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    Général

    Il y a dix ans disparaissait Johanne Sutton, grand reporter de RFI

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    Le 11 novembre 2001 reste une date tragique dans l’histoire de RFI avec la mort de Johanne Sutton dans une embuscade au Nord-est de l’Afghanistan. Il y a 10 ans, à la veille de la libération de Kaboul, Johanne accompagnait les forces de l’Alliance du Nord, en route pour Mazar-e-Charif, la grande ville du Nord. Deux autres journalistes grands reporters ont été tués au cours de la même embuscade : Pierre Billaud de la radio RTL et Volker Handloik du magazine allemand Stern. Deux collègues et amis, journalistes à RFI, lui rendent hommage.

    Cela faisait plusieurs semaines que Johanne et les autres journalistes attendaient, au nord de l’Afghanistan, l’offensive finale contre le régime des talibans. Elle envoyait chaque jour ses reportages  à RFI et, malgré les conditions de vie très précaires avec l’arrivée de l’hiver, conservait son optimisme et sa passion. Le 11 novembre, les responsables de l’Alliance du Nord ont donné leur feu vert aux journalistes pour qu’ils puissent suivre l’avancée vers Kaboul. Sur l’un des chars du convoi : Johanne, Pierre, Volker, et Véronique Rebeyrotte, seule journaliste survivante de l’attaque.

    Johanne était grand reporter, passionnée par son métier. Elle avait d’ailleurs souhaité quitter la tête du service « reportages » afin de pouvoir retourner sur le terrain. Pour RFI, elle avait été correspondante à Londres, puis avait multiplié les reportages. Quelques semaines seulement avant qu’elle ne parte pour l’Afghanistan, survenait l’explosion de l’usine AZF à Toulouse. Toujours partante, elle s’était envolée pour Toulouse, avec juste une pièce d’identité, sans même avoir le temps d’emporter une brosse à dents.
    Reporter dans l’âme, Johanne savait également être une journaliste « de dossier » : c’est elle par exemple, qui avait suivi à Paris, le premier procès ELF.
     
    D’humeur égale, Johanne gardait en toutes circonstances une entière disponibilité et consacrait ainsi à des journalistes moins expérimentés de longues minutes d’explication sur telle ou telle situation. 

    Il y a 10 ans, le 11 novembre 2001, toute la rédaction de RFI et bien sûr aussi sa famille et ses amis, ont vécu un véritable traumatisme. Depuis, la plupart des conférences de rédaction de RFI se sont tenues au 7ème étage de la maison de la radio, dans une salle baptisée « Johanne Sutton ». 

    Albéric de Gouville


    Johanne Sutton lors d'un voyage au Maroc B.Leveillé/RFI

    Personnalité généreuse, exigeante surtout avec elle-même, sans compromis, elle impressionnait par sa qualité d’écoute et sa gentillesse. Elle a eu une carrière fulgurante à RFI sans jamais lâcher le terrain, c'est-à-dire le reportage et en restant très proche de ses collègues. Elle était toujours attentive à ceux qui avaient des difficultés, elle  prenait soin des petits nouveaux et des stagiaires. Elle a vécu intensément comme si elle savait par avance que sa vie serait courte, bien trop courte. 

    Sa passion, hormis le journalisme, était de parcourir le monde. Johanne était une grande voyageuse. Elle a passé sa vie à sauter dans des avions. Quand elle n’était pas en mission pour RFI, elle partait en vacances avec un sac à dos. Elle dormait dans des hôtels à deux sous et se baladait le plus souvent en taxi collectif ou dans des bus bondés, parfois sur le toit avec les bagages pour profiter pleinement des paysages. Cela fut le cas par exemple en Turquie pour découvrir le mausolée du Nemrut Dag, un site archéologique au sommet d’une montagne dans le Kurdistan turc. Des voyages pleins de rencontres drôles, touchantes et parfois bouleversantes, tant les conditions de vie des populations étaient difficiles. Des voyages qui nourrissaient bien sûr ses analyses et ses papiers.

    L’Amérique latine était sa destination préférée : le Venezuela, le Guatemala, le Mexique. Elle a aussi beaucoup voyagé en  Asie : Cambodge, Birmanie, Thaïlande. En Afrique, elle avait adoré le désert et elle avait rapporté d’Abidjan de très beaux objets. Elle aimait partager ses repas dans la rue avec des enfants. Se faisait une joie de manger une soupe de fruits de mer dans les grandes artères de Bangkok, un ragout dans les maquis d’Abidjan ou des tacos sur une route du Guatemala.   Dormir à la belle étoile ne l’effrayait pas, surtout quand il s’agissait de profiter du coucher de soleil au sommet des pyramides de Tikal ou de randonner dans les montagnes corses. Elle nageait comme un poisson, plongeait aussi sous la glace d’un lac d’altitude dans les Alpes françaises, sur l’archipel de los Roques au Venezuela ou dans le Blue hole au pied du mont Sinaï.

    Sa dernière mission en Israël avait été  éprouvante. Elle s’était fait cracher dessus par les colons et par les Palestiniens. Trop française pour les uns, trop juive pour les autres. En Afghanistan, le jour où elle a été tuée, de jeunes soldats de l’Alliance du Nord l’avaient encerclée et l’avaient prise à partie probablement parce qu’elle était une femme, ce qui n’est jamais simple sur un terrain de conflit. Elle s’était caché le visage pour pleurer ce qui lui arrivait rarement pendant que Pierre Billaud faisait le clown pour les distraire et la délivrer de leur emprise.

    Elle avait un beau visage taillé à la serpe, de grands yeux noirs et un regard très doux. Elle était intelligente et forte mais pas assez pour résister à des tirs de roquettes.  

    Béatrice Leveillé

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