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Urbanité

Villes rêvées, villes durables?

par Danielle Birck

Article publié le 30/10/2009 Dernière mise à jour le 30/10/2009 à 09:47 TU

(Photo : Danielle Birck)

(Photo : Danielle Birck)

Comment concilier l’inconciliable, ou comment réconcilier les désirs ou les rêves des citadins et la réalité, entre la maison individuelle et l’accès facile à toutes les commodités et propositions de la ville ?  L’exposition Villes Rêvées, villes durables ?, présentée jusqu’en mars 2010 à l’Espace fondation EDF à Paris, en parternariat avec l'Institut pour la ville en mouvement, suggère quelques pistes pour nourrir le débat et la réflexion.

Selon une enquête du CREDOC (Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie) la maison individuelle est le logement idéal pour 82% des Français. Ce désir et autres aspirations ont été « un des points d’entrée  pour la conception de l’exposition », indique Eric Charmes, co-commissaire de l’exposition, soulignant que celle-ci s’adresse à « un public concerné mais pas spécialiste, pour l’aider à prendre des positions nuancées », dans un débat qui, s’il n’est pas nouveau, n’est pas forcément accessible à tous. D’où l’importance de la scénographie – signée Gilles Belley - pour rendre « attractifs » les documents sur la question, qui mêle photos, vidéos, films, installations, affiches au graphisme emprunté au monde du graffiti.

(Photo : Danielle Birck)

(Photo : Danielle Birck)


D’entrée de jeu, l’accent est mis sur la « tension » induite par la densité urbaine et l’univers pavillonnaire, non exempt lui aussi de densité, comme on peut le constater avec les deux montages présentés dos à dos à l’entrée de l’exposition. Tension qui résulte  à la fois des désirs contradictoires de confort domestique et d’accès à la ville, et des conséquences non moins contradictoires de certaines tentatives pour résoudre cette équation.

La ville à la campagne

Car il ne s’agit pas de retomber, une fois de plus, dans l’erreur consistant à définir de manière péremptoire « la bonne ville, la ville idéale » comme l’ont fait certains architectes et urbanistes au cours du XXe siècle, l’enfer étant, comme chacun sait, pavé de bonnes intentions. Et là, bien sûr, le nom de le Corbusier s’impose. Dès 1930, la figure de proue du mouvement déplore l’étalement des villes américaines : « la nature fond sous leurs pas », écrivait-il alors. A l’inverse il proposera  les « cités-jardins verticales », des unités d’habitation  (comme celle de Firminy) qui, galvaudées, construites à la hâte souvent pour héberger des populations issues de bidonvilles, deviendront des « barres «  dans des « grands ensembles » formant des quartiers  dits « sensibles » et dont on fera sauter quelques-unes à la dynamite, en toute indigence, faute d’esprit créatif  et de responsabilité sociale. Exit le rêve de « la ville à la campagne ».

(Photo : Danielle Birck)

(Photo : Danielle Birck)

Celui-ci toutefois résiste encore au travers de ce qui est présenté comme « une cité-jardin idéale », celle de Radburn, une ville nouvelle du New Jersey aux Etats-Unis, fondée en 1929 par les urbanistes Clarence Stern et Henry Wright, et que l’historien américain Lewis Mumford saluait en 1961 comme « la plus importante étape dans l’histoire de l’urbanisme depuis Venise » ! On aurait aimé que ce thème des cités jardins construites dans la première moitié du XXe siècle à la périphérie de Londres, New York ou Paris et dont beaucoup ont été préservées jusqu’à aujourd’hui, soit aussi exploré dans sa déclinaison française, et plus particulièrement parisienne où les cités ont été construites dans la banlieue proche de la capitale. Avec notamment la cité de Suresnes, classée aux Monuments historiques en 1985 et square Dufourmantelle, à Maisons-Alfort classé en 2007.  

Densité, le retour 

Mais le point de vue des urbanistes n’entrerait-il pas à nouveau en conflit avec celui des citadins, par le biais de l’exigence du développement durable. « Alors que l’individu exprime majoritairement son attrait pour la maison individuelle et la proximité de la nature, la collectivité estime que la préservaton de l’environnement passe par la densité ».

(Photo : Danielle Birck)

(Photo : Danielle Birck)

Et avec la question de la densité urbaine ressurgit « l’objet fétiche du débat : la tour », souligne Taoufik Souami, co-commissaire de l’exposition. Un débat matérialisé dans l’exposition par une grande affiche  de « manif et contre manif sur la densité », autour de laquelle gravitent des tracts exprimant autant de points de vue, et slogans,  car il n’est pas question là non plus de trancher, mais de donner « des clés de lecture ». Car la densité n’est pas toujours où l’on croit et l’on découvrira par exemple que Paris est plus « dense » que Tokyo… 

 

Etre au centre  

Non ce n’est pas un slogan politique, mais une aspiration qu’on peut qualifier de légitime et qui consiste à être au plus près des accès à l’emploi  mais aussi d’une certaine « ambiance » du centre-ville, qu’illustre un montage vidéo. Mais comment décentrer le centre ? Réponse : en le démultipliant. Cela a un nom, le polycentrisme avec le constat  qu’aujourd’hui, la vie quotidienne des citadins « s’organise autour de pôles multiples et éclatés ». 

Un propos illustré par un film/installation commandé par la fondation EDF à Thomas Pendzel et qui juxtapose sur deux écrans les visions « contradictoires » d’habitants du bassin parisien et des urbanistes. Avec en filigrane, la réflexion sur le Grand Paris…

Mais ces nouveaux « pôles urbains », à l’instar de Val d’Europe, implanté au milieu des champs et qui fait partie de la ville nouvelle de Marne-la-Vallée, s’ils sont bien reliés à Paris– le centre de tous les centres – par les transports collectifs  le sont moins bien entre eux,  ce qui rend l’utilisation  de la voiture individuelle indispensable…

Ville, village, vert… 

L’exposition se referme sur quelques projets ou exemples illustrant quelques tendances, toujours avec ce désir de concilier le petit et le grand, le centre et la périphérie, le village et la ville, l’urbain et le rural, la nostalgie et le présent…

                         Joachim du Bellay

Quand reverrai-je, hélas, de mon petit village

Fumer la cheminée, et en quelle saison

Reverrai-je le clos de ma pauvre maison,

Qui m'est une province, et beaucoup davantage ?

Avec des urbanistes, qui, « sont de plus en plus intéressés par la forme du village », notamment aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne, comme à Poundbury, un village qui est une extension de la ville de Dorchester et a été lancé dans les années 1990 sous l’égide du Prince Charles. Ou encore les « villages » conçus comme des pôles autour des gares, comme le Richmond Transist Village, à proximité de San Francisco.

(Photo : Espace Fondation EDF/Presse)

(Photo : Espace Fondation EDF/Presse)

Enfin, à défaut de mettre la ville à la campagne, on peut envisagert tout simplement de verdir la ville, avec les toits végétalisés, l’enfouissement des autoroutes ou périphériques, les pelouses du tramway… sans oublier « les guérilleros de l’espace vert », individus ou associations qui investissent nuitamment des lieux improbables dans la ville pour les « verdir »… Un mouvement très actif en Angleterre.

On reste un peu sur sa faim : des exemples intéressants, une présentation attrayante, quelques pistes pour élargir sa réflexion, mais sans toucher à la dimension économique et sociale du débat, sans prendre en compte la précarité croissante de la population, sur fond de chômage. Et cette question : Quels habitants pour les villes rêvées, villes durables ?   

Le catalogue de l'exposition est publié aux éditions Gallimard, dans la collection Découvertes.