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    Diamants, pandas et kalachnikov: les étranges cadeaux des présidents

    media Le président russe Vladimir Poutine a offert un fusil AK-47 à son homologue égyptien Abdel Fatah al-Sissi. capture d'écran

    Dans ses bagages pour l’Egypte ce week-end, le président russe Vladimir Poutine transportait un fusil mitrailleur kalachnikov. S’il n’a pas fait sonner les portiques de l’aéroport du Caire, ce cadeau protocolaire n’est pas passé inaperçu pour autant. Quelques exemples de cadeaux notoires qui ont marqué la récente histoire diplomatique.

    Les belliqueux. La Kalachnikov aurait pu être en or, comme la pétoire de Kadhafi. Mais les caisses de l’Etat russe sont peut-être trop vides pour permettre à Vladimir Poutine d’entretenir sa rutilante réputation. Toujours est-il que c’est bien un fusil d’assaut AK-47 qu'il a remis au général al-Sissi, lundi. Le raïs égyptien semble avoir apprécié.

    Accueilli comme un tsar au Caire, le chef du Kremlin, d’humeur va-t-en-guerre, a donc offert le symbole du potentiel arsenal militaire en jeu entre les deux pays. En septembre 2014, des médias russes avaient assuré que l'Egypte et la Russie s'étaient accordées sur la livraison de systèmes de défense anti-aérienne, d'hélicoptères et d'avions de combat pour 3,5 milliards de dollars, financés par l'Arabie saoudite. Mise en garde, menace, intransigeance, provocation ? A la veille d’une réunion cruciale avec les Occidentaux pour le salut de l’Ukraine, le geste est pour le moins symbolique.
     
    Les sulfureux... Parfois, ces présents diplomatiques sont de véritables tuniques de Nessus. Il en fut ainsi des éternels diamants de Bokassa, offerts par le tyran centrafricain au ministre français des Finances en 1973, Valéry Giscard d’Estaing, futur président. Le scandale, qui a éclaté deux ans avant l’élection de 1981, avait terni l’image de ce dernier, qui n’a pas été réélu. Probablement dans le but d’éviter de se retrouver dans de tels draps, ses successeurs, François Mitterrand puis Jacques Chirac, ont décidé que leurs cadeaux finiraient leur vie dans un musée à leur nom : le musée du Septennat à Château-Chinon (Nièvre, inauguré en 1986) et le musée Jacques-Chirac à Sarran (Corrèze, 2000) abritent des milliers de pièces de valeurs : céramiques, verreries, pièces d’argenterie et d’orfèvrerie, dessins, gravures, tableaux, meubles, tapisseries, costumes d’apparat, décorations, objets d’artisanat local venus des cinq continents. Pourtant, pour l’Etat français, la transparence garde encore ses limites : il n’existe toujours pas de liste officielle des cadeaux reçus et offerts par la République, comme c’est le cas par exemple au Canada, au Royaume-Uni ou aux Etats-Unis.
     
    … et les coûteux. Ils le sont tous, mais certains le sont plus que d’autres. En tant que chef de la première puissance mondiale, Barack Obama, qui peut recevoir jusqu’à 15 000 cadeaux par an, est particulièrement gâté. Une liste des présents reçus par le président américain durant son premier mandat avait été rendue publique par le département d’Etat en avril 2013. Pas moins de 231 pages. On y apprenait que le président de la République populaire de Chine de l’époque, Hu Jintao, avait donné une imposante statuette d’Abraham Lincoln d’1,20 mètre estimée à 9800 dollars.
    La famille et l’ensemble de l’administration Obama ne sont pas en reste. En 2008, la seule Arabie saoudite leur a versé 300 000 dollars de cadeaux, dont 132 000 en rubis et diamants à la Première dame. Les relations américano-saoudiennes étaient au beau fixe et le cours du pétrole se portait mieux. En 2013, Michelle Obama a reçu, de la reine du Bruneï, des boucles d'oreille, une bague et un collier en or blanc rehaussé de saphirs jaunes et de diamants, en forme de fleur. Le tout estimé à plus de 71 000 dollars. En comparaison, les envies de plaire du président français Nicolas Sarkozy à son « copain » Obama relèvent d’un amateurisme quasi radin. Mais les 41 000 dollars déboursés par le couple Sarkozy pour la seule année 2011 avait fait beaucoup jaser.
     
    Les ratés. Comme toute composition artistique, la diplomatie a ses brouillons. Offrir deux fois le même cadeau à la même personne est considéré comme un faux-pas dans le protocole. Obama en sait quelque chose, lui qui a offert un  iPod à la reine Elisabeth II, laquelle venait d’en recevoir un de son petit-fils. Quelques jours auparavant, il offrait au Premier ministre britannique Gordon Brown un coffret de DVD des classiques du cinéma américain : « Aussi excitant qu’une paire de chaussettes », relevait alors le Daily Mail. Le comble : les DVD étaient illisibles dans un lecteur britannique. Gordon Brown s’était quant à lui montré plus généreux et original avec un porte-stylo sculpté dans le navire jumeau du navire Resolute, dont le bois a servi pour construire le bureau présidentiel à la Maison Blanche. « La remise de cadeaux diplomatiques est un art qui remonte loin dans l'histoire et qui est pris très sérieusement par de nombreux dirigeants et par de nombreux pays, donc nous devons être prêts pour toutes les circonstances », expliquait en décembre dernier à l'AFP un responsable du département d'Etat américain à la mémoire courte ou sélective.
     
    Les animaliers. La Chine est à l’origine de la très sérieuse « diplomatie du panda ». Une pratique millénariste qui a ressurgi durant les années Mao et qui consistait à offrir des pandas géants aux nouveaux pays amis. Plusieurs pays ont bénéficié de ce cadeau, véritable égérie dans l’empire du Milieu. La France en a ainsi reçu plusieurs, le dernier Yen Yen est décédé au zoo de Vincennes.
     
    La diplomatie animalière appartient à une époque révolue. Mais certains Etats s’y risquent encore. En décembre 2012, François Hollande effectue son premier déplacement en Algérie. Alors que le protocole élyséen tergiverse sur l’offrande adéquate (les clefs de la Casbah d’Alger ? Le canon de Baba Merzoug ? Autant de polémiques), Abdelaziz Bouteflika honore la France de deux chevaux de race. Comme le précisait l’éleveur à l’époque, Samy et Sejda sont de race « barbe », réputée « excellente pour la thérapie des handicapés mentaux »…
     
    Quelque mois plus tard, le même François Hollande reçoit du Mali un chameau, en récompense de la libération du nord du pays de l’emprise jihadiste. Le magazine Valeurs actuelles relatait alors : « Dès que le président s'approchait de lui, l'animal hurlait. Embarrassés par ce cadeau, les services de la présidence ont d'abord fait savoir que le chameau rejoindrait un zoo par un vol militaire, après avoir été vacciné. En fait, les services consulaires ont jugé plus simple d'en faire cadeau à une famille malienne. Chaque semaine, en conseil des ministres, Jean-Yves Le Drian était néanmoins chargé de donner des nouvelles du chameau. » Le chameau aurait fini cuisiné en tajine et toute la presse s’était amusée de cette histoire, qui n’a d’ailleurs jamais dépassé le stade de la rumeur.
     
    Ses prédécesseurs à l’Elysée ont tous reçu leur animal-offrande. En 1996, Libération écrivait que, de tous les animaux passés des bras des chefs africains à ceux des chefs blancs, Charles de Gaulle détient la palme des offrandes d'animaux sauvages. Puis à Georges Pompidou, des tigres du Bengale, à Valéry Giscard d’Estaing, des dromadaires, des bisons d’Europe, ou encore un lionceau de la part de son homologue malien Moussa Traoré, à François Mitterrand des oryx…
     
    Si l’on remonte dans le temps, le sixième président américain, John Quincy Adams, avait reçu un alligator de la part du Marquis de La Fayette. Il l’a laissé reposer dans une baignoire de la Maison Blanche pendant plusieurs mois, trop hilare devant la panique des visiteurs…

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