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    Hebdo

    Le «virus» de l’organisation État islamique atteint l’Asie du Sud-est

    media Photo distribuée par le site de l'Intelligence Group, le 23 septembre, montrant des militants du groupe Abou Sayyaf, qui détient un couple d'Allemands en otage. AFP PHOTO / SITE INTELLIGENCE GROUP

    L’Organisation État islamique a étendu son influence jusqu’en Asie du Sud-est, notamment aux Philippines, où plusieurs groupes armés islamistes lui ont officiellement prêté allégeance ces derniers mois.

    Le drapeau noir de l’organisation État islamique (EI) flotte dans les régions des Philippines où sévissent des groupes armés islamistes. Ce drapeau a été brandi quand le groupe séparatiste islamiste Abou Sayyaf a officiellement prêté allégeance à l'organisation EI sur une vidéo postée sur Youtube en juillet dernier. Lié à al-Qaïda et à l’organisation islamiste indonésienne Jemaah Islamiya, le groupe Abou Sayyaf évolue dans la jungle des îles tropicales qui s’étendent entre l’île de Mindanao, dans le sud des Philippines, et la Malaisie.

    Un second groupe islamiste philippin, celui des Combattants pour la liberté du Bangsamoro islamique (BIFF) a également prêté allégeance au groupe EI en août dernier. Constitué de plusieurs centaines d’anciens rebelles du Front Moro islamique de libération (MILF), il est, contrairement à ce dernier, favorable à la création d’un État islamique dans le sud des Philippines et opposé aux négociations de paix en cours avec le gouvernement.

    Deux autres groupes armés islamistes philippins seraient également proches de l’organisation EI, selon Rommel Banlaoi, président de l'Institut philippin pour la paix. « Nous avons vu le Mouvement islamique Rajah Solaiman et le Khalifa Islamiyah Mindanao (KIM) brandir le drapeau noir depuis 2010. Nous ne savions pas à l’époque qu’il était celui de EI », a-t-il souligné lors d’un forum sur la sécurité organisé à Manille avec le soutien de l’Union européenne. Ces deux mouvements, qui rassemblent des combattants issus d’Abou Sayyaf, du BIFF, du MILF et de Jemaah Ismaiya, militent également pour la création d’un Etat islamiste dans la région de Mindanao.

    L’étendue de l’influence de l’organisation EI est difficile à évaluer

    Cependant, d’autres groupes armés musulmans ont jusqu’à présent gardé leur distance avec le groupe EI, en particulier le plus puissant d’entre eux, le MILF, qui compterait plus de 12 000 combattants. Formé à l’origine par des combattants du Front Moro de libération nationale (MNLF) opposés au traité de paix signé en 1976 avec le gouvernement qui créait un région semi-autonome musulmane, le MILF a finalement signé à son tour un accord de paix avec le gouvernement le 24 janvier dernier. Cet accord global envisage la création d’une nouvelle région semi-autonome dans le sud de l’Archipel, soumise à la charia.

    Quand au MNLF de Nur Misuari, bien qu’il soit opposé à ce nouveau traité de paix et milite désormais, lui aussi, en faveur de la création d’un Etat islamique dans le sud des Philippines, il semble être resté fidèle à ses convictions marxistes.

    L’étendue de l’influence du groupe EI aux Philippines est difficile à évaluer. Elle est essentiellement perceptible sur Internet, sur lequel le groupe Abou Sayyaf multiplie ses mises en scène macabres inspirées par l’organisation EI. Ainsi, un garde philippin, employé par une société privée, a-t-il été décapité le 30 août dernier. Sur une photo postée sur Internet, quatre hommes masqués, armés de fusils d’assauts, posent dans une tente au côté de son corps décapité avec en toile de fond le drapeau noir de l'organisation jihadiste.

    En septembre, Abou Sayyaf a posté une nouvelle vidéo sur YouTube. Deux Allemands, pris en otage en avril dernier alors qu’ils naviguaient entre les Philippines et la Malaisie, y sont montrés à genoux, dans la jungle, tandis que l’un de leurs ravisseurs brandit une hachette. Il menace de les décapiter si une rançon d’environ 4,5 millions d’euros n’est pas payée et si l’Allemagne continue à soutenir les combattants kurdes du nord de l’Irak.

    Une photo diffusée le 15 octobre sur les réseaux sociaux par le groupe Abou Sayyaf, montre l’un de ces otages allemands, Stefan Viktor Okonek, âgé de 71 ans, assis dans une fosse fraichement creusée et tenu en joue par quatre hommes masqués qui brandissent le drapeau du groupe EI. « Abou Sayyaf décapitera ce ressortissant allemand le 17 octobre 2014, à 15:00 h, heure exactement si nos demandes ne sont pas comblées », précise le message qui accompagne la photo.

    Sous le contrôle de ses ravisseurs, un second otage allemand, Henrike Dielen, une femme de 55 ans, avait appelé, quelques jours auparavant, sur un radio locale, les gouvernements philippin et allemand à faire tout leur possible pour les sortir de là. « La situation ici est très stressante, la jungle est très dangereuse, nous ne savons pas combien de temps nous allons pouvoir tenir », avait-elle souligné. Vendredi 17 octobre, juste avant l’heure fatidique, un quotidien local affirme qu’une partie de la rançon aurait été versée.

    Entre 700 et 900 dollars par recrues

    Reste que la menace est prise au sérieux par les forces de sécurité aux Philippines qui ont envoyé des renforts dans le sud de l’Archipel, en particulier sur l’île de Jolo, où sont retenus les otages. Mais le gouvernement hésite à mener une action militaire pour les libérer, craignant pour leurs vies.

    Spécialisé dans la prise d’otage contre rançon, Abou Sayyaf détient au moins dix autres otages parmi lesquels un Suisse, un Hollandais, un Japonais et plusieurs Malaisiens.

    Selon l’armée, l’influence de l’organisation EI sur les groupes armés philippins serait illusoire. « Ces groupes profitent de l'attention internationale apportée à l’EI pour se faire remarquer et tenter de faire augmenter les rançons », a récemment déclaré le lieutenant-général Rustico Guerrero, qui dirige les opérations des Forces armées des Philippines dans l’ouest de Mindanao. « Toutes leurs activités sont de nature criminelle », a-t-il souligné.

    Cependant, plusieurs personnalités ont fait état de la présence de recruteurs du groupe EI sur l’archipel. En août dernier, le maire de Davao, Rodrigo Duterte, a ainsi déclaré que certains résidents avaient été recrutés par le groupe jihadiste dans le sud de l’île de Mindanao et avaient quitté le pays en juillet. Le maire d’Ungkaya Pukan, une localité de l’île de Basilan, a été plus précis. « Des combattants de l’EI sont présents sur l’île de Basilan depuis trois mois. Ils recrutent des jeunes gens à qui ils donnent de l’argent, des armes et des munitions. Ils offrent entre 700 et 900 dollars par recrues. La somme est donnée à leurs parents ou, s’ils sont mariés, à leurs femmes », a déclaré Joël Maturan sur une radio locale. L'ancien président, Fidel V. Ramos, a affirmé dans une interview télévisée qu’une centaine de jeunes Philippins s'entraînaient avec l’organisation EI.

    Le gouvernement n’a pas ouvertement reconnu que de tels recrutements aient eu lieu. Cependant, le ministre des Affaires étrangères a assuré, lors d’une conférence de presse, qu’une enquête était en cours afin de vérifier si l'organisation EI menait effectivement des recrutements aux Philippines. Albert de Rosario a également évoqué d’éventuels recrutements par l’organisation EI ou d’autres groupes jihadistes d’expatriés philippins aux Moyen-Orient. « Nous sommes conscients des dangers si des Philippins partent se battre en Syrie. Ils constituent une menace potentielle pour notre sécurité à cause des thèses extrémistes qu’ils pourraient ramener et qui pourraient se propager ici », a-t-il précisé.

    Afin de lutter contre les menaces d’infiltration de l’organisation EI dans les régions à majorité musulmane qui échappent déjà en grande partie au contrôle du gouvernement, ce dernier compte sur le soutien des anciens rebelles du MILF. « Nous obtenons de l'aide de nos frères musulmans pour nous assurer qu'aucun élément EI ne se glisse dans le pays », a affirmé la porte-parole du gouvernement, Abigail Valte sur une radio locale.

    Confrontés à des négociations délicates sur leur désarmement et sur le projet de loi instituant la future région semi-autonome musulmane, les anciens rebelles du MILF voient dans cette délégation de pouvoir une opportunité pour gagner du poids. « Franchement, c'est la puissance, la ligne de modération, et l'influence du MILF qui empêche la naissance d'un groupe radical vraiment fort », souligne-t-il sur son site internet, appelant le gouvernement à accélérer le passage de loi d’autonomie pour lutter « contre le virus de l’EI ». « Pour nous, les groupes armés philippins qui ont rejoint le groupe EI ne constituent pas une menace, car ils n’ont pas assez de combattants. La menace vient du fait que les idées propagées par EI peuvent être contagieuses », précise-t-il.

    Selon le chef des études stratégiques de l’armée, le général Joselito E. Kakilala, ces groupes risquent en effet d’être radicalisés par le groupe EI et sont « susceptibles de se muter en des organisations terroristes plus sophistiquées et plus meurtrières ». Cette radicalisation « peut compliquer davantage les efforts concertés du gouvernement philippin pour forger une paix durable à Mindanao à travers les accords de paix avec le MILF et le MNLF », explique-t-il.

    En d’autres termes, l’attraction créée par l’activisme de l’organisation EI pourrait briser les espoirs de paix qui existent actuellement aux Philippines entre la majorité chrétienne et la minorité musulmane.

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