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    Hebdo

    Insécurité au Nord-Mali : la Minusma en première ligne

    media Bamako, le 7 octobre : les cercueils recouverts du drapeau de l’ONU des 9 casques bleus nigériens sont portés en terre par les soldats de la paix de la Minusma. Ils sont morts quatre jours plus tôt au nord du Mali, tombés dans une embuscade par des hommes AFP/Habibou Kouyaté

    Dans Appels sur l’actualité, des auditeurs demandent des explications sur la multiplication des attaques jihadistes au nord du Mali contre la Minusma, la Mission des Nations unies pour la stabilisation au pays.

    Le bilan de la dernière embuscade est lourd : neuf casques bleus nigériens ont été tués. L’arrêt de l’opération Serval, en août dernier, a-t-elle un lien avec le retour des groupes terroristes dans la région ? De quels moyens dispose la Minusma, et surtout l’armée malienne, dont la reconstruction en cours est notamment entre les mains de l’Union européenne ?

    Comment expliquez-vous la multiplication des attaques jihadistes contre la Minusma depuis le mois d’août dernier ? N’est-ce pas parce que la force onusienne est quasi seule sur le terrain ?
    Ce constat n’est pas nouveau… Il y a deux mois, le chef de la force de l'ONU, le général Kazura le reconnaissait déjà en disant : « Nos partenaires ne sont plus là, la force française a diminué ses effectifs. C’est la Minusma qui se trouve au Nord… Nous pouvons donc en déduire que nous devenons une cible privilégiée. » En effet, les « partenaires », comme les appellent les Nations unies, sont beaucoup moins « actifs ». Déjà, l’armée malienne - les forces armée du Mali - est localement présente à Gao, à Tombouctou et, tout au nord, à Tessalit, mais elle ne bouge pratiquement pas des camps. A Kidal, fief des rebellions, les Fama ont quitté la ville fin mai, suite à leur défaite contre les groupes MNLA, le Mouvement national de libération de l’Azawad, et HCUA, le Haut Conseil pour l’unité de l’Azawad. Concernant l’armée française, elle est moins présente et moins active dans le nord du Mali. Le président François Hollande a mis fin à l’opération Serval il y a trois mois. Pour lui, la guerre au Mali « est une réussite ». La base à Bamako est donc fermée. Et il reste 1 000 soldats français à Gao, c’est à peu près tout. Tombouctou, Kidal, Tessalit… Les détachements dits « de liaison » comptent entre 30 et 100 hommes.

    C’est pourquoi la Minusma a dû prendre la place…
    En effet, elle a dû combler les vides, se déployer, renforcer ses positions, notamment à Aguelhok et à Kidal. Dans le même temps, il a été demandé à cette force de créer au nord du Mali 10 nouveaux camps, des camps secondaires - un programme qui va durer jusqu'au printemps. Certains de ces camps sont à monter de A à Z. Et toutes ces opérations entraînent des déplacements. Les risques sont donc multipliés. Les 9 militaires du Niger qui ont été tués étaient par exemple chargés du ravitaillement en essence et en vivres des bases au sud de Gao. En plus, au niveau sécurité, les différentes bataillons de la Minusma, tchadien, burkinabè, bangladais ou encore chinois ne sont pas dotés des mêmes équipements. Certains n'ont pas de blindés, d'autres pas de véhicules anti-mines. La Minusman'a pas de moyens d'écoutes. Au contraire des jihadistes, qui ont multiplié les actes mais surtout utilisé des moyens très différents : engins explosifs, mines, attaques kamikaze, tirs de roquette, d’obus. Ils maîtrisent donc mieux le terrain et sont capables de varier les méthodes d’actions.

    Quelles mesures la Minusma a-t-elle prévu pour faire face à ces attaques ?
    Les Nations unies ont promis d’acheter des drones de surveillance… Il y a quinze jours, la Minusma a reçu de nouveaux véhicules blindés qui détectent les mines placées sous les pistes. Selon nos informations, depuis l’attaque de son camp, la Minusma a renforcé les check-points, les miradors : la sécurisation de proximité. Néanmoins, des voix s'élèvent pour dénoncer l'inaction de cette force. Par exemple, à Kidal, la semaine passée, l'immense camp onusien situé au sud de la ville a été attaqué : 8 obus tirés à la nuit tombante. La Force onusienne a mis des heures à faire le point, notamment à définir la zone de départ des tirs, les sites touchés, le bilan humain. Le lendemain, le personnel civil n'a pas été autorisé à pénétrer dans le camp. Joint sur place, un soldat originaire du Sénégal nous confiait : « Nous gardons le moral car nous avons évité le pire, mais nous restons dans le camp ». Une inaction que ne comprennent pas les habitants de Kidal : « Leur base a été attaquée, il y a eu un mort, mais pourtant ils ne réagissent pas. Ils ne viennent pas en ville, encore moins en brousse. On ne comprend pas », expliquait par exemple un commerçant. A Paris, l’état-major de l’armée est sur la même ligne : « Il y a 40 soldats français à Kidal, les casques bleus sont 1 200. Faites le rapport », estime un cadre de l’armée française qui poursuit : « Pour sécuriser cette zone, il n'y a pas le choix. Il faut multiplier les patrouilles, quadriller le terrain. Et de notre point de vue, c'est désormais la mission de la Minusma ».

    L’armée française compte-t-elle quand même renforcer ses effectifs au Nord-Mali ?
    C’est pour le moment exclu de remettre des contingents importants à Kidal et Tessalit comme en 2013. Paris estime, on l’a dit, que c'est à la Minusma de faire ce travail. L’armée française peut participer à des missions collectives et apporter un appui temporaire. La semaine passée, suite à l’attaque du camp de Kidal, des hélicoptères ont par exemple été envoyés pour survoler plusieurs fois par jour la zone.

    En juillet 2014, l’opération Barkhane a succédé à Serval et la présence de l’armée française a diminué au Nord du Mali. Quels sont les moyens et les objectifs de cette opération, sachant que Serval se concentrait sur le Mali, tandis que Barkhane est une mission qui se déploie dans tout le Sahel...
    En ce moment, la zone qui intéresse les militaires, c’est celle qui couvre le nord du Mali et du Niger et le sud de la Libye. L’Etat français, qui défend habituellement « le respect des frontières » lors des conflits - on a entendu mille fois l’expression « respecter l’intégrité du Mali » - a changé de posture et se donne désormais le droit de passer d’un Etat à un autre au nom de la « lutte contre le terrorisme ». Sur le terrain, l'armée française a donc changé de stratégie et tiré les leçons de Serval. Terminé notamment les gros convois visibles à des dizaines de kilomètres. Les Forces spéciales françaises, les FS, sont désormais en première ligne pour débusquer les groupes jihadistes, les surprendre. L'idée, désormais, c'est de couper les axes de déplacement, « d'entraver les flux », comme dit l'état-major français. Notamment les sources de ravitaillement en armes, comme ces mines belges utilisées dans les attaques récentes contre la Minusma et qui proviennent du dépôt d'armes de Brak, près de Sebha, au sud de la Libye. Quant aux arrestations de jihadistes - les militaires parlent de « neutralisation » - le porte-parole du groupe Al- Morabitoune de Mokhtar Belmokhtar, Abou Aasim el-Mouhajir, a été stoppé fin septembre dans la passe de Salvador, tout au nord du Niger. Une opération menée par les FS. En résumé, Serval était une mission d’envergure, avec de gros moyens déployés, beaucoup de communication tant militaire que politique. Souvenez-vous de la déclaration de François Hollande à Bamako après trois semaines d’intervention : « C’est sans doute un des plus beaux jours de ma vie politique. » Sur Barkhane, le président est beaucoup plus discret, cette opération se fait, pour le moment, dans le secret. A l’état-major à Paris, la cellule communication a une réplique favorite : « Nous ne commentons pas cette information ».

    L’armée malienne, en reconstruction, peut-elle affronter seule les jihadistes au Nord-Mali « en pleine résurgence », comme l’a affirmé récemment le général Mahamane Maïga, chef d’Etat-major des Armées ?
    « Nous sommes en mesure de répondre par les armes si les négociations d’Alger échouent », a dit le Général, sûr de lui, mais qui semble un peu loin de la réalité du terrain. Il faut bien faire la différence entre les groupes présents au nord du Mali, entre le MNLA, le HCUA et les mouvements jihadistes comme Aqmi - al-Qaida au Maghreb islamique -, et Mujao – Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’Ouest. Mais en cas de combats, tous utilisent les mêmes méthodes : mobilité, efficacité, discrétion. Et ils ont un atout : la connaissance de la région. L'armée malienne actuelle est bien moins compétente. Souvenez-vous, fin mai, la visite du Premier ministre Moussa Mara à Kidal a été perçue comme une agression par les groupes armés locaux. Les combats qui ont suivi ont entraîné une sévère défaite et la débandade de l'armée malienne. Et les Fama qui ont fui la ville venaient d'être formés par les militaires de l'Union européenne à Koulikouro, non loin de Bamako.
    Une formation accélérée, trois mois, pour au final maîtriser les rudiments du soldat. Les militaires maliens qui sont en ce moment dans le camp d'Amachache à Tessalit sont issus de la première session de cette formation créée pour relancer l'armée malienne. Ils n'ont toujours pas été relevés et leur mission se limite à surveiller le camp. Un exemple parmi d’autres qui montre qu’il faudra sans doute des années pour reformer l’armée malienne.

    Pourquoi le MNLA, qui affirme lutter depuis 2012 contre les jihadistes, n’a-t-il pas réagi  à leurs attaques ? Est-il en position de faiblesse par rapport à eux ? On sait que l’armée française n’aime pas donner de précisions sur ses opérations…
    On sait par exemple que c’est à la demande de l’armée française et de la Minusma que le MNLA a mené en septembre une vaste mission à l’est de Kidal pour récupérer des motos qui n’étaient pas immatriculées. Car depuis cet été, les jihadistes utilisent de plus en plus ce moyen de transport pour mener leurs actions. C'était encore le cas lors de l'attaque à la roquette contre le convoi du Niger. Près de 150 deux-roues ont été ramenés à Kidal. On sait aussi qu’il existe des liens, parfois très anciens, entre le MNLA, l’armée française et les services secrets. Echanges d’informations, missions de localisations… On sait que récemment, les militaires français ont donné des téléphones et des puces à des combattants du MNLA pour échanger des informations. Enfin, les liens entre le MNLA et la Minusma sont très différents. La force onusienne est en effet partie prenante dans les négociations sur le nord du Mali. Elle ne peut pas faire appel à ce mouvement pour une mission de sécurisation ou autre. C’est d’ailleurs le problème central de la région. Tant qu’un accord ne sera pas signé entre Bamako et les groupes du Nord-Mali, la sécurisation de la zone sera impossible. Il faut à terme un désarmement des ces mouvements, un retour de l’armée du Mali pour que la Minusma joue pleinement son rôle.

    Est-il vrai que le chef islamiste Iyag Ag Ghali se trouve au Nord-Mali ? En référence à la récente déclaration du ministre des Affaires étrangères du Mali, Abdoulaye Diop, devant le Conseil de sécurité de l’ONU, le 8 octobre dernier…
    Le ministre des Affaires étrangères du Mali a demandé au Conseil de sécuritéque la Minusma soit dotée d’une force d’intervention rapide pour lutter contre les jihadistes. Et il a en effet lancé cette pique : « Nul n’ignore que le chef terroriste Iyad Ag Ghali circule librement dans le nord du Mali. » Une pique car, comme le dit un spécialiste de la région, « cette déclaration s’adresse bien évidemment à la France et à ses partenaires qui ne font rien pour arrêter Ag Ghali alors qu’ils l’ont clairement localisé ». Dans la première vidéo de propagande jihadiste diffusée cet été, il définissait clairement la France comme un ennemi… Mais il ne semble pas être une cible prioritaire pour les militaires français. Un peu comme dans une fable ou un conte fantastique, Iyad est toujours entouré de mystères : « Il a été vu à côté de Kidal, dans son village près de la frontière algérienne ; il peut partir en Algérie en quelques minutes ; il va voir sa famille là-bas ; on l’a vu parler avec des gens du renseignement », etc. etc. L’Odyssée du lion, comme le surnomme certains Maliens, de celui qui été tour à tour chef rebelle, diplomate pour le Mali, intermédiaire dans la libération d’otages français et désormais leader de son groupe jihadiste, Ansar Dine, semble loin d’être terminée. Iyad Ag Ghali reste quoi qu’il arrive une des clés du Nord-Mali.

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