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    Général

    Faux médicaments: une lutte acharnée contre un gigantesque trafic

    media Un douanier présente de faux médicaments issus d'une saisie, le 8 décembre 2011 dans un entrepôt à Epouville (Normandie). AFP PHOTO/JEAN FRANCOIS MONIER

    Ce lundi 14 septembre marque le lancement de la campagne de la fondation Chirac contre les faux médicaments. A cette occasion, RFI vous propose une journée spéciale à l'antenne et sur internet. Ce véritable fléau tue près de 800 000 personnes par an prospère sans contrainte dans les pays sous-développés et n’épargne pas non plus les pays industrialisés. Parallèlement au circuit physique, maritime ou terrestre, internet représente un creuset idéal pour la prolifération de ce juteux business. Le tour de la question en six points.

    Journée thématique sur RFI ce lundi 14 septembre dès 8h10 TU consacrée à la lutte contre le trafic de faux médicaments

    1. Ampleur du phénomène
    2. Trafic sur internet
    3. Nature des médicaments contrefaits
    4. Facteurs favorables à la prolifération
    5. Les acteurs de la lutte
    6. Mesures en place et envisageables

    1. Ampleur du phénomène

    Ils étaient étiquetés « thé de Chine ». En février 2014, dans le port du Havre (nord de la France), les douanes françaises ont mis la main sur 2,4 millions de médicaments falsifiés : cachets d’aspirine, pilules contre les troubles de l’érection ou antidiarrhéiques, ou plutôt leurs imitations, inopérantes et potentiellement dangereuses pour leurs consommateurs. Cette saisie, un record absolu à l’échelle européenne, montre combien la fabrication, la distribution, la commercialisation illégales et la consommation de faux médicaments sont exponentielles. Les chiffres, communiqués par la flopée d’acteurs institutionnels ou privés investis dans cette vaste lutte, sont éloquents. Par exemple, un quart des colis postaux interceptés par les douaniers européens contiennent des faux médicaments, indique l’Institut international de recherche anti-contrefaçon de médicaments (Iracm) sur son site internet. Selon des chiffres récents, les médicaments sont depuis quelques années en tête des produits contrefaits, devant la cigarette.

    Le charlatanisme dans le domaine du remède ne date pas d’hier. Mais le phénomène est aujourd’hui d’autant plus délicat à enrayer qu’il s’est « professionnalisé », industrialisé et internationalisé. Et même à très grande vitesse durant les deux dernières décennies. Partout dans le monde, les saisies plus ou moins volumineuses sont quotidiennes. La Food and Drug Administration (Etats-Unis) évalue à un sur dix le ratio de médicament faux vendu dans le monde.

    Iracm

    Pays du Sud comme occidentaux sont touchés, mais pas de la même manière ni avec la même virulence. L’Afrique est le terreau privilégié des réseaux criminels. Selon les pays, entre 30 et 70% des médicaments en circulation sur le continent sont contrefaits. Ils se vendent souvent au grand jour, sur les marchés, et arrivent par containers des grands laboratoires clandestins de Chine et d’Inde. Le Kenya, l’Afrique du Sud, le Nigeria et une partie de l’Afrique de l’Ouest sont parmi les plus concernés par la « criminalité pharmaceutique », selon la terminologie d’Interpol. L’hémisphère nord est quant à lui plus propice au marché en ligne lequel connaît encore moins de frontières.

    2. Trafic sur internet : un médicament sur deux vendu en ligne est un faux

    Cet essor de la falsification est largement favorisé par internet, vaste marché libre et ouvert. La part du trafic en ligne par rapport au marché global est impossible à quantifier. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) nous apprend en revanche que la moitié des médicaments en vente en ligne est falsifiée. Selon LegitScript et la National Association of Boards of Pharmacy (NABP), deux acteurs privés américains de lutte contre ce commerce, 95% des pharmacies en ligne ne sont pas légales. Dans le détail, sur les quelque 35 610 pharmacies en activité sur internet, entre 200 et 300 sont légitimes (0,6%), 1819 sont potentiellement légitimes (5,1%) quand 33 579 sont illicites (94,3%). Une liste qui ne cesse de s’allonger, comme en atteste par exemple la fermeture en Espagne de 350 sites pharmaceutiques sur l’année 2014, soit une augmentation de 55 % par rapport à l’année précédente.

    « La France est aussi marquée par une intense activité sur internet. Les trafiquants sont capables de s’immiscer dans les transactions avec les sites licites et de se substituer à ces derniers sans que l’internaute ne s’en rende compte », détaille Bernard Leroy, PDG de l’Iracm. La faute aux cookies, ces petits fichiers qui conservent la mémoire des informations données par l’internaute lorsqu’il navigue sur internet. Parfois très utiles, ils sont également utilisés pour les publicités ciblées. Exemple : Michel Trofort est un internaute avide de gonfler ses muscles artificiellement, il se renseigne donc pour des stéroïdes anabolisants. Pour comparer les prix de ce produit, il visite quelques sites, légaux, et génère ces petits cookies. Des gens peu recommandables basés à l’étranger les utiliseront pour adresser de la publicité dite « ciblée » (sur le mur Facebook par exemple). Michel sera ravi car ces sites lui proposeront des stéroïdes à prix cassés. Et pour cause : ces officines virtuelles sont illicites et vendent par correspondance un produit qui est tout sauf un anabolisant. En proposant des produits contrefaits, ils mettent la vie de Michel en danger et génèrent d’énormes bénéfices permettant au trafic de se développer davantage.

    3. Nature des principaux médicaments contrefaits :
    produits de conforts au Nord, de première nécessité au Sud

    Elle diffère selon les pays ciblés par les réseaux criminels. Aucune pathologie, lourde ou légère, n’échappe à ce fléau : sida, diabète, hypertension, cancer… Les trafiquants s’adaptent tout simplement aux besoins.

    En Afrique subsaharienne, on trouve essentiellement des produits imitant des vaccins, des antibiotiques, des analgésiques, des antidiabétiques, des contraceptifs, des médicaments contre le cancer. Les maladies infectieuses, paludisme, VIH, tuberculose, sont la proie privilégiée.

    Dans les pays développés, il s’agit principalement de médicaments qui ne sont pas remboursés par le système de sécurité sociale, bien souvent donc des produits dits de « conforts » : amaigrissants, produits contre les troubles de l’érection, stéroïdes et hormones.

    Paris, le 26 janvier 2012. Un type de faux médicament saisi par les douanes françaises. AFP PHOTO/JACQUES DEMARTHON

    Ces produits « ne contiennent pas la quantité attendue de substance active et ne répondent à aucune des exigences de qualité, d’efficacité et de sécurité exigées, explique le Dr Caroline Atlani, directrice coordination anti-contrefaçon chez Sanofi. Les risques pour les patients sont nombreux : outre la présence de substances toxiques, ces médicaments peuvent être inactifs et entraîner des effets indésirables majeurs et des complications pour les patients. » L’Iracm distingue six grands types de contrefaçons. Dans 32,1% des cas, on note une absence de principe actif permettant la guérison. Le produit n’est alors qu’un simple substitut inefficient mais pas forcément inoffensif. Dans 21,4% des cas, il contient de faux principes actifs. Dans 20,2% des cas, la quantité est incorrecte. Dans le reste des cas, il s’agit soit de faux emballages, d’impuretés dans le produit ou d’une simple copie du produit originel. Exemples : des produits contre la toux à base d’antigel de voiture (84 décès au Nigeria en 2009). « Au Niger, il y a quelques années, 2500 enfants avaient été vaccinés avec de l’eau du fleuve », se souvient Bernard Leroy.

    Sans scrupule, les trafiquants font en outre preuve d’une grande réactivité. Les nouvelles épidémies comme Ebola ou les diverses grippes sont autant de pain béni pour eux. Par ailleurs, un autre marché fait florès, celui des produits vétérinaires.

    4. De nombreux facteurs favorables à la prolifération du trafic

    Sa rentabilité en premier lieu. Un vrai médicament est coûteux à fabriquer, à commencer par sa recherche et son développement. Sa contrefaçon, elle, est follement lucrative. Selon les évaluations de l’Iracm, pour 1000 dollars investis, un trafiquant peut espérer un retour de 400 000 dollars, contre 20 000 par exemple pour de l’héroïne, soit vingt fois plus. « Une machine à encapsuler peut se trouver à 2500 dollars. Elle peut tirer jusqu’à 500 000 capsules en une après-midi », estime Bernard Leroy. Les bénéfices de ce marché sont estimés à 200 milliards de dollars. Par ailleurs, la cybercriminalité est florissante dans ce domaine qui ne nécessite pas d’énormes moyens ou structures en amont.

    Bernard Leroy ne masque pas non plus son inquiétude au sujet des imprimantes 3D, qui permettront de produire du faux pour un coût encore moindre. « Les médias ont beaucoup focalisé sur le risque pour les pièces de voitures par exemple. Mais quid des produits médicaux, comme des fausses valvules pour le coeur ? » Début août, le premier médicament imprimé a été autorisé aux Etats-Unis.

    Le risque pour les malfaiteurs ? Minime dans bien des pays. Des frontières poreuses, une réglementation parfois laxiste, un système judiciaire peu internationalisé et presque toujours pauvre. « Quand les douaniers mettent la main sur des marchandises, il faudrait qu’ils demandent aux procureurs locaux de remonter la filière. Mais ils se heurtent au système judiciaire qui a souvent du mal à travailler au-delà des frontières. Le crime, lui, n’en connaît pas. » Et si par miracle procès il y a, la pénalité est partout beaucoup plus faible qu’en cas de trafic de drogue par exemple.

    Dakar, Champ de tir des Mamelles, le 21 avril 2015. Destruction de quatre tonnes de produits contrefaits et de faux médicaments saisies lors de l'opération «Porc-Epic» menée par les autorités pharmaceutiques sénégalaises et chapeautée par Interpol. AFP PHOTO / SEYLLOU

    Les contrefacteurs profitent aussi de la faiblesse, voire de l’inexistence des systèmes d’assurance sociale (Afrique, mais aussi Etats-Unis...). Le paiement des médicaments peut représenter une part importante des revenus d’une personne ou d’une famille. Certains vont donc chercher à se procurer des médicaments à moindre coût, que l’on trouve souvent dans des points de vente non réglementés, où la probabilité de la présence de contrefaçons est plus forte. Bernard Leroy prend l’exemple de l’hépatite C en Egypte : « La moitié de la population en souffre. Il existe un médicament miracle qui permet la guérison dans 90% des cas. Mais un seul comprimé coûte dix dollars, et il faut suivre le traitement pendant 90 jours. Dès lors, on peut très bien imaginer qu’un réseau criminel en profite pour investir ce marché. »

    L’appât du gain facile est sans limites. Bernard Leroy évoque l’Inde, énorme pourvoyeur mondial : « Ce pays qui possède d’excellents laboratoires. Mais on trouve des labos qui sont licites le jour et illicites la nuit. Ils fabriquent des médicaments contenant 5% de principes actifs, ce qui leur permet de passer les tests. » Et d’être commercialisés alors qu’ils ne sont pas opérants.

    Enfin, l’anonymat garanti sur le web facilite grandement la multiplication des officines illicites et l’écoulement de grandes quantités de marchandises. Comme la coopération judiciaire transnationale est encore largement balbutiante, appréhender un réseau de trafiquants à l’étranger relève de la gageure.

    5. Les acteurs de la lutte : entreprises, Interpol, OMD

    L’Organisation mondiale des douanes (OMD) soutenue par l’Iracm mène d’importantes opérations coup de poing dans une quinzaine de grands ports africains. En 2013, 550 millions de pilules ont ainsi été saisies, 113 millions l’année dernière. L’Iracm soutient matériellement l’OMD : « Nous dispensons des formations pour aider les douaniers à repérer les conteneurs frauduleux », indique Bernard Leroy. Un travail ardu, car sur les dizaines ou centaines de containers déchargées d’un cargo, deux ou trois seulement peuvent contenir une marchandise illégale.

    En 2008, le groupe pharmaceutique Sanofi a développé en interne son propre Laboratoire central d’analyse des contrefaçons (LCAC). Bilan : plus de 20 000 produits suspects analysés. Pour faire face aux besoins grandissants, les effectifs du laboratoire Sanofi basé à Tours ont plus que doublé en cinq ans. Les produits analysés proviennent du monde entier. Ce sont les autorités de santé ou les services de police ou de douanes qui adressent des échantillons pour analyse de la boîte, de la notice et du composé chimique.
    Concernant la cybercriminalité, une cellule du laboratoire est en charge de la traque de produits contrefaits sur internet, en relation avec les responsables sûreté de filiales. Leur mission est d’identifier les plateformes illicites, puis de mettre en place les actions appropriées. Des informations peuvent alors être transmises à Interpol.

    Interpol déclenche régulièrement des séries d'opérations, principalement en Afrique. Parmi elles, les opérations Pangea sont destinées à combattre la vente en ligne illégale de médicaments et de dispositifs médicaux. A raison d’une par an depuis 2008, ces opérations annuelles réunissent les douanes, les agences de santé, les polices nationales et le secteur privé de plusieurs pays dans le monde. La dernière en date, la plus vaste jamais déployée, Pangea VIII, s’est déroulée du 9 au 16 juin 2015. Cent-quinze pays y ont participé. Pangea VIII a abouti à 156 arrestations dans le monde entier et à la saisie de 20,7 millions de médicaments potentiellement dangereux d’une valeur totale de 81 millions d’USD. L’opération a également conduit à l’ouverture de 429 enquêtes, au retrait de 550 publicités en ligne relatives à des produits pharmaceutiques illégaux et à la fermeture de 2414 sites web. Ces opérations réunissent de nombreux organes officiels internationaux mais également des acteurs privés du web comme Google, Mastercard, Visa, PayPal ou encore LegitScript.

    LegitScript est une plateforme créée en 2007 qui permet de classifier les pharmacies du web. Elle aussi travaille de concert avec d’autres acteurs du secteur comme la NABP, mais aussi avec les fournisseurs d’accès à internet ou encore les moteurs de recherches comme Google, Bing ou Yahoo!.

    6. Les mesures en place et envisageables

    « Les gouvernements n’ont pas de stratégie à long terme, déplore Bernard Leroy, ni de législation adaptée. Il faut revoir trois choses : la définition même de contrefaçon, les infractions à prévoir et les niveaux de peines. Enfin, il faudrait former davantage d’agents. »

    Exemple parfait du manque de coopération internationale en la matière : la convention Medicrime. Elle est le seul outil juridique international existant qui criminalise la contrefaçon mais aussi la fabrication et la distribution de faux produits médicaux. Très complète, elle prévoit des multiples dispositions, renforce la pénalisation et la coopération à grande échelle. Seulement, elle n'a été ratifiée que par... cinq pays, l'Ukraine, la Guinée, l'Espagne, la Hongrie et la Moldavie.

    Une meilleure traçabilité et authentification des produits est une autre clé pour assainir le commerce parallèle. Les technologies RFID ou Datamatrix le permettent. En France depuis le 1er janvier 2011, tous les médicaments mis sur le marché portent la nouvelle codification, le numéro de lot et la date de péremption sous la forme d’un Datamatrix. Mais ils sont encore trop onéreux et difficilement généralisables.

    Concernant le cybermarché du faux, l’Iracm recommande de « valider par l’attribution d’un label et d’un logo la sécurité des sites internet commercialisant légalement des médicaments et répondant aux critères de qualité et de fiabilité dans leur approvisionnement ; de diffuser en ligne une liste officielle de ces sites fiabilisés. »
    Mais pour l’instant, rappelle Bernard Leroy, « le meilleur moyen reste la prévention et l’information du public ». Comme à travers la dernière campagne de sensibilisation initiée par l’institut.

    En attendant, l’emballage du médicament permet dans bien des cas de distinguer le faux du vrai, comme le montre cette infographie des Entreprises du médicament (Leem), même si les imitations sont de plus en plus réussies. Bernard Leroy fait ainsi part de son souhait de renforcer la lutte contre l’illettrisme en Afrique de l’Ouest.

    Enfin, se déplacer en boutique, demander conseil auprès d’un médecin ou d’un pharmacien reste les meilleurs moyens pour ne pas se tromper. « On ne meurt pas de porter des faux sacs à main ou des faux T-shirts. En revanche, les contrefaçons de médicaments peuvent tuer. » (Howard Zucker, sous-directeur général à l’OMS).

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