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    Hebdo

    Soldats russes en Ukraine : de la propagande à l’information

    media Les femmes et les mères de soldats russes ont manifesté devant la base des parachutistes de Kostroma, à 350 kms de Moscou. Ici, Olga Garina, mère d’Egor Pochtoev, un para capturé en Ukraine AFP/Dmitry Serebryakov

    Dans Appels sur l’actualité, notre correspondante explique comment la propagande russe a géré les révélations à l’opinion publique - à la fois par leurs proches et par la télévision - de la présence de soldats russes en Ukraine … Selon la présidente du Comités des mères de soldats russes, Valentina Melnikova, citée le 28 août par la chaîne TV Rain, près de 15 000 soldats russes combattent auprès des séparatistes pro-russes dans l’est de l’Ukraine. La Russie a toujours démenti les affirmations de Kiev et des Occidentaux en la matière. Mais Kiev et Washington ont accusé, une nouvelle fois, jeudi dernier, la Russie d’intervenir directement dans cette région où les combats n’ont pas complètement stoppé malgré le cessez-le-feu. Plusieurs médias indépendants russes ont fait état de funérailles tenues secrètes de deux parachutistes dans le Nord de la Russie, qui selon des proches auraient été tués en Ukraine - où officiellement la Russie n’a pas déployé de troupes.

    Les mères de soldats russes avaient manifesté pour dénoncer la mort de leurs fils en Ukraine. Et la télévision russe a aussi diffusé un reportage sur un soldat russe mort en Ukraine. Quel peut être l’influence de ces révélations auprès de l’opinion publique russe ?
    Effectivement, les femmes et les épouses de soldats russes ont manifesté le 28 août dernier dans la ville de Kostroma, près de Moscou… Ce n’était pas exactement pour dénoncer la mort de soldats russes en Ukraine, mais pour avoir des nouvelles. On venait d’apprendre que 9 parachutistes russes du 331è régiment de Kostroma étaient détenus en Ukraine, faits prisonniers après avoir franchi la frontière. Kiev les avait montrés à la télé. Et pour la première fois, Moscou était bien obligé d’admettre la présence de soldats russes sur le territoire ukrainien. Mais le ministre de la Défense et, plus tard, le président Poutine ont affirmé qu’ils s’étaient perdus pendant des manœuvres… Les familles ont alors appris que plusieurs de leurs camarades avaient été tués et que d’autres, blessés, étaient soignés à Rostov sur le Don. A partir de là, des langues se sont déliées. Des familles ont fait savoir à la presse qu’elles étaient sans nouvelle de leur maris ou fils, soldats dans l’armée russe. Elles ont aussi appris que des paras avaient été inhumés dans plusieurs cimetières militaires, notamment le 25 août à Vybouty, près de Pskov, au nord de la Russie. Certaines familles avaient reçu des messages de leurs fils disant qu’ils étaient en Ukraine. Les Comités des mères de soldats, notamment celui de Moscou avec à sa tête Valentina Melnikova, se sont donc adressés aux autorités pour avoir des nouvelles des soldats disparus.

    Ces tombes pourraient être celles de deux parachutistes russes tués la semaine précédente en Ukraine. Cimetière de Vybuty dans la région de Pskov où se trouve une base militaire. 27 août 2014. Reuters/Dmitry Markov

    La présidente du Comité de Saint-Pétersbourg, Ella Poliakova, membre aussi du Conseil pour le développement de la société civile et des droits de l’homme auprès du Président, a demandé une enquête à propos de 9 engagés dans l’infanterie originaire du Daguestan, officiellement morts en manœuvre début août dans la région de Rostov.
    Oui. Avec le soutien d’un autre membre de ce Conseil, Serguei Krivienkov, elle s’est adressée directement au « comité d’enquête », l’organe chargé des affaires sensibles. Pour ces comités, 10 000 à 15 000 soldats russes ont été envoyés en Ukraine, en général contre leur gré. C'est-à-dire que leur contrat n’indique pas qu’ils doivent aller combattre à l’étranger. Au dernier moment, on leur demande de mettre des tenues de camouflage sans signe distinctif, et ils découvrent qu’ils sont en Ukraine quand ils se font tirer dessus. Certains y seraient allés pour de l’argent, comme les Daguestanais, qui auraient touché 220 000 roubles soit 4 000 euros. La chaine câblée « TV Rain », indépendante, a ouvert une page internet qui s’appelle « Nos soldats » où les gens peuvent envoyer des informations concernant les soldats morts ou disparus.

    Quelle ont été les réactions des autorités ?
    La première réaction a été la menace de la part d’individus non identifiés mais dont on peut supposer qu’ils sont proches du pouvoir. Ainsi, les journalistes qui se sont rendus au cimetière de Vybouty ont été agressés et menacés. On leur a fait comprendre qu’ils avaient intérêt à ne pas se mêler de cette affaire. Même chose pour ceux qui ont voulu enquêter à l’hôpital militaire de Saint-Pétersbourg et Rostov, où d’après les Comités de mères de soldats, il y a de nombreux soldats blessés. Et un député du parti Iabloko, d’opposition, Lev Chlosberg, qui menait une enquête indépendante sur les paras inhumés à Vybouty, a été agressé fin août par des inconnus qui ne lui ont rien volé et qui n’ont pas dit un mot. Il a été frappé par derrière et laissé inconscient à terre. Il pense que c’est à cause de ses recherches. Et puis, le Comité des mères de soldats de Saint-Pétersbourg a été déclaré par le ministère de la Justice « agent de l’étranger », ce qui est une appellation très infamante en Russie, qui jette la suspicion. Sont ainsi nommés toutes les organisations qui touchent de l’argent non russe, même si la somme est insignifiante. La plupart des ONG ont été rangées dans cette catégorie par les autorités russes, et ces associations doivent ensuite entreprendre des procédures juridiques longues pour en sortir. Donc, les familles ont compris le message, et elles sont finalement peu nombreuses à se plaindre. De plus, elles ont bien besoin de la pension qu’elles vont toucher, même si cette pension va correspondre à un décès en manœuvre, et pas à une pension pour décès sur un champ de bataille.

    Devant la base de Kostroma, Ludmila Hohlova, présidente du conseil du Comité des mères de soldats, est venue réclamer la vérité sur le rôle des leurs dans le conflit avec l’Ukraine. AFP/Dmitry Serebryakov

    Y a-t-il eu des réactions dans les médias ?
    La deuxième réaction a été un retournement de l’opinion, ou plutôt un contrôle de l’opinion par les télés proches du pouvoir. Ainsi, le 28 août, la télé d’info en continu « Rossya 24 » a diffusé une interview du chef séparatiste Alexandre Zarkatchenko, qui justifie la présence de soldats russes dans leurs rangs. Il explique que ce sont des militaires en congés qui, volontairement, au lieu d’aller à la plage, sont venus aider leurs frères en Ukraine. Ils sont 3 000 à 4 000, dit-il, et il y a eu des morts. Il ajoute que, sans leur aide, cela aurait été beaucoup plus difficile pour les séparatistes. C’est étonnant car, d’après le règlement, un soldat au repos doit laisser ses armes à la caserne et n’a pas le droit d’aller à l’étranger. Puis, le 4 septembre, la première chaîne de télé, la plus populaire, a diffusé un reportage sur l’enterrement d’un parachutiste, Anatoly Travkine, âgé de 28 ans, parti combattre en Ukraine un mois plus tôt. Le commentaire explique qu’il n’a fait part de sa décision ni à sa famille ni au commandement militaire. Il a pris ses congés et il est parti sur le front. Sa famille se dit fière de lui. Le même jour, un autre reportage a été consacré à une cérémonie en hommage au soldat Serguei Jdanovitch, un vétéran d’Afghanistan, mort en mai dernier lors des combats autour de l’aéroport de Donetsk. La cérémonie a eu lieu dans la ville où il habitait, et sa veuve explique que c’était sa décision, qu’elle n’a pas pu le retenir et qu’elle est fière de lui. C’est en mai, après les combats pour le contrôle de l’aéroport de Donetsk, que des journalistes, y compris ceux de l’agence de presse Interfax, ont pour la première fois évoqué le retour en Russie de soldats morts en Ukraine, mais on parlait de volontaires.

    Et que se passe-t-il maintenant ?
    Jeudi dernier encore, le porte-parole du ministère des Affaires étrangères a redit qu’il n’y a pas, qu’il n’y a pas eu et qu’il n’y aura pas de militaires russes en Ukraine. Il n’y a que des volontaires, portés par un élan irrésistible d’aider leurs frères en détresse. Voilà comment l’opinion publique est contrôlée. L’Etat et les médias qui lui sont proches jouent sur la fibre patriotique et sur la fraternité entre russophones. Les médias ne cessent d’expliquer que les russophones d’Ukraine sont opprimés et que le devoir des Russes est de les aider. C’est une propagande incessante. Pour l’opinion publique, la solidarité entre russophones est donc souhaitables et approuvée, y compris par un soutien militaire, tant qu’il ne s’agit pas d’entrer en guerre. Et bien sur, officiellement, la Russie n’est absolument pas en guerre. Donc, pour la majorité des citoyens russes, les militaires russes qui sont allés en Ukraine s’y sont rendus de leur plein gré, sans l’accord des autorités russes, et ils ont ainsi fait preuve d’un esprit de fraternité avec des russophones opprimés. Il n’y a guère de doute là-dessus dans l’opinion publique. C’est ainsi qu’est perçue la guerre en Ukraine.

    Cette affaire peut-elle avoir un lien avec le cessez-le-feu qui a été proposé par Vladimir Poutine ?
    Les deux parties avaient beaucoup de raisons pour déclarer ce cessez-le-feu. Mais pour Moscou, il a permis, effectivement, entre autres, de faire sortir ses soldats et d’éteindre ce début de polémique. Récemment, le président ukrainien Porochenko a estimé que 70 % des soldats russes avaient quitté le territoire et qu’il n’en restait plus que 1 000 en Ukraine. D’après les familles, effectivement, de nombreux soldats sont rentrés, et un certain nombre auraient envoyé des lettres de démission de l’armée. En fonction de ce qui va se passer sur le terrain, la Russie définira sa stratégie. Mais pour l’opinion publique, on peut dire que l’affaire a été étouffée assez rapidement grâce au cessez-le-feu, et gérée habilement par les autorités qui ne veulent pas commettre la même erreur que lors de la guerre de Tchétchénie où le retour des cercueils avait traumatisé l’opinion.

    Les photos du secrétariat d’Etat américain prouvant la présence de soldats russes en Ukraine. State Department

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