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    Le casier judiciaire de Chérif C. comporte 27 condamnations en France, en Allemagne et en Suisse.
    Le chauffeur du taxi qu'il a «emprunté» pour sortir du coeur de la vielle ville, a été entendu par les enquêteurs et a apporté des précisions sur l'arsenal dont disposait le tireur.

    Général

    Sur la route des droits civiques dans le Sud des Etats-Unis

    media Martin Luther King Jr. s'adresse à une foule sur les marches du Lincoln Memorial, où il a prononcé son célèbre discours «I Have a Dream», le 28 août 1963, sur Washington, D.C. © Wikimedia Commons

    Entre l’Alabama et la Géorgie, le « Vieux Sud » raconte l’une des pages les plus fascinantes, sombres aussi, de l’histoire récente des Etats-Unis: la lutte des Noirs américains pour la liberté et l’égalité raciale. Voyage sur la route des droits civiques avec Martin Luther King en tête, un enfant du Sud, disparu tragiquement il y a cinquante ans, le 4 avril 1968.

     

    Atlanta, la terre de Martin Luther King

    La capitale de la Georgie est la porte d'entrée privilégiée de la route sur les droits civiques dans le Sud. La ville est doublement importante pour son histoire et pour son illustre enfant Martin Luther King qui y est né et qui y est aujourd’hui enterré.

    Atlanta s'est offert en 2014 pour 80 millions de dollars un musée hypermoderne et interactif qui témoigne de l’importance de la ville et de sa communauté noire dans la lutte : The Center for Civil and Human Rights (Centre National pour les Droits Civiques et Humains). Situé en plein centre de la ville, il est évidemment bien plus qu’un musée local. Son ambition est de devenir une plateforme d’échanges et de réflexion sur la question des droits de l’homme, hier comme aujourd’hui. A l’intérieur, le visiteur est guidé dans de nombreuses langues et pas seulement autour de l’histoire afro-américaine des droits civiques. D’autres luttes à travers le monde y sont également présentées. Au niveau inférieur, une collection de lettres, d’écrits et d’objets de Martin Luther King est très émouvante à découvrir.

    Le centre souligne aussi l'histoire des universités privées traditionnellement noires (Blacks Colleges), comme Morehouse College crée en 1867 et fréquentée par le pasteur King ou Clark College fondé en 1869. Elles ont joué un rôle essentiel dans l’émergence d’une élite afro-américaine dans le Sud, pourtant très raciste à l’époque. Elles accueillaient aussi des professeurs de renom comme W.E.B Du Bois, grand penseur et militant panafricain, fondateur de la NAACP, l’Association pour la Promotion des gens de couleur.

    A Atlanta, cité de Coca Cola et de CNN, on entretient largement la mémoire de son plus célèbre enfant. A Sweet Auburn, le quartier afro-historique, se trouve l’un des lieux les plus visités du pays : le site et parc national Martin Luther King. Sa tombe, sa maison d’enfance, un centre d’interprétation et l’église de la famille King composent ce curieux musée à ciel ouvert.

    A Atlanta, la maison d'enfance de King se visite avec un guide, "park ranger", comme Rebecca Karcher © RFI/Céline Develay-Mazurelle

    Né en 1929 à Atlanta, Martin Luther King a grandi dans une jolie maison située sur Auburn Avenue, dans une « ville trop pressée pour haïr ». Pourtant, très tôt, il fait l’expérience du racisme avec ses camarades d’école blancs qui lui défendent un jour de jouer avec lui. Fils et petit-fils de pasteurs plutôt privilégiés pour l’époque, il est aussi sensibilisé à la question de la pauvreté. Rien qu’en regardant par sa fenêtre, il pouvait observer des milieux bien plus populaires et démunis que le sien, dans les petites maisonnettes situées en face de chez lui. Le décor n'a pas changé. La maison d’enfance de Martin Luther King et le quartier de Sweet Auburn peuvent se visiter en compagnie d’un guide.

    Un peu plus loin, toujours sur l’avenue Auburn, trône l’église originale où a débuté Martin Luther King à 19 ans mais aussi sa tombe et celle de sa femme, Coretta, solennellement installée sur un grand miroir d’eau. En face de l’église historique Ebenezer où l’horloge s’est symboliquement arrêtée à l’heure de sa mort, on peut se rendre dans la nouvelle église Ebenezer. Les services du dimanche s’y enchaînent, dans la ferveur d’un immense chœur gospel de près de 50 chanteurs. Pour les visiteurs, « le spectacle » est autant dans la salle que sur scène. Les sermons enivrent et l’audience principalement noire, en costumes trois pièces, robes de dentelles et chapeaux extravagants, partage un vrai moment de recueillement et de foi.

    Plus bas, toujours sur la même avenue, le musée afro-américain APEX rend hommage aux grandes figures noires du pays. Il reconstitue l’ambiance de Sweet Auburn, quand le quartier était exclusivement peuplé de Noirs, banquiers, commerçants ou universitaires qui ont fait de cette artère « la rue noire la plus prospère du pays ». Une autre reconstitution, celle d’une coupe de cale de bateau négrier avec des mannequins en plastique, est par contre beaucoup moins heureuse.

    Le musée du Site Historique National Martin Luther King à Atlanta où l'on retrouve les fameuses pancartes de la lutte © RFI/Céline Develay-Mazurelle

    A la fin de la ségrégation, les Noirs de la ville ont pu s’installer là où ils le désiraient et beaucoup ont fui Sweet Auburn. Aujourd’hui, la rue située en plein centre-ville subit une forte pression foncière et semble perdre un peu plus chaque jour son identité noire. Pourtant des lieux mythiques émaillent le parcours du promeneur qui remonte cette avenue noire, comme par exemple le Prince Masonic Temple, un bâtiment en brique jaune qui a longtemps abrité les bureaux de la SLSC, l’organisation fondée par le pasteur King en 1957.

    Au coin de cette fameuse Auburn Avenue et d’Hilliard Street, se trouve un curieux endroit à la fois salon de coiffure, studio de radio et musée de poche des droits civiques. A l’intérieur, dans un décor truffé de photos jaunis, de micros chromés et de vieux vinyles, Ricci di Forest, s’efforce de préserver l’âme des lieux. Ce dandy acoustique, comme il aime à se définir, n’a pas son pareil pour remonter le temps. Il faut dire que son salon-musée se trouve à l’emplacement d'un ancien salon de la chaîne de Madame CJ Walker, première femme noire du pays à avoir fait fortune dans les cosmétiques aux Etats-Unis au début du XXe siècle. Grâce à cet argent, elle va aider de nombreuses femmes noires et financer la cause pour l’émancipation des Afro-Américains. Ricci, à la fois DJ et coiffeur, aime raconter cette histoire mais aussi celle de la Radio WERD : "Cette radio mythique créée en 1948 était la première radio détenue par des Noirs dans tout le pays, raconte-t-il. Ses locaux étaient situés juste au-dessus du salon mais il y avait aussi des locaux pour l’organisation de Luther King, la SLCL". La légende raconte que Martin Luther King frappait d’un coup de balai quand il avait une annonce à faire à la radio. Alors le micro au bout d’un fil descendait d’un étage par la fenêtre. Radio Werd a joué un rôle important dans la diffusion des messages d’émancipation ou des appels au boycott. Elle faisait aussi la part belle aux standards de jazz ou de musique dite nègre qui ne pouvaient pas toujours être joués dans les autres radios, blanches...

    Chaque année, au printemps, Sweet Auburn célèbre ses racines et son identité lors d'un festival qui attire le monde. Au milieu des barbecues fumant installés en pleine rue, des stands de « soul food » ou d’artisans locaux, le hip-hop, musique reine dans la ville, a remplacé le jazz des années 50. Fief d’une importante contre-culture noire dans aux Etats-Unis, Atlanta est aussi la première ville du pays à avoir élu en 1974 un maire noir puis une femme noire maire en 2002. Les militants des droits civiques et leurs héritiers ont donc forgé une vraie classe politique afro-américaine dans la ville.

    Avant de quitter Atlanta, pourquoi ne pas monter à bord d’un bus ? Celui de Tom Houck, fervent militant reconverti en guide touristique. Il propose un Civil Rights Tour pas comme les autres. Tom a connu tout le monde, de Martin Luther King, dont il a été le chauffeur, à Andrew Young en passant par John Lewis. Il regorge d’anecdotes sur la ville et le mouvement. Dans son bus truffé d’écrans, le visiteur suit également les témoignages de leaders des droits civiques. La démarche de Tom Houck sincère et érudite, vous emmène alors dans des discussions politiques à bâtons rompus sur le sens de la lutte et ses continuités dans le pays.

    Si Atlanta est une première étape essentielle sur la route des droits civiques dans le Sud des Etats-Unis, le coeur de ses luttes se racontent en Alabama, l'Etat voisin. Comme tous voyages aux USA, il faut désormais prendre la voiture et filer vers Birmingham.

    Birmingham, la cité explosive

    La plus grande ville de l’Etat d’Alabama, cité industrielle jadis florissante surnommée "Magic City" est aussi célèbre pour son autre surnom "Bombigham". Il fait écho aux innombrables attentats contre les églises et les leaders noirs qui ont secoué la ville dans les années 50. Ces luttes pour les droits civiques s'ajoutent aux deux siècles et demi d’esclavage et à la ségrégation qui dura pendant près de 100 ans dans cette partie du pays.

    Pour comprendre l'histoire, rendez-vous au cœur de Downtown, dans le parc Kelly Ingram. C’est là, en mai 1963, qu’a eu lieu la campagne de Birmingham autrement appelée « Projet C », une série de manifestations pacifiques, réprimées avec une violence spectaculaire, dont les images terrifiantes ont fait le tour du monde.

    Protégées par de grands arbres centenaires, des statues de bronze racontent un des épisodes horribles vécus par les manifestants en 1963 dont l’incarcération d’enfants, largement impliqués dans ces événements. Ici, un policier lâche son chien agressif sur un enfant noir. Là, le promeneur est pris en tenaille par des chiens en furie jaillissant d'un mur. Plus loin, ce sont des enfants derrière des barreaux, au pied desquels on peut lire ces mots : « Not afraid of your jail » ("Même pas peur de votre prison"). Cette violence figée dans le bronze contraste avec la quiétude du parc et la statue placide de Martin Luther King. Il n’est pas rare de croiser ici ces enfants devenus grands, désormais pasteurs ou militants.

    A Birmingham, Calvin Woods, militant historique, pose devant la statue de Martin Luther King © RFI/Céline Develay-Mazurelle

    Au bord de ce jardin dédié à la mémoire des droits civiques, se trouve également le Birmingham Civil Rights Institute, un lieu incontournable et éclairant pour tout visiteur qui se plonge dans cette histoire tragique. Dans une muséographie immersive et inventive, parmi les multiples panneaux « Colored Only » ou « White Only », on comprend mieux comment « Magic City » a plongé dans la violence et la ségrégation.

    Aux Etats-Unis, en 1865, l'esclavage est aboli et les Noirs du pays accèdent enfin, après des siècles d'asservissement, à la citoyenneté et à la liberté. Mais, très vite, dans le Sud du pays, un apartheid strict va s'installer avec l'assentiment du Gouvernement fédéral qui laisse faire et se cache derrière la fameuse doctrine du « separate but equal » (séparés mais égaux).

    Martin Luther King l’a écrit dans une lettre depuis la prison de Birmingham où il a été incarcéré en avril 1963: Birmingham « est probablement la ville des États-Unis où la ségrégation est la plus rigoureuse ». A l’Institut des Droits Civiques, entre un costume du Klu Klux Klan retrouvé dans le grenier d’une famille de la région et une série de publicités des années 50 manifestement racistes, on mesure le chemin parcouru par les Afro-Américains, longtemps victimes de lynchages et de discrimination.

    Le courage, la ténacité et l’abnégation c’est aussi ce qu’évoque l’Eglise de la 16e rue, située à deux pas. Dans cette église en briques ocres, véritable QG de la lutte dans les années 50 et 60, les visiteurs du monde entier se pressent pour comprendre l’indicible car ici, en septembre 1963, quatre petites filles ont été assassinées dans un attentat perpétré par des membres du Klu Klux Klan. Seulement deux des auteurs seront jugés 40 ans après les faits... Aujourd’hui, une statue évoque la mémoire de ces enfants martyrs dans le parc Kelly Ingram.

    Peu de temps avant cet attentat, en mai 1963, un accord historique est conclu pour mettre un terme à la ségrégation dans la ville. Mais les autorités politiques du Sud s’entêtent et le Gouverneur de l’Alabama continue d’interdire l’université aux Noirs de l’Etat. Le crime de l’église de la 16e rue va alors contraindre le président John Fitzgerald Kennedy à s’adresser à la nation, le 11 juin 1963. Il va alors rappeler que depuis 1954, la Cour suprême a tranché : la ségrégation scolaire est aussi interdite dans les écoles du Sud. C’est le sens de l’arrêt « Brown versus Board » perçu par beaucoup comme la deuxième émancipation des Noirs Américains, après l’abolition de l’esclavage en 1865.

    A Birmingham, les spectres de la mémoire hantent la ville, son centre mais aussi ses périphéries. Un parcours passionnant, situé dans le quartier de Collegeville, très loin des sentiers touristiques, mérite le détour. Ici, parmi les rails et les maisons en ruines, un circuit mémoriel, installé en 2013 par la ville, raconte grâce à des panneaux toutes ces luttes. L'ancienne église baptiste de Bethel, classé monument historique et ouverte au public, permet de découvrir un leader méconnu et pourtant pionnier de la lutte des droits civiques : le révérend Fred Shuttleworth. Très tôt, cet homme d’église a mené des actions non violentes contre la ségrégation. C’est lui qui lancera « le projet C », « la Campagne de Birmingham » et fera venir Martin Luther King dans la ville. Les visites guidées par d’anciens militants des droits civiques, témoins de l’époque, ajoutent un supplément d'âme et d'émotion incontestables. Tous rappellent qu’en dehors des leaders historiques, souvent issus de la bourgeoisie afro-américaine des grandes villes (c’est le cas de Martin Luther King), le mouvement des droits civiques était porté par des petites gens, ouvriers, chauffeurs ou employés de maison dans les Etats du Sud. L’arrivée du pasteur King en Alabama va cependant marquer un tournant dans la lutte. Pour en saisir l'importance, cap sur Montgomery...

    Montgomery, en mémoire de Luther King et Rosa Parks

    Dans la capitale de l’Alabama, on est immédiatement saisi par le calme des nobles et magistrales artères de la ville qui tranche avec les tourments du passé. Sur l’avenue Dexter, véritable axe du pouvoir entre le Capitole et le Palais de Justice, l’histoire se lit partout, des façades des bâtiments officiels aux noms de rues.

    La première Maison Blanche de la Confédération (sécession autoproclamée des Etats esclavagistes), située au pied d’un Capitole immaculé, nous ramène en 1861, quand les Etats d’Alabama, de Géorgie, de Floride, du Mississippi et de Caroline du Nord rompent avec le Nord. La guerre civile américaine qui va suivre, la célèbre Guerre de Sécession, durera quatre ans, de 1861 à 1865.

    Plus loin, sur l’avenue Dexter, une petite église de la fin du XIXe siècle, en bois blanc et briques rouges, détonne dans le paysage. Cette paroisse militante du nom de Dexter Avenue King Memorial Baptist Church a en effet marqué l’histoire, après avoir accueilli en 1953 un jeune pasteur de 26 ans, venu de Géorgie : Martin Luther King.

    La Dexter Avenue King Memorial Baptist Church à Montgomery, où a officié le pasteur Martin Luther King © RFI/Céline Develay-Mazurelle

    Aujourd’hui, à l’Eglise Dexter, les visiteurs du monde entier viennent pour s’imprégner de cette époque où Martin Luther King mobilisait les foules avec ses sermons fédérateurs. On observe avec attention le pupitre depuis lequel il a certainement parlé pendant l’office. On croise des fidèles qui l’ont connu et fréquenté. Les lieux, très préservés, sont portés par une petite communauté soudée et attachante. On vous y accueille en vous parlant du grand King, de Vernon Jones, un pasteur pionnier des droits civiques qui l’a précédé. On évoque aussi Dieu en vous prenant la main, parfois en chantant du gospel, cette musique de foi et d’espoir des Noirs Américains. Dans le Sud, au cœur de la" ceinture biblique", la "Bible Belt" comme on l’appelle, les églises poussent plus vite que le coton...

    Un peu plus bas sur l’avenue Dexter, on croise l’artère de Commerce Street, avec ses grands entrepôts réhabilités en restaurants branchés, par lesquels jadis le coton mais aussi les esclaves enchaînés débarquaient de la rivière toute proche. Ensuite, au pied de la Fontaine Court Square, une plaque attire l’attention. Elle vient marquer l’arrêt de bus dans lequel est monté Rosa Parks en 1955. C’est là que cette petite couturière de 42 ans, militante de la NAACP (Association Nationale pour la Promotion des Gens de Couleur), refuse de céder sa place à un blanc.

    C'est à Montgomery qu'une petite couturière noire a refusé de céder sa place à un blanc dans un bus © RFI/Céline Develay-Mazurelle

    Dans la rue adjacente, le Rosa Parks Museum rend hommage à ce moment qui va changer l’histoire américaine. A l’intérieur, un bus jaune d’origine sert d’écrin à une mise en scène visuelle et sonore. Mais au-delà de la figure mythique de Rosa Parks, décrite comme « la mère du mouvement des droits civiques », le musée explique comment le boycott des bus de Montgomery s’est organisé dès l’arrestation de Rosa Parks. Ce boycott des transports publics par la communauté afro-américaine sera alors mené par le tout jeune pasteur King et d’autres leaders noirs réunis à l’Eglise Dexter. Dans le Rosa Parks Museum, la violence et l’absurdité du système ségrégationniste saisit le visiteur. Il découvre par exemple que dans le bus, les Noirs étaient obligés de payer à l’avant pour ensuite remonter par l’arrière. Le boycott de Montgomery va durer plus d’un an et des systèmes alternatifs, très ingénieux, de transports pour les Noirs de la ville comme les "taxis d’église" vont être inventés. Finalement, en décembre 1956, l’arrêt « Browder vs Gayle » de la cour Suprême va déclarer anticonstitutionnelle les lois de l’Alabama sur les transports publics et aboutir à la fin de ségrégation dans les bus.

    Pourtant, cette ségrégation a continué dans bien des Etats du Sud et un mouvement, celui des « Free Riders », va mettre en lumière cette injustice qui a persisté pour les Noirs qui voyageaient notamment entre les Etats du Nord et du Sud. Non loin de l’avenue Dexter, le Freedom Ride Museum, situé dans un vieux bâtiment aux courbes très fifties, raconte l’épopée de ces voyageurs de la liberté. En 1961, un groupe de jeunes militants blancs et noirs sont partis ensemble de Washington en bus pour rejoindre la Louisiane. En chemin, dès qu’ils traversèrent les Etats du Sud, ils furent battus, arrêtés et incarcérés dans des conditions confinant parfois à la torture. Un bus avec des voyageurs à bord a également été incendié par des hommes du Klu Klux Klan.

    A Montgomery, le voyage s’achève forcément par un passage par le presbytère, la maison qu’a occupée le pasteur King de 1954 à 1960. Cette jolie maison en bardeau de bois blanc, située au 309 South Jackson Street, attire des visiteurs du monde entier. Dans un salon reconstitué avec des meubles d’époque, certains ayant appartenu à la famille King, on s’éloigne de l’icône des droits civiques pour se rapprocher de l’homme, de sa vie de famille avec sa femme Coretta et ses enfants. On y saisit à quel point l’homme et sa famille vivaient sous la menace permanente et les appels anonymes. D'ailleurs, une marque au sol, à l’entrée de sa maison rappelle l’attentat qui a frappé les lieux en 1956, sans faire de victimes. La cuisine est également un lieu symbolique puisque c’est là que Martin Luther King aurait décidé, un soir d’hiver 1955, de devenir le porte-parole du mouvement des droits civiques. Un long chemin vers la liberté qui va aussi le mener à Selma, notre prochaine étape...

    Selma, en marche vers l'égalité des droits

    Depuis la fenêtre de la voiture qui nous emmène de Montgomery jusqu’à Selma, petite ville de 20 000 habitants située dans le Comté de Dallas en Alabama, la seule vision des champs de coton nous emporte au temps de l’esclavage : celui des corps noirs, pliés sous la chaleur du Sud, parmi les fleurs blanches des grandes plantations.

    En cours de route, un arrêt s'impose au Musée de Lowndes. Là au bord de la route US 80, parmi des photographies d’archives et des panneaux pédagogiques, on plonge dans le combat des Afro-Américains pour l’inscription sur les listes électorales. Au début des années 60, les Noirs n’étaient pas légalement interdits de vote mais avaient du mal à accéder aux urnes car les autorités blanches avaient mis en place un système aussi absurde que discriminatoire. A Selma, à la fin des années 50, sur 15 000 Noirs, 300 seulement étaient inscrits sur les listes électorales car les autorités réclamaient des conditions préalables qui rendaient impossibles toute inscription d'Afro-Américain, comme par exemple combien de plumes avait un poulet...

    Ce musée est un bon prologue à la découverte de Selma dont le nom reste à jamais associé aux marches historiques qui sont parties d'ici en 1965 pour le droit de vote.

    La marche de 1965 pour le droit de vote, de Selma à Montgomery © Wikimedia Commons

    Le 7 mars 1965, c'est depuis le mythique pont métallique Edmund Pettus Bridge qui enjambe la rivière Alabama, que va partir la première marche. Cette première tentative sera surnommée le « Bloody Sunday » (dimanche sanglant) car les autorités ont durement réprimé cette marche qui ne pourra même pas quitter la ville. Deux autres marches vont suivre : celle du "demi-tour" qui aura lieu en présence de Martin Luther King, puis enfin la troisième marche à l’issue triomphale. Après 80 kilomètres à pied, les marcheurs de Selma rejoignent, le 25 mars 1965, le capitole de Montgomery, escortés et protégés par des troupes du Président Lyndon Johnson.

    A l’issue de ces évènements historiques, la loi sur le droit de vote va être adoptée en 1965. Mais c'est une victoire obtenue dans le sang : celui versé d’abord par les victimes des violences policières du dimanche sanglant, celui ensuite de John Reeb, un pasteur blanc participant à la seconde marche et lâchement assassiné à Selma, et enfin le sang de Violetta Liuzzo, une militante blanche tuée par des hommes du Klu Klux Klan, à son retour de Montgomery le 25 mars.

    Aujourd’hui à Selma, le souvenir de ces martyrs des droits civiques est honoré par des plaques commémoratives ou des peintures murales. Il se mêle à l’histoire plus ancienne de la Guerre de Sécession car Selma a été un bastion du Sud confédéré. Et c’est vrai qu’en arrivant dans les rues de cette petite ville, au charme suranné, on a l’étrange impression que rien n’a changé depuis 150 ans.

    Le mémorial installé à Selma en hommage au pasteur Reeb, un homme d'église blanc et militant de la cause des droits civiques © RFI/Céline Develay-Mazurelle

    Sur Broad Street, l’artère principale de Selma, bordée d'entrepôts décatis et de magasins poussiéreux, le temps semble s'être arrêté. Tout autour, de belles bâtisses blanches du XIXe siècle rappellent l'époque du Vieux Sud esclavagiste et prospère. Même atmosphère dans le vieux cimetière de la ville, le Old Live Oak Cemetery, où parmi les chênes centenaires recouverts de mousse espagnole, des bustes de bronze rendent hommage à des figures des armées sudistes, pourtant très contestées, comme Nathan Bedford Forrest, un stratège militaire et ancien membre du Klu Klux Klan. Ce carré des Confédérés, encore très entretenu, rappelle l'importance de la période sécessioniste dans l'imaginaire du Sud des Etats-
    Unis. Une nostalgie que convoque aussi souvent les discours suprématistes blancs.

    Pour en savoir plus sur la période agitée de la Guerre de Sécession aux Etats-Unis, il faut aller dans l’Old Depot Museum qui retrace la bataille de Selma en 1865. Le musée consacre aussi des espaces au combat pour les droits civiques dans la ville. Non loin de là, l’église de Brown Chapel AME, ancien QG du mouvement pour le droit de vote, protège une statue de Martin Luther King, décidément présent à toutes les étapes du voyage.

    Un peu plus loin sur Water Avenue, l’autoproclamé « Ancient Africa, Enslavement and Civil War Museum » offre une vision fantasmatique et peu rigoureuse de l’Afrique et de l’esclavage. Ses mises en scène kitsch surprennent le visiteur, même si elles ont le mérite de vouloir rendre compte de la grandeur des tribus et des royaumes africains. On vous recommande plutôt le National Voting Rights Museum, consacré à la lutte pour le droit de vote, situé à deux pas de l’Edmund Pettus Bridge. Sa devise : « Des mains qui ont choisi le coton peuvent choisir nos présidents ». Depuis plus de 50 ans, les militants des droits civiques et leurs héritiers affichent fièrement cette devise, encore lourde de sens aujourd'hui.

    A chaque étape de notre longue route dans le Sud, les moments les plus forts resteront les rencontres avec les témoins de l’époque, pasteurs, guides, organistes ou militants de la première heure. Avec eux que l’histoire américaine moderne, ses tourments et ses combats, s’incarnent vraiment et se racontent comme nulle part ailleurs. Ici, l’histoire afro-américaine et la mémoire de Martin Luther King sont vivantes et les enfants du pasteur, véritables sentinelles de la liberté, encore nombreux.

     

    Informations pratiques

    - Pour préparer votre voyage, allez sur le site de Travel South mais aussi sur ceux des offices du tourisme d’Atlanta et de l’Alabama
    - Pour rejoindre Atlanta, la compagnie basée dans la capitale de la Géorgie est Delta Airlines
    - Pour organiser votre séjour depuis la France, le voyagiste Equinoxiales, spécialiste des USA, propose des itinéraires sur mesure. La Maison des Etats-Unis a aussi conçu un auto-tour 14j/12 nuits « Sur les pas de Martin Luther King »
    - L’Etat de l’Alabama a édité une application spéciale « Sur la route des droits civiques », à télécharger ici ou à lire .
    - La ville de Birmingham a également conçu un mini-site autour de sa route des droits civiques. Un autre site très bien documenté a également été créé pour les 50 ans des évènements de Birmingham.

    Chronologie et chiffres clés
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