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    Hebdo

    Immigration : le piège grec

    media RFI/Sabine Cessou

    La Grèce est devenue l’une des portes d’entrée pour les immigrés africains et asiatiques en Europe. Depuis deux ans, à Athènes, la police traque les clandestins et les vendeurs à la sauvette – souvent des Ouest-africains qui revendent des lunettes ou des sacs à main sur les trottoirs. Un moyen de survie, pour des hommes qui ne rêvent que d’une chose : partir, et s’extirper du piège grec.

    Hamidou et Papiss, deux Sénégalais trentenaires, sont arrivés en clandestins en Grèce ensemble, en 2006, à bord du même bateau affrété d’Izmir à l’île de Chios par des passeurs turcs. Venus par avion à Istanbul, avec un visa commerçant délivré par la Turquie, ils ont ensuite payé 1 200 dollars chacun la traversée. Plus cher que le tarif « normal », pour être sûrs d’arriver sains et saufs. « On ne dit pas tout, raconte Papiss, le regard sombre. Les naufrages ne se passent pas qu’entre la Lybie et l’Italie. Beaucoup de gens sont morts dans l’eau entre la Turquie et les îles grecques ». Ce Dakarois pensait rejoindre facilement, via la route turque, ses frères émigrés en région parisienne.

    Vendeurs ambulants ou manutentionnaires

    Huit ans plus tard, il est toujours à Athènes. Il peut enfin quitter le pays puisqu’il a enfin obtenu, en 2014, sa carte de séjour. Non pas à cause de l’emploi fixe de manutentionnaire qu’il avait dans un supermarché, et qu’il vient de perdre à cause de la crise, mais parce qu’une nouvelle loi permet d’avoir la carte de séjour si des bénévoles aident des personnes âgées ou invalides. « J’ai aidé une vieille dame, j’ai eu mes papiers », explique-t-il. Le fait qu’il parle bien le grec et connaisse un avocat l’a beaucoup aidé.

    Il partage avec Hamidou son deux-pièces du centre-ville d’Athène. Hamidou, lui, n’a que la « carte rouge », en fait de couleur rose, qui atteste de son statut de demandeur d’asile. Il s’est déclaré Mauritanien pour mieux l’obtenir, parce qu’il vient d’un pays, le Sénégal, « où tout le monde sait qu’il n’y a pas de problème ». Il survit en vendant des lunettes de soleil en plastique à 5 euros dans les quartiers touristiques. Les mauvais jours, il joue à cache-cache avec la police. Les forces de l’ordre traquent depuis deux ans les clandestins africains qui vendent des contrefaçons de sacs à main, des baskets ou des DVD sur les trottoirs. « N’importe quel policier peut me déchirer mes papiers et me mettre pendant des mois en centre de rétention, témoigne Hamidou. Je n’ai aucun recours. On nous embarque et on nous frappe. »

    RFI/Sabine Cessou

    La faculté des Sciences économiques, un lieu de refuge

    Certains membres de la police sont des militants du parti d'extrême-droite Aube dorée, qui n'hésite pas à passer à tabac des étrangers. Mais en Grèce, des marques de solidarité existent aussi vis-à-vis des immigrés. La preuve ? Sur l’avenue Patission, en plein centre, ils sont quelques-uns à gagner leur pitance sur le trottoir, malgré la grande rafle en cours dans toute la ville. Un jeune Guinéen, deux Nigérians et un Ivoirien vendent des baskets à 30 euros ou des faux sacs Prada et Louis Vuitton à 20 euros. Ils ont étalé leur marchandise sur des draps où des fils sont attachés à chaque coin, pour pouvoir tout remballer à toute vitesse en cas de descente de la police.

    Les demandeurs d'asile se tiennent juste à l’entrée de la faculté des Sciences économiques d’Athènes, un lieu où ils peuvent trouver refuge. La loi grecque interdit en effet à la police de pénétrer dans l’enceinte des universités, et les Ouest-africains savent qu’ils peuvent compter sur la sympathie des étudiants de gauche. Mamadou Ba, un Guinéen de 26 ans qui a un diplôme d’informatique, s’attendait à trouver un emploi sans problème à Athènes. Il pense avoir subi – dans un pays en crise – les conséquences d’un certain racisme. Du coup, il vend des sacs sur le trottoir et tire le diable par la queue. Fauché, il ne dépense pas plus de 5 euros par jour pour se nourrir. Quand il a soif, il va dans les toilettes de la faculté pour se désaltérer.

    Une présence africaine mal ressentie

    Hamidou, de son côté, refuse de s’asseoir à la table d’un restaurant de la Plaka, au pied de l’Acropole, pour partager un verre. Il sait que sa présence n’est que tolérée par les garçons de café. « Même passer le long des terrasses, c’est compliqué. On nous dit tout le temps de partir, de rentrer chez nous. Nous sommes tous pris pour des voleurs ! » Lui non plus n’a pas réussi à trouver de petit emploi, pas même pour faire la plonge dans un restaurant.

    Les étrangers forment 8,4 % de la population en Grèce selon les statistiques européennes (sur 11,2 millions d’habitants). Pour moitié, ils sont Albanais – et il y a aussi nombre de Syriens et d’Irakiens. La présence la plus « visible » et la moins bien ressentie est sans doute celle des Africains, des Pakistanais et autres Bengalais en quête de travail – et surtout, d’un chemin vers d’autres pays d’Europe.

    Seul problème : la législation européenne veut que les clandestins arrêtés dans l'un pays mambres de l’Union soient renvoyés dans le premier pays où ils ont fait une demande d’asile. Du coup, le jeune Moussa, un Sénégalais qui a tenté d’aller vers l’Italie à pied en traversant la Macédoine, s’est retrouvé à son point de départ, Athènes, reconduit par la police macédonienne.

    Les expulsions vers la Grèce ne sont plus systématiques

    Depuis qu’un demandeur d’asile afghan arrivé en Belgique a été renvoyé en Grèce, et qu’il a porté plainte devant la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH), obtenant en janvier 2011 quelque 20 000 euros de dédommagement, certains pays ont reconnu que les conditions de rétention en Grèce ne sont pas « humaines ». Et cessé, comme le Royaume-Uni, la Suède, la Belgique, l’Islande, la Norvège et l’Allemagne, de renvoyer les demandeurs d’asile vers la Grèce. La France, elle, n’y a pas renoncé. « Les demandeurs d’asile continuent d’être renvoyés en Grèce, quand une association n’a pas le temps de voler à leur secours », explique un porte-parole du Service oecuménique d’entraide (Cimade) à Paris.

    Papiss Sylla, lui, projette d’aller à Paris. Il le dit sans aucun complexe : « Si c’était à refaire, je ne quitterais pas Dakar ! » Une ville qu’il ne pense regagner que dans trois ans. Le temps d’amasser assez d’argent pour revenir la tête haute, sans avoir à parler à personne de sa galère grecque.
     

    Retrouvez notre série : Histoire des migrants morts en Méditerranée.

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