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    Hebdo

    Au Paraguay, la révolte équitable des cultivateurs de canne à sucre

    media Alejandro Godoy, un des 1 750 membres de la coopérative, avec sa femme devant leur maison, amplement rénovée depuis qu'il a rejoint l'Organisation. RFI/Tony Robin

    Née de l’utopie d’un groupe de paysans exploités, la coopérative Manduvirá va devenir le premier producteur mondial de sucre bio. Associée au commerce équitable, la collectivité est un îlot d’espoir pour les communautés rurales paraguayennes dévastées par l’agriculture intensive. 

    Andrés González n’a rien oublié de l’immuable rituel de ses après-midi d’enfance. A la sortie de l’école d’Arroyos y Esteros, alors village de paysans misérables sous la tyrannie (1954-1989) du général Stroessner, son père l’attendait avec les récoltes de la matinée. L’homme et son fils devaient parcourir les sept kilomètres qui séparaient la parcelle familiale de l’entrepôt de l’unique acheteur potentiel. Partis en début d’après-midi, ils rentraient à la nuit tombée. Avec, rarement, quelques guaranis en poche.

    Si quarante ans plus tard, un quart des « 5-17 ans » paraguayens est encore employé dans les champs ou dans les tâches domestiques, plus aucun enfant ne travaille à Arroyos y Esteros. Andrés González est, lui, devenu directeur administratif de Manduvirá, la coopérative qui a révolutionné la vie des 25 000 habitants de ce bourg, situé à 70 kilomètres au nord-est d’Asunción.

    Tout change avec la certification « commerce équitable »

    Lancée en 1975 par 39 précurseurs, malgré la répression systématique contre les classes paysannes, Manduvirá doit attendre quinze ans et la chute de la dictature pour être enregistrée comme coopérative agro-industrielle. L’ère néolibérale qui débute ouvre sans contrôle les portes de l’agriculture nationale aux investisseurs étrangers.

    Le Paraguay, pays au taux de déforestation le plus élevé du monde, change brutalement de climat. Les producteurs d’Arroyos y Esteros se retrouvent avec une monoculture de canne à sucre, la seule plante encore capable de pousser avec régularité malgré les conditions changeantes. La faim gagne les rangs, les familles peinant à écouler leurs stocks sur le marché local.

    Jusqu’à la visite inattendue en 1995 d’un émissaire allemand de Fairtrade International. L’obtention de la certification « commerce équitable » en 2004 fait alors passer les membres de Manduvirá « du jour au lendemain de petits producteurs locaux à exportateurs internationaux », selon la formule d’Andrés González.

    Grâce à la certification, les membres de la coopérative vendent aujourd’hui leur canne à sucre sur le marché mondial à un prix 80% supérieur à celui du marché local. La coopérative distribue ses produits dans plus de 30 pays, dont la France, grâce au soutien de la société Ethiquable.

    En avril dernier, suite aux apports de coopératives internationales de microcrédits, les 1 750 familles membres ont même pu inaugurer leur propre usine de transformation certifiée équitable et biologique, se séparant ainsi des derniers intermédiaires de la chaîne de production.

    Bientôt premier producteur et exportateur de sucre bio

    Depuis sa terrasse, Anastasio Rodriguez peut observer tout le processus de transformation. Ancien apiculteur, il a vendu une partie de ses terres pour que Manduvirá y édifie la fabrique. Pour le septuagénaire, « la coopérative est une magnifique réussite démocratique au milieu d’un pays rongé par la corruption et la violence ».

    Par le truchement du commerce équitable, la coopérative investit la moitié des primes reçues dans l’amélioration des services techniques et dans l’aide à l’accès aux soins et à l’éducation. L’autre moitié est partagée entre les membres. Le paysan qui possède la plus petite parcelle de terre perçoit la même prime que le directeur de la coopérative. Avec 20 000 tonnes commandées pour 2015, Manduvirá va devenir le premier producteur et exportateur de sucre bio du Paraguay, nouveau leader mondial devant le Brésil.

    Pour Andrés González, le modèle de Manduvirá « peut se répéter dans toutes les communautés du monde où l’Etat est absent ». Au Paraguay, déjà un million d’habitants, soit 15% de la population globale, a quitté les campagnes depuis la fin de la dictature. En cause, l’avancée de l’agriculture intensive et les violences collatérales provoquées par les conflits d’intérêts entre grands propriétaires terriens et petits producteurs familiaux.

    Le père d’Andrés González est, lui, toujours producteur de canne à sucre. Mais, membre de la coopérative Manduvirá, il ne parcourt plus quotidiennement 14 kilomètres et ses revenus sont assurés avec une saison d’avance. Son fils ne travaille plus la terre. Et en un après-midi, il est récemment parvenu à couvrir la distance Bruxelles-Paris pour participer à deux colloques sur le commerce équitable le même jour dans deux pays différents. Ses journées ont changé, mais pas son destin, lié à jamais à celui des cultivateurs de cannes à sucre d’Arroyos y Esteros. 

    L'usine de transformation est ultra-moderne, mais les paysans travaillent toujours à l'ancienne, utilisant notamment les charrettes à bœufs pour le transport de charges. RFI/Tony Robin

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