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    Science

    Une COP 23 pour convertir les paroles en actes

    media Dans l'Arctique, les températures ont augmenté de 2,8 degrés depuis le début du XXe siècle. GettyImages / by wildestanimal

    Deux ans après l’accord de Paris, la Conférence des Nations unies sur les changements climatiques (COP 23), qui se déroule à Bonn en Allemagne du 6 au 17 novembre, sous la présidence des îles Fidji, n’est pas une simple conférence de transition. Elle doit à la fois régler les modalités techniques de l’accord et être une véritable rampe de lancement pour permettre au monde de se placer sur une trajectoire qui limitera le réchauffement climatique à 2°C. Un objectif difficilement atteignable dans un contexte de plus en plus préoccupant.

    Le chemin a déjà été très long depuis le lancement de la convention-cadre climat au Sommet de la Terre en 1992. Le nouvel élan donné avec l’Accord de Paris (lors de la COP 21 en 2015), doit maintenant se transformer en actes à la hauteur des attentes. L’accord, déjà mis en application par 169 pays sur 195, fixe le cadre général d’efforts à réaliser ainsi que les objectifs à atteindre (ne pas dépasser 2° voire 1,5° d’augmentation de la température globale terrestre à la fin du siècle). Il est basé sur des engagements volontaires des Etats. Mais le compte n’y est pas, la somme des initiatives (INVS) actuelle nous amène à plus de 3° d’ici à 2100.

    Face à cela, la mission de la COP 23 est très technique car elle doit mettre en place les outils de l’accord qui doivent être finalisés pour 2018. Mais elle doit surtout, au vu de la situation actuelle, relever l’engagement comme le niveau d’ambition des Etats et des acteurs non étatiques, pour rejoindre d’urgence la trajectoire qui nous mènera collectivement à 2° maximum de réchauffement. Une course contre la montre dans une période où la dynamique s’essouffle, où les Etats-Unis se désengagent (l’un des deux plus gros émetteurs de gaz à effet de serre avec la Chine) alors que de plus en plus d’indicateurs témoignent de manière alarmante des impacts des changements climatiques.

    Des indicateurs dans le rouge

    Le jour de l'ouverture de la Cop23, en préambule au lancement des travaux de la conférence, Petteri Taalas, le secrétaire général de l’Organisation météorologique mondiale (OMM), déclare, sur la base de nombreux rapports provenant d’organismes scientifiques et d’agences des Nations unies : « Les trois dernières années ont toutes été des records de température et font partie des années les plus chaudes. Cela fait partie d'une tendance au réchauffement à long terme. Nous avons été témoins de conditions météorologiques exceptionnelles, une augmentation de 46 % du nombre d’évènements météorologiques extrêmes depuis 2000, notamment des températures atteignant 50°C en Asie, des ouragans records dans les Caraïbes et l'Atlantique atteignant l'Irlande, des inondations dévastatrices provoquées par la mousson et des sécheresses incessantes en Afrique de l'Est… Beaucoup de ces événements - et des études scientifiques détaillées détermineront exactement combien - portent le signe révélateur du changement climatique causé par l'augmentation des concentrations de gaz à effet de serre provenant des activités humaines. » Et 'ajouter : « Les indicateurs à long terme du changement climatique tels que l'augmentation des concentrations de dioxyde de carbone, l'élévation du niveau de la mer et l'acidification des océans se poursuivent sans relâche. »

    Les événements extrêmes affectent la sécurité alimentaire de millions de personnes, en particulier les plus vulnérables. Un examen de l'Organisation des Nations Unies pour l'agriculture et l'alimentation (FAO) a montré que dans les pays en développement, l'agriculture (cultures, élevage, pêche, aquaculture et foresterie) représentait 26 % de tous les dommages et pertes associés aux tempêtes et inondations de moyenne et grande ampleur.

    Selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS), le risque global de maladies liées à la chaleur ou de décès a augmenté régulièrement depuis 1980, avec environ 30 % de la population mondiale vivant maintenant dans des conditions climatiques qui produisent des vagues de chaleur extrêmes prolongées. Entre 2000 et 2016, le nombre de personnes vulnérables exposées aux vagues de chaleur a augmenté d'environ 125 millions.

    En 2016, 23,5 millions de personnes ont été déplacées lors de catastrophes météorologiques. Conformément aux années précédentes, la majorité de ces déplacements internes ont été associés à des inondations ou à des tempêtes et ont eu lieu dans la région Asie-Pacifique. En Somalie, plus de 760 000 déplacements internes ont été signalés, selon le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) et l'Organisation internationale pour les migrations (OIM). Oxfam dans son rapport du 2 novembre 2017 sur les « déracinés par le changement climatique » considère que sur la période 2008-2016, ce sont en moyenne 21,8 millions de personnes qui ont dû, chaque année, quitter leur cadre de vie et qu’il faut s’attendre à une révision à la hausse de ces chiffres. Selon la synthèse du « Lancet Countdown on health and climate Change », un milliard de personnes pourraient migrer d’ici la fin du siècle, à cause du réchauffement climatique.

    Les îles Fidji et l’élévation des océans : une question de survie

    Pour la première fois de son histoire, la Conférence des parties (COP) membres de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCCNUC) est présidée par les îles Fidji, un pays représentant les petits Etats insulaires. Un groupe très vulnérable confronté à la question de l’élévation des océans. Pour Nazhat Shameem Khan, la négociatrice en chef des îles Fidji, « ce que nous voulons, c’est transmettre un sens de l’urgence pendant la COP 23 car en tant qu’Etat insulaire, nous sommes aux premières loges pour ressentir les effets du réchauffement climatique ». Déjà, certains Etat du Pacifique composés d’îles basses sont condamnés à disparaître (Tuvalu) ou en grand danger de submersion (Kiribati, les îles Marshall…) sachant que plus le réchauffement climatique augmentera, plus ce phénomène s’accentuera. D’où l’urgence. Un des facteurs de cette élévation des océans étant par exemple la fonte des glaces que l’on observe sur les pôles. L’Arctique a connu en 2016 sa plus faible superficie de glace en 37 ans d’observation par satellite. Un phénomène qui touchera non seulement les îles mais aussi les littoraux de tous les continents où se concentre une grande partie de la population humaine.

    Les efforts ne sont pas à la hauteur des objectifs

    A la lecture de ces nombreux rapports sur les impacts en cours, la secrétaire exécutive de l'ONU sur les changements climatiques, Patricia Espinosa, a déclaré à Bonn : « Ces résultats soulignent les risques croissants pour les personnes, les économies et le tissu même de la vie sur Terre. » D’où l’enjeu pour la COP 23 de tout faire pour ramener tout le monde sur une trajectoire à 2°. Car le constat est amer, comme le résume le ministre costaricain Edgar Gutierrez Espeleta, président pour 2017 de l’Assemblée des Nations unies pour l’environnement : « Un an après l’entrée en vigueur de l’accord de Paris, nous sommes loin de faire ce qu’il faudrait pour préserver des centaines de millions de personnes d’une vie de misère. »

    Un constat que partage Erik Solheim, le directeur du Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) : « Les engagements actuels des Etats couvrent à peine un tiers des réductions d’émissions nécessaires, creusant un écart dangereux annonciateur de grands dérèglements (canicules, inondations, super ouragans…). Gouvernements, secteur privé, société civile se doivent de combler cet écart catastrophique. »

    D’après le 8e rapport du PNUE, pour rester sous la barre des 2°, il faudrait limiter toutes les émissions de gaz à effet de serre au maximum à 41,8 Gt (gigatonnes) équivalent CO2 en 2030, contre 51,9 Gt en 2016 ou à 52,8 Gt en 2030 (chiffre correspondant aux engagements actuels des Etats). Le rapport note qu’il existe encore 6 683 centrales à charbon dans le monde et que les 100 sociétés les plus polluantes émettent à elles seules un quart des émissions mondiales, l’ensemble des pays du G20 représentent les trois quarts des émissions. Enfin le rapport précise que la révision des engagements nationaux de réduction d’émission de gaz à effets de serre (GES) de 2020 sera la « dernière occasion » de trouver la bonne trajectoire pour 2030.

    L’effet Trump : les conséquences d’un climatosceptique à la Maison Blanche

    Dans ce contexte difficile, la présidence fidjienne menée par son Premier ministre Frank Bainimarama, va devoir demander d’urgence aux Etats davantage d’engagements et d’action, en révisant à la hausse leur contribution nationale pour atteindre les objectifs d’atténuation fixés par l’accord de Paris. Il lui faudra pour ce faire faciliter ce dialogue international tout en composant avec une position américaine qui souhaite se désengager du processus, estimant que le texte désavantage les Etats-Unis. Désengagement qui ne pourra entrer en application qu’à partir de 2019, raison pour laquelle une délégation américaine sera présente à Bonn.

    Les représentants de l’administration Trump auront le choix entre plusieurs stratégies : défendre leurs intérêts, bloquer les discussions et le processus ou rester en retrait. De plus, leur position pourrait encourager d’autres Etats à sortir de l’accord. Ce qui, dans tous les cas, ne simplifiera pas les négociations. En outre, la Russie et la Turquie sont les seuls pays du G20 à ne pas avoir à ce jour ratifié l'accord de Paris. Or, on se souvient que le président russe, Vladimir Poutine, avait longtemps exploité une situation similaire avec le Protocole de Kyoto pour en tirer d’autres avantages.

    L’adaptation : aider les pays en développement

    Après les questions d’atténuation sur la façon de réduire le réchauffement climatique, il faudra aussi régler les questions « d’adaptation » pour aider les pays les plus vulnérables à faire face aux impacts du réchauffement climatique.

    Afin d’aider les pays en développement, les pays développés se sont engagés à mobiliser 100 milliards de dollars par an d’ici à 2020, pour permettre aux plus pauvres de s’adapter aux impacts du réchauffement. Mais cette somme a été ensuite considérée comme très en deçà des besoins. Suite à cela, l’Accord de Paris a acté que cette somme n’est qu’un « plancher », dont le montant sera réévalué d’ici à 2025.

    De nombreux pays en développement réclament une feuille de route précise sur l’augmentation de cette aide. Une estimation, publiée en octobre 2016 par l’OCDE et une quarantaine de pays, estime que, sur la base des engagements annoncés, l’aide publique atteindrait 67 milliards annuels en 2020. Le complément attendu pourrait venir du privé, ce qui donnerait un montant total dans une fourchette estimé entre 77 et 133 milliards de dollars en 2020.

    Sur la question du financement, de nombreuses modalités restent encore en débat, tout comme le mécanisme dit de « pertes et dommages » prévu par l’accord de Paris qui devrait aboutir au plus vite à un système d’indemnisation des pays les plus affectés par le dérèglement climatique.

    La COP 23 a de nombreux défis à relever pour pouvoir permettre à l’accord de Paris d’être opérationnel en 2018, mais il faudra attendre la Cop 24 à Katowice (Pologne) pour connaitre les détails définitifs de sa mise en œuvre complète.

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