GRILLE DES PROGRAMMES
Monde
Afrique
Mardi 13 Novembre
Mercredi 14 Novembre
Jeudi 15 Novembre
Vendredi 16 Novembre
Aujourd'hui
Dimanche 18 Novembre
Lundi 19 Novembre
    Pour profiter pleinement des contenus multimédias, vous devez avoir le plugin Flash installé dans votre navigateur. Pour pouvoir vous connecter, vous devez activer les cookies dans les paramètres de votre navigateur. Pour une navigation optimale, le site de RFI est compatible avec les navigateurs suivants : Internet Explorer 8 et +, Firefox 10 et +, Safari 3 et +, Chrome 17 et + etc.
    Dernières infos
    Hebdo

    Mia Couto, un Portugais aux tropiques

    media Mia Couto, auteur mozambicain. Il est romancier, chroniqueur, conteur et poète. José Frade

    Un nouveau livre sous la plume d’un maître-conteur au sommet de son art. Mozambicain et lusophone, Mia Couto raconte l’impuissance et la trahison des hommes à travers la fable  de la « pluie maladroite qui ne savait même pas tomber ».

    A Senaller, village dont on ne peut que partir, la pluie flotte entre ciel et terre, refusant obstinément de tomber. Elle reste en suspens, comme si elle s’était endormie, comme le fait remarquer si bien le grand-père du narrateur de La Pluie ébahie de Mia Couto. « Ne riez pas si fort, la pluie est en train de dormir », crie le vieillard à son entourage qui ne semble pas comprendre les implications sociales et spirituelles de ce phénomène qui n’est pas que naturel. La sécheresse avance à grands pas, le fleuve est à sec, les hommes et les bêtes sont à cran. La peur de la catastrophe annoncée exacerbe les relations conflictuelles entre blancs et noirs, hommes et femmes, jeunes et vieux. Tout l’équilibre social est menacé…

    Ainsi va le monde dans le nouveau livre du romancier mozambicain. Un volume bref d’une centaine de pages qui relève davantage du conte ou de la fable que du roman à proprement parler. L’œuvre de Mia Couto, traduite dans le monde entier, se partage entre contes et romans, prose et poésie, les genres se croisant et s’entremêlant grâce à une imagination originale et créatrice. Une imagination dont on a pu apprécier la puissance poétique il y a deux ans lors de la parution en français du précédent roman de l’auteur L’Accordeur de silences qui avait pour thèmes la quête de soi, la mémoire et l’oubli en temps de guerre et de violences.

    Maître du « réalisme onirique »

    Biologiste de formation, Mia Couto est l’auteur d’une vingtaine de titres, une œuvre fascinante et douloureuse qui lui a valu le prestigieux prix Camoës et le prix Neustadt considéré par des observateurs comme la dernière marche avant le Nobel. Ses parents ont quitté le Portugal au début des années 1950 pour émigrer au Mozambique. Leurs trois enfants sont nés dans leur pays d’adoption. Selon la légende, Mia est le nom que le futur romancier se serait lui-même attribué à l’âge de 2 ou 3 ans parce qu’il avait l’impression d’être un chat!

    Venu à la littérature par la poésie et les chroniques, l’écrivain s’est fait connaître au début des années 1990 en publiant son premier chef d’œuvre Terre somnabule. C’est la chronique de la guerre civile qui a ravagé le Mozambique pendant seize ans, racontée à travers les yeux d’un vieil homme et un enfant que relient leurs malheurs communs. Considéré comme un des douze meilleurs romans africains du XXe siècle, ce premier roman de Couto participe du « réalisme onirique » qui caractérise la littérature lusophone. Le Mozambicain a souvent dit sa dette envers la littérature brésilienne, envers les Jorge Amado, les Drummond de Andrade, les Guimares Rosa et plus particulièrement envers Luandino Vieira « qui (lui)a révélé la possibilité de recréer la langue portugaise ».

    C’est d’ailleurs avec une véritable jubilation que Mia Couto recrée dans ses écrits la langue portugaise, ponctuant ses récits de néologismes, de proverbes et de métaphores poétiques. Sa prodigieuse inventivité langagière est devenue la marque de fabrique de ce romancier au style reconnaissable entre toutes. « Notre réalité est si éloignée de la logique portugaise du Portugal qu’elle nécessite que l’on travaille sur la langue, dans le même sens que tout le peuple mozambicain qui transforme cette langue, se l’approprie, la met au service de ses propres valeurs », a-t-il expliqué dans un entretien à une revue française.

    « La pluie est une femme »

    La pluie ébahie illustre à merveille le travail langagier du romancier, que la magnifique traduction française transcrit sans qu’on perde une once de la poésie ou de l’inventivité. Il y est question de « pluviotis », de « pêchitude » ou de « lune électrique ». Une vieille tante qui n’a pas trouvé de mari s’entend dire par son père fatigué d'écouter à longueur de journées des récriminations hystériques de sa fille : « Quand la bouche reste trop longtemps sans embrasser, la salive se transforme en poison. » Mais ce sont les métaphores proposant des rapprochements aussi poétiques qu’inattendues qui font la beauté de l’écriture de Mia Couto. En voici un exemple : « La pluie est une femme, disait ma mère. L’une de ces veuves à la superbe retenue : elle possède une robe de sept couleurs mais ne la porte que les jours où elle sort avec le Soleil. » Ou encore : « la pluie avait perdu son chemin. Il arrivait à l’eau ce qui advient aux ivrognes : elle oubliait sa destinée. On peut soutenir un ivrogne. Mais qui pourrait apprendre à la pluie à reprendre ses sentiers millénaires ».

    C’est cette écriture novatrice qui rend le récit de la pluie et du temps immobile racontée dans La Pluie ébahie à la fois si poignant et pertinent. Poignant car il laisse passer l’émotion, la peur, l’angoisse, les tensions que connaissent les personnages. Pertinent parce que les thèmes abordés dans ce livre rejoignent les inquiétudes qui traversent les société africaine contemporaine. Elles concernent l’environnement détérioré par les industries malpropres et les fumées qui se dégagent des usines. Elles concernent aussi les relations difficiles entre les races et les générations, la place des femmes dans la société, des problématiques qui ne sont pas propres au Mozambique. Tout l’art de Mia Couto consiste à dire l’universel dans une forme éminemment personnelle et superbement maîtrisée. Bravo, maître !

    La Pluie ébahie, par Mia Couto. Traduit du portugais par Elisabeth Monteiro Rodrigues. Editions Chandeigne, 93 pages, 14 euros. 

    Chronologie et chiffres clés
    Sur le même sujet
    Commentaires

    Republier ce contenu

    X

    Vous êtes libres de republier gratuitement cet article sur votre site internet. Nous vous demandons de suivre ces Règles de base

    Le Partenaire s'engage à ne pas porter atteinte au droit moral des journalistes. A ce titre, le Contenu devra être reproduit et représenté par le Partenaire tel qu'il a été mis à disposition par RFI, sans modifications, coupures, ajouts, incrustations, altérations, réductions ou insertions

    Ajoutez cet article à votre site Web en copiant le code ci-dessous.

    Republier ce contenu

    X

    Vous êtes libres de republier gratuitement cet article sur votre site internet. Nous vous demandons de suivre ces Règles de base

    Le Partenaire s'engage à ne pas porter atteinte au droit moral des journalistes. A ce titre, le Contenu devra être reproduit et représenté par le Partenaire tel qu'il a été mis à disposition par RFI, sans modifications, coupures, ajouts, incrustations, altérations, réductions ou insertions

    Ajoutez cet article à votre site Web en copiant le code ci-dessous.

     
    Désolé mais le délai de connexion imparti à l'opération est dépassé.