière et donc d’espèces végétales ».

Finalisation de l'installation du mur dans la cour des écuries- vues intérieur et extérieur(Photo : Danielle Birck/ RFI)

Finalisation de l'installation du mur dans la cour des écuries- vues intérieur et extérieur
(Photo : Danielle Birck/ RFI)

Un mur comme une feuille géante qui s’enroule sur elle-même, constituant une grotte secrète, avec une ouverture vers le ciel. Installée dans la cour des écuries du Domaine, cette création inédite, entre art et botanique, est composée d’une armature métallique  recouverte d’une plaque en PVC expansé pour agrafer les plantes dont les racines se développent entre deux couches de feutre  épais. Plus d’une centaine d’espèces  au total, « dont beaucoup  présentées pour la première fois et je pense que c’est un peu le but de Chaumont sur Loire de montrer ce qui n’est pas encore utilisé en horticulture et qui pourrait l’être »,  explique Patrick Blanc. 

cOlOrès, projet de Michel Racine et Béatrice Saurel.(Source : Domaine de Chaumont-sur-Loire)

cOlOrès, projet de Michel Racine et Béatrice Saurel.
(Source : Domaine de Chaumont-sur-Loire)

Trois autres « cartes vertes » ont été données à Christophe Cuzin, dont le regard de peintre se reflète dans un Etang-donné, à Michel Racine et Béatrice Saurel, qui ont unis leurs talents de paysagiste et peintre pour la réalisation d’un Bois sacré, destiné à « montrer comment la couleur permet d’habiter un espace en le matérialisant et en le spiritualisant », et enfin aux paysagistes Erik Borja et Simon Crouzet, habités l’un par les jardins japonais et les leçons du Zen, l’autre par la science et la patience du bambou.

Et comme chaque année, lorsque se refermera le festival, le 18 octobre 2009, le jardin et le parc du Domaine de Chaumont-sur-Loire se seront sans doute encore enrichis de quelques espèces, « car, explique Chantal Colleu-Dumond, on fait en sorte que les végétaux ne disparaissent pas, ne meurent pas ».

(Photo : Danielle Birck/ RFI)

(Photo : Danielle Birck/ RFI)