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    Taiye Selasi: «Je ne suis pas une femme littéraire normale»

    media Taiye Selasi, romancière et incorrigible «afropolitaine» Catherine Helie

    Héritière de la longue tradition romanesque de l’Afrique anglophone, Taiye Selasi fait partie des nouvelles voix qui sont en train d’émerger. Objet d’une réception dithyrambique, Le ravissement des innocents est son premier roman.

    La Ghanéenne Taiye Selasi est sans doute la plus belle femme écrivain du monde. Il y a quelque chose de top-modèle dans sa façon d’être et de se tenir. Les gens se retournent dans le métro pour la regarder. La splendide coiffure afro qu’elle porte souvent, avec tant de grâce et sophistication, n’est peut-être pas étrangère aux réactions que cette jeune trentenaire provoque un peu partout où elle va.

    La romancière est consciente de l’effet magique de son passage et elle en joue avec un savoir-faire digne des meilleures agences de communication du monde. Lors d’une conférence de presse à Toronto à l’occasion de la sortie de son magnifique premier roman, elle est venue chaussée de chaussures en verre serties de petites lampes bleues et clignotantes. A Londres, elle a fait sensation en apparaissant devant ses lecteurs vêtue d’une veste stylée aux manches bouffantes et un pantalon en cuir qui sculptait ses jambes de déesse.

    « Je ne suis pas une femme littéraire normale », répète à l’envi la jeune Selasi à tous ceux qui s’étonnent de son look si peu « écrivainesque » et conventionnel ! Toutefois, son extravagance vestimentaire –tout comme le souci de la romancière de mettre en relief sa beauté si singulière- ne peut préjuger de la qualité de son œuvre où la légèreté n’est que de façade. Son premier roman Le ravissement des innocents, pour le lancement duquel elle est venue à Paris cet automne, lui a valu des éloges dithyrambiques à travers le monde. Elle a été complimentée pour sa prose métaphorique et luxuriante, pour sa narration éminemment originale d’une histoire d’amour aussi universelle qu’africaine.

    Universelle et africaine

    Universelle et africaine, ce sont peut-être aussi des termes qui définissent le mieux le parcours de la romancière. Née à Londres en 1979, d’une mère ghanéenne et d’un père nigérian, tous les deux médecins, Taiye Selasi a grandi dans les banlieues cossues de Boston. Elle est ensuite passée par Yale et Oxford où elle a obtenu une maîtrise en relations internationales, avant de faire un détour par Wall Street où elle a travaillé un temps pour un fonds d’investissement. Elle est aussi photographe, documentariste et pianiste. Elle avoue avoir puisé dans ces différentes disciplines son art de romancière qui ne se contente pas de raconter, mais donne aussi à voir et entendre les couleurs et la musique de ses mondes fictionnels structurés comme autant de symphonies. « C’est sans doute parce que j’ai été une pianiste ratée que je suis devenue romancière », aime-t-elle dire.

    L’écrivain aime aussi rapporter que ce qui fut particulièrement déterminant pendant sa période de formation, c’était son séjour à Oxford où elle s’est retrouvée, un soir, attablée à côté de Toni Morrison dont la nièce avait produit l’une de ses pièces. Elle s’est confessée à la grande dame des lettres mondiales d’avoir toujours rêvé écrire, dès l’âge de 4 ans, mais qu’elle avait peur de se lancer. « Je lui ai dit que j’écrivais, mais je n’osais jamais aller jusqu’au bout, par peur d’être confrontée à mes limites. » Morrison, qui connaissait un peu la jeune fille, lui a donné rendez-vous aux Etats-Unis un an plus tard, si possible avec un manuscrit qu’elle s’est portée volontaire pour relire.

    Bel encouragement ! Peu d’écrivains en herbe ont la chance d’être relus par une prix Nobel de littérature. Pour ne pas rater la chance venue frapper à sa porte, Selasi a envoyé son manuscrit, avant le deadline fatidique. Il s’agissait d’une nouvelle : The Sex Lives of African Girls; un récit d’abus sexuel mettant en scène trois générations de femmes noires prises dans le piège de désir et de pouvoir. Ce sera le premier texte de Selasi à paraître dans une revue littéraire majeure, à savoir la revue Granta. La nouvelle figure aujourd’hui dans le recueil des meilleures nouvelles américaines contemporaines. C’est le début de la consécration pour la future romancière.

    Or, si Toni Morrison avait proposé de relire le manuscrit de la jeune doctorante d’Oxford, c’est peut-être aussi parce qu’elle avait eu entre les mains un autre texte que celle-ci avait publié en 2005 dans un magazine londonien peu connu du grand public. Bye-bye Babar (Or : What is an Afropolitan ?), n’était pas un texte de fiction, mais un essai sociologique sur l’émergence d’une nouvelle génération d’Africains. Selasi les appelle « Afropolitans », car ils sont, dit-elle, les produits des cultures urbaines de l’Occident où leurs parents ont émigré dans les années 1970-80.

    Qui sont ces Afropolitains ? Ils sont Ghanéens, Nigérians, Libérians, Sud-Africains ou autres continentaux, souvent très diplômés et professionnels de haut niveau, culturellement métis. Leurs quotidiens sont faits de télescopages de différents codes culturels et existentiels. « London meets Lagos meets Durban meets Dakar », écrit Selasi. Cela donne des hommes et des femmes complexes, sophistiqués, intérieurement riche. Leurs récits, longtemps marginalisés, ont pris d’assaut les citadelles littéraires du monde où les Afropolitains veulent laisser leur empreinte. Dans ce contexte, comment s’étonner que Bye-Bye Babar soit devenu le manifeste de la jeune diaspora africaine montante, métisse jusque dans leurs neurones ?

    Les Afropolitains entrent en scène

    Le succès que rencontre Le ravissement des innocents de Taiye Selasi témoigne de la centralité de la question afropolitaine dans la société occidentale contemporaine. Traduit déjà en 17 langues, ce premier roman particulièrement réussi raconte les heurs et malheurs de la jeune diaspora africaine en Occident qui tente de bricoler une nouvelle identité sur laquelle elle peut s’appuyer pour aller de l’avant. L’Afrique est derrière eux et en même temps un ingrédient majeur de leur identité « afropolitaine ».

    Un premier roman envoûtant, recommandé par Toni Morrison et Salman Rushdie Gallimard

    D’ailleurs, une grande partie du roman de Selasi se déroule en Afrique. Le récit s’ouvre au Ghana où le patriarche de la famille Sai est en train de mourir d’un infarctus brutal. Cette agonie est le point de départ de longs flashbacks qui structurent la narration. Grand chirurgien respecté aux Etats-Unis (« artiste du scalpel »), l’agonisant fut victime autrefois d’une terrible injustice professionnelle motivée par le racisme. Il fut pour cela renvoyé de son hôpital. Ne pouvant supporter cette humiliation, Kwaku Sai abandonna sa ravissante épouse Fola et ses quatre enfants (Olu, Taiwo, Kehinde et Sadie) pour revenir dans son pays natal, pour se remettre de ses blessures tant morales que psychiques.

    Saga familiale, Le ravissement des innocents est bâti autour de ce drame fondateur. Avec habileté et un sens aigu de construction et de déconstruction, Selasi entremêle les souvenirs du patriarche mourant et les expériences de vie des autres membres de la famille pour raconter l’histoire des Sai, sur fond d’une planète mondialisée.

    Or ce n’est pas un hasard si le récit commence par la mort du patriarche. Cette mort marque un tournant dans l’histoire de l’immigration africaine qui s’est réduite pour la génération des Kwaku et des Fola à ses aspects les plus simplistes. Les véritables protagonistes de ce livre sont peut-être les quatre enfants Sai dont le vécu diasporique, ponctué de succès et d’échecs, d’amours et de haines ordinaires, laisse entrevoir la possibilité pour eux de revendiquer une identité africaine plus complexe, qui n'est plus réductible à la question de la couleur de la peau.

    Pour autant, il serait injuste de réduire ce beau roman à son aspect politique. Selasi s'insurge contre une conception militante de la fiction. « Je ne crois pas que la fiction soit un exercice de politique identitaire, aime-t-elle répéter. Pour moi, écrire, c'est une quête, une quête de beauté et de vérité. Si par mes écrits je réussis à apporter un peu de beauté dans ce monde si dur, j'en serais amplement satisfaite », note-t-elle avec un sourire à la fois malicieux et désarmant.

    ♦ Le ravissement des innocents, par Taiye Selasi. Traduit de l’anglais par Sylvie Schneiter. Coll. « Du Monde entier », Editions Gallimard, 369 pages, 21,90 euros.

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