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    Hebdo

    Ashraf Ghani, l’homme providentiel de l’Afghanistan?

    media La cérémonie d'investiture du président afghan, Ashraf Ghani Ahmadzai (C), à Kaboul. 29 septembre 2014. Reuters/Omar Sobhani

    Le nouveau président afghan Ashraf Ghaniï a mené une brillante carrière d’universitaire et de technocrate outre-Atlantique, avant de revenir chez lui pour servir son pays.

    Pour se faire élire, l’homme a dû se défaire de son image de bourgeois occidentalisé et déconnecté de la réalité afghane. Mais le changement d’image suffira-t-il pour sortir l’Afghanistan de son ornière d’obscurantisme, de pauvreté et de guerre tribale ?

    L’Afghanistan vient de vivre un moment historique avec la prestation de serment de son nouveau président Ashraf Ghani, 65 ans, qui a succédé lundi 29 septembre à Hamid Karzaï, à la tête du pays depuis le renversement du régime taliban en 2001. C’est sans doute la première passation démocratique de pouvoirs dans l’histoire de ce pays qui connaît depuis trop longtemps violences, guerres civiles, invasions et autres calamités. Dans ce contexte l’arrivée au pouvoir d’un homme comme Ghani, considéré comme l’un des plus importants « penseurs globaux » aux Etats-Unis où celui-ci a vécu pendant plus d’un quart de siècle, relève quasiment de miracle. Elle permet d’être optimiste pour l’avenir de ce pays tragique et ancien.

    Ni chef de guerre ni homme politique de métier, Ghani avait créé la surprise en sortant largement vainqueur du scrutin présidentiel de cet été avec plus de 55% des voix. Ces résultats ont certes été contestés, mais leur ampleur n’a pas été mise en cause puisqu’ils viennent d’être proclamés officiellement, ouvrant la voie à l’entrée en fonctions du président-élu.

    Peu connu du grand public, ce dernier a agréablement surpris son auditoire en prononçant un discours d’investiture résolument moderniste et réformateur. Il a mis l’accent sur la défense de l’Etat de droit, le redressement de l’économie et la lutte contre la corruption. Il a aussi marqué les esprits en affichant sa détermination à faire entrer plus de femmes dans la vie politique, contrastant avec la société traditionnelle afghane où la femme est privée d’éducation et doit se cacher dans l’espace public en portant la burqa.

    Le nouveau chef de l’Etat a profité de l’occasion pour rendre un hommage appuyé à son épouse qui se trouvait dans l’assistance et qui a brisé les tabous anti-féministes de la société musulmane traditionnelle en participant à la campagne présidentielle aux côtés de son mari.

    Retour au bercail

    Si Ashraf Ghani s’est révélé aux Afghans à la faveur de son élection à la présidence de son pays, cet ex-universitaire américain et ancien expert à la Banque mondiale n’est guère un nouveau venu dans la vie politique afghane. L’homme y a occupé de différentes fonctions depuis son retour au bercail en 2001, juste après la chute des talibans, d’abord comme conseiller spécial de l’ONU avant de devenir l’un des architectes des nouvelles institutions afghanes dans le cadre des accords de Bonn (2001) pour la stabilisation de l’Afghanistan. Le pays sortait alors d’une longue guerre civile, suivie de cinq ans de régime fondamentaliste sous la férule des talibans.

    Né dans une famille de notables pachtounes, Ghani avait quitté son pays en 1973 pour aller faire des études à l’Université américaine de Beyrouth au Liban. C’est à Beyrouth qu’il a rencontré sa future épouse Roula, chrétienne libanaise et diplômée de Sciences-Po de Paris.

    Lorsque les Russes envahissent l’Afghanistan en 1979, le jeune homme se trouvait depuis deux ans à New York, préparant un doctorat en anthropologie à l’université de Columbia. Il décide alors de s’installer aux Etats-Unis et y fait carrière d’abord comme enseignant universitaire (à Berkeley et à John Hopkins), puis, à partir de 1991, comme spécialiste pays à la Banque mondiale. Spécialiste notamment des pays de l’Asie du Sud et de l’Asie du Sud-Est, il a tiré de ses innombrables séjours dans ces nations en devenir confrontées comme la sienne aux problèmes de développement, son livre devenu un classique du genre intitulé Fixing the Failed States (« Comment faire repartir les Etats faillis ? »).

    Bien que ce livre n’ait été publié qu’en 2009, l’ambition qui traverse ses pages obsède l’exilé Ghani depuis bien longtemps. C’est ce qui explique sans doute son retour en Afghanistan en décembre 2001, après vingt-quatre ans d’exil, animé seulement de l’espoir de pouvoir participer à la reconstruction nationale. Il en a parlé lors d’une récente interview à un journaliste britannique de New Republic qui lui demandait s’il ne culpabilisait pas d’avoir vécu en Occident, alors que l’Afghanistan traversait ses années les plus sombres. « Je ne suis rongé par aucun sentiment de culpabilité, a-t-il declaré, car j’ai passé ces 24 années à apprendre des choses qui pourraient être utiles à mon pays (…). Il m’a semblé que ma mission consistait à être prêt pour le jour où il faudra reconstruire l’Afghanistan. »

    Au cours des premières années qui ont suivi son retour au pays, Ghani évolua dans la galaxie Hamid Karzaï. Il officie comme conseiller économique de l’homme de l’Afghanistan renaissant, avant de devenir le ministre des Finances dans le premier gouvernement Karzaï entre 2002 et 2004. A ce titre, il mena des réformes majeures.

    Les Afghans doivent à ce jeune ministre leur monnaie, leur fiscalité centralisée et leur système de téléphonie cellulaire qu’il a aidé à développer en réglementant l’attribution des droits d’exploitation des fréquences hertziennes. Or, son esprit libre et sa campagne contre la corruption qui gangrenait déjà les nouvelles institutions ne lui valent pas que des amis. Il finit par se brouiller avec Karazaï contre lequel il se présente à l’élection présidentielle en 2009. Il échoue avec un résultat décevant de moins de 3% des voix.

    Métamorphose

    L’échec de 2009 est peut-être le véritable secret de la victoire d’Ashraf Ghani à l’élection présidentielle de cet été. Tout en bousculant sa confiance en soi, cette humiliation a renforcé sa conviction chevillée au corps qu’il avait quelque chose d’unique à offrir à son pays, une vision de son avenir enfin libéré du poids de la corruption, de l’obscurantisme et du féodalisme. Le successeur de Karzaï a forgé ses idées sur la gouvernance au contact du vaste monde en développement qu’il a traversé de long en large pendant sa carrière américaine, au contact aussi des travaux universitaires sur les théories et les pratiques des réformes structurelles, la faillite et le renouveau des pays.

    Cette méditation sur son échec politique a également permis à Ghani de se rendre compte que dans un pays où les deux tiers de la population vivent dans les campagnes et où la moitié des citoyens ne savent ni lire ni écrire, ses discours académiques et pontifiants, son approche intellectualisée et abstraite avait peu d’impacte sur les gens. S’il voulait être élu, il fallait qu’il change de style, change sa manière d’être et de discourir, bref, qu’il se « ré-afghanise ». C’est ce que cet intellectuel brillant et érudit, qui fut technocrate à la Banque mondiale dans une autre vie, a fait.

    Il a laissé pousser une barbe, troqué ses costumes-cravates contre le shalwar-kameez, la tenue traditionnelle afghane, et le turban pachtoun, et a rajouté à son nom son patronyme tribal d’Ahmadzaï pour mieux s’insérer dans le jeu ethnique et tribal qui constitue encore aujourd’hui l’essence de la vie politique afghane.

    On lui reprochait d’être un piètre orateur, plus familier des mœurs sophistiquées des salles de classes universitaires de Berkeley ou de Columbia que des jirga (assemblées) villageoises de l’arrière-pays afghan, infiltrées par des talibans armés. Qu’à cela ne tienne ! Pour les besoins de la campagne, le candidat Ghani a su se transformer en tribun populiste haranguant ses auditoires d’une voix éraillée.

    Enfin, last but not least, il s’est allié avec le très controversé Abdul Rachid Dostom, chef de guerre hazara (tribu du Nord) accusé d’avoir fait massacrer de centaines de prisonniers talibans en 2001. Une alliance qui a provoqué la polémique, mais que le futur chef de l’Etat a qualifiée dans une interview au Guardian de « ticket gagnant » qui lui permettra à terme de mettre en œuvre ses idées progressistes de réforme et de modernisation.

    Manifestement, la stratégie de Ghani était la bonne, car le voilà président. Mais président d’un « Etat failli » dont le redressement nécessitera plus que des métamorphoses de façades ou de style, comme le successeur de Hamid Karzaï l’a lui-même expliqué dans son livre consacré à l’art et les manières de réparer les Etats faillis. Mais, il est vrai, c’était dans une autre vie !

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