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    Hebdo

    Sabine Pakora, actrice noire et «périphérique»

    media Sabine Pakora développe très tôt son goût pour la comédie. DR

    Elle accumule les petits rôles dans des films français, et fait une apparition dans Samba, d’Olivier Nakache et Eric Tolédano. Sabine Pakora, actrice d’origine ivoirienne basée à Paris, ne désespère pas de trouver un réalisateur prêt à « sonder le passé et l’imaginaire colonial » pour lui donner un jour un vrai grand rôle.

    Quand elle parle des femmes qu’elle incarne au cinéma, elle en prend l’accent. « Dans Samba, je suis Gracieuse, une femme un peu traînassante qui tient un salon de coiffure à Paris, du côté de Château d’Eau »… Dans la vraie vie, Sabine Pakora n’a aucun accent. Née en Côte d’Ivoire, cette fille de bonne famille a passé son enfance dans des internats du sud de la France.

    Petite dernière, elle se souvient de l’absence de ses parents et du fait que ses deux sœurs et deux frères, plus grands, ne jouaient pas avec elle. Des soirées télévision à l’internat, elle a retiré très tôt un goût pour la comédie… « Je sortais à 6 ans avec les bottes de mon frère et des collants bleus pour jouer la pépée du gangster que j’avais vue dans un film », se souvient-elle.

    Une carrière entamée par la danse africaine

    Après des cours de théâtre à Montpellier et l’Ecole supérieure des arts dramatiques (Esad) à Paris, puis des stages chez la metteur en scène Ariane Mnouchkine, elle s’oriente très vite vers… la danse africaine. « A l’époque, les castings ne me prenaient pas. C’était la fin des années 1990 et on me définissait d’abord en tant que "black" et pas comme comédienne ». Elle donne des cours de danse et décroche des rôles de danseuse dans des comédies musicales comme Kirikou, en 2007.

    Vers 2010, Sabine Pakora retourne vers le cinéma, sentant le moment venu pour elle. Elle répond à des annonces, participe à des castings… Du coup, elle multiplie les apparitions dans les films, comme Samba ou Les Etoiles de la réalisatrice sénégalaise Diana Gaye – où elle joue une émigrée africaine boute-en-train. On la verra bientôt dans La fille du patron, d’Olivier Loustau, où elle a un petit rôle de manucure, et La dernière leçon de Pascale Pouzadoux, où elle est la femme de ménage de l’une des têtes d’affiche.

    Femme noire au cinéma : « la nounou ou la putain »

    « Mes rôles ne sont même pas des seconds rôles, dit-elle. Ils sont périphériques. Anecdotiques. J’incarne des personnages sympathiques et drôles, mais au fond je pense être une grande tragédienne ! » La France, accuse-t-elle, a un certain retard par rapport à l’ouverture du monde anglo-saxon sur la présence des « minorités » sur les écrans ? Sa réponse fuse : « Les stéréotypes n’ont pas vraiment changé depuis le XVIIIe siècle. La femme noire est la nounou ou la putain. Un personnage bigarré et haut en couleur. »

    Que pense Sabine Pakora de Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu, cette comédie sur quatre couples mixtes au sein d’une même famille de la province française, un gros succès au box office ? « J’ai envie de dire au réalisateur : déjà, sondez votre univers, avant de faire un film sur ce sujet avec un imaginaire colonial… »

    La remarque est aussi valable pour la représentation de la femme, qui n’existe souvent dans les films que « raccrochées à des hommes et sans exister en tant que telles, avec un personnage masculin qui est toujours au centre ». Dans le cinéma américain, les lignes ont bougé, même si Denzel Washington incarne toujours « l’archétype du mâle noir », avec des héroïnes noires aseptisées. « Halle Berry ressemble à une Blanche et entre dans des canons de beauté très standard, 48 kg, taille mannequin et petit nez pointu », note-t-elle.

    Etudes et livres de sociologie

    En attendant de voir de « vraies femmes et de vraies Noires » au cinéma, Sabine Pakora poursuit des études d’anthropologie à l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS). Par curiosité et besoin de comprendre la société dans laquelle elle vit, explique-t-elle. « Je rêve de rencontrer un réalisateur super intéressant qui aurait travaillé sur sa façon de se représenter l’autre, travaillé sur l’imaginaire, y compris l’héritage colonial ».

    Elle aurait adoré travailler avec Ousmane Sembène, réalisateur et écrivain sénégalais mort en 2007, et voue une grande admiration à Boris Lojkine pour le film Hope, présenté cette année à Cannes qui retrace le parcours de migrants vers Melilla. « C’est le seul qui est parvenu à parler des rapports sociaux de race, de classe et de domination avec un regard dans lequel je me sens plus à l’aise », dit-elle.

    Elle cite aussi Newton Aduaka, un Nigérian dont elle apprécie l’univers. Quant à Abdellatif Kechiche, réalisateur de Vénus noire et La vie d’Adèle, il représente une « icône ». « C’est lui qui révolutionne le cinéma français d’aujourd’hui », estime-t-elle. Mais elle l’avoue très franchement : pour l’instant, elle préfère lire des livres de sociologie que d’aller au cinéma.

     

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