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    Hebdo

    Sur les traces de «La petite Egyptienne» de Sabine Weiss

    media La petite Egyptienne, 1983. ©Sabine Weiss

    Le Salon de la photo présente une rétrospective de l’œuvre de Sabine Weiss du 14 au 17 novembre, à Porte de Versailles, à Paris. Dernière représentante du courant humaniste, découverte par Robert Doisneau, la photographe cherche à « saisir l’instant, exprimer l’émotion, attraper le geste ou l’ambiance de la chose vue » : les amoureux, les pauvres, les vieux mais aussi les enfants, dans le Paris des années 1950… et dans le monde entier. Icone du XXe siècle, sa photo de La petite Egyptienne est l’image préférée de Valérie Nivelon. Elle vit avec depuis trente ans. Après avoir rencontré Sabine Weiss pour réaliser son portrait sonore - à écouter dans La Marche du monde -, elle décide de partir sur les traces de l’inconnue de la photo. Philippe Guionie, un des neuf photographes choisis par le Salon de la photo pour rendre hommage à Sabine Weiss, lui emboîte le pas. Ensemble, ils ont mené l’enquête de Paris à Louxor. C’est leur périple, chargé d’émotions intenses autant qu’inattendues, que L’Hebdo choisit de publier cette semaine.

    Taïeb n’en croit pas ses yeux. C’est lui l’enfant qui fait le salut militaire sur le petit photogramme noir et blanc… Je n’en reviens pas non plus. Je lui demande d’identifier les deux autres visages sur la planche-contact. « Ce sont mes grandes sœurs, Zeinab et Oum ». Je questionne encore… Et entre les deux clichés, en gros plan, la petite fille aux cheveux noirs ? « Je vous dis que c’est ma sœur, Oum Khalthoum, exulte Taïeb. C’est le visage de Oum ! Je reconnais tellement ses yeux et son sourire. Comment ne pas se souvenir de son sourire ? » L’ambiance est électrique dans la grande maison aux murs de terre. Le ventilo donne un peu d’air, le thé réhydrate… Il fait 40 degrés dehors. Zeinab éclate de rire devant l’air effaré de son frère, tandis que leur mère, toute de noir vêtue, déborde d’émotion : ce sont les images de ses trois enfants ! Les rires se mêlent aux larmes, les petits-enfants aussi veulent voir, et le reste de la fratrie. Aurions-nous retrouvé la petite égyptienne de Sabine Weiss ?

    Son carnet de notes siglé « Egypte » : un trésor

    Novembre 1983. Sabine Weiss s’envole pour Le Caire avec Hugh, son mari peintre. Elle s’intéresse aux coptes et veut découvrir leurs rituels, notamment le pèlerinage de Marguiguirgiz, à quelque 40 kilomètres de Louxor, sur la rive ouest du Nil. « Mais la petite Egyptienne n’est certainement pas copte, me raconte Sabine que je suis allée voir en juin dernier dans son atelier. Je l’ai croisée sur la route, de l’autre côté du fleuve. Elle m’a beaucoup plu, cette petite fille. Elle est la joie de vivre… Et depuis, beaucoup de gens l’ont aimée ».

    C’est suite à cette conversation que l’envie m’est venue de partir à Louxor sur les traces de la petite Egyptienne. Je balance un texto au photographe Philippe Guionie. Illico, il me répond « banco ». Très vite, j’annonce à Sabine Weiss que nous partons sur ses traces à Louxor. La photographe humaniste se prend au jeu et, pendant l’été, elle fouille pour nous ses archives. Elle en sort un trésor : son carnet de notes siglé « Egypte ».  C’est inespéré ! L’enquête démarre pour de vrai.

    Sabine me fait la lecture. Les détails du voyage lui reviennent… C’est bien de l’autre côté du Nil qu’elle a photographié sa petite Egyptienne. Mais où ? « Sur une route… Je me souviens, à droite, il y avait deux colonnes dont une cassée. Et cette petite, elle vendait des poupées de chiffon… » C’est un indice de plus. Mais l’heure tourne et Sabine finit par me coller toutes ses archives dans les bras. J’ai 48 heures pour trouver où la photographe a bien pu saisir le visage du bonheur.

    Planche-contact de Sabine Weiss. Au centre, Oum Kalthoum, «La petite Egyptienne», une photo réalisée en 1983 à Louxor (Egypte) et devenue une icône du XXe siècle. A sa droite, sa sœur et son petit frère. Philippe Guionie/Myop

    Je retiens deux villages : Gourna et Medineh Habou

    Je passe à la loupe la centaine de planches-contacts de son voyage en Egypte, mais aussi son carnet de notes, ainsi que les diapos couleurs dont elle avait oublié jusqu’à l’existence. Je les passe une à une à la visionneuse. Le Caire, le Nil, Karnak… « Pierre de Fenoyl photographiait les pierres et moi les gens », dixit Sabine, malicieuse. Incroyable : je tombe sur une diapo couleur de la petite Egyptienne ! Je ne peux pas réveiller Philippe Guionie, il est 2h du mat. J’envoie mon scoop par texto. Maintenant, il faut dormir. Dimanche très tôt je m’y remets, je croise les notes de Sabine avec ses clichés, je passe en revue tous les villages de la rive ouest du Nil sur googlemap. J’en retiens deux : Gourna et Medineh Habou.

    Philippe Guionie prend le relais. Il ausculte à son tour les archives de Sabine, revient sur les éléments sélectionnés. La planche-contact de la petite Egyptienne avec les deux autres enfants : qui sont-ils ? L’unique diapo couleur est une sacrée surprise, un choc visuel. Puis il zoome : en regard de la pellicule « 52 », Sabine a noté : « petite fille aux cheveux noirs sur la route de Ramsès II ». Il a eu l’œil.

    Septembre 2014. Philippe et moi, nous nous envolons pour Louxor. Nous retrouvons notre traducteur au Windsor Palace Hôtel, là où Agatha Christie aurait écrit Mort sur le Nil. Première traversée du fleuve. Les bateaux de croisière rouillent par rangée de dix depuis la révolution. A peine débarqué, notre interprète fonce dans le tas des vieux taximen. « Vous connaissez cette gamine ? C’est une fille des villages alentours, elle doit avoir dans les 40 ans aujourd’hui ».

    L’image de la petite Egyptienne passe de mains en mains. Les hommes enturbannés s’animent, chacun y va de son avis. « Ismaïl ! », appelle soudain un homme en djellaba. L’adolescent surgit de l’embarcadère. « Regarde cette fille, elle a vraiment un air de famille avec les femmes de Medineh Habou. On dirait ta mère ou ta tante ! ». Ne pas s’emballer. Se concentrer. Philippe photographie, moi j’enregistre, Walid traduit : « Dans les villages alentours, les familles n’ont pas bougé. Mais avec la désertion des touristes, les hommes n’ont plus de travail. On devrait les trouver chez eux. »

    « J’ai immédiatement reconnu ma femme »

    A Medineh Habou, un temple, quelques maisons, aucun touriste. Nous prenons rituellement le thé. Se réhydrater, échanger. Je suis la seule femme sur la terrasse d’une boutique vide. La photo repasse de mains en mains, jusqu’à l’oncle d’Ismaïl, censé reconnaître la gamine aux boucles noires, mais il reste muet. Notre enthousiasme retombe. Philippe discute avec les hommes. Avec la crise, le gouvernement a arrêté les fouilles archéologiques. Les hommes n’ont plus de travail. « Quel exemple donne mon fils à ses petits-enfants ? », interroge un grand-père. « Toute la journée au café ! Chaque jour on se dispute à cause de l’argent. »

    Taiëb, le frère d’Oum Kalthoum: c'est le petit garçon qui fait le salut militaire sur la planche-contact de Sabine Weiss. Philippe Guionie/Myop

    Après un long moment d’absence, l’oncle d’Ismaïl réapparaît avec une vieille photo à la main. Et commence à parler : « Je n’ai rien pu dire tout à l’heure, trop d’émotion. Mais j’ai immédiatement reconnu ma femme. Elle a eu une crise cardiaque, il y a dix ans. On se connaissait depuis l’enfance. On était des petits marchands, pour les touristes. A l’âge de 16 ans, nos familles nous ont mariés. La fête s’est déroulée juste là, devant le mur du temple : le 6 juin 1988. »

    Ahmed Abdel nous montre une jeune femme éclatante, donnant le sein à son enfant. « Le bébé, c’est Amira, notre dernière fille, poursuit Ahmed. Elle avait un an quand sa mère est morte subitement, et l’homme, c’est moi. » Nous sommes sidérés, c’est bien le sourire de la petite Egyptienne. « Quand vous êtes arrivé et que vous avez raconté l’histoire de votre amie Sabine, poursuit Ahmed Abdel, l’odeur de mon amoureuse m’est revenue, comme on dit chez nous. »

    Pendant trois jours, nous avons partagé le quotidien de cette famille où l’expression de la petite Egyptienne se lit sur les visages des femmes. Même éclat, même force de vie. Zeinab raconte en riant comment Oum jouait au chat et à la souris avec les policiers pour vendre ses poupées de chiffon aux touristes. En m’apprenant à faire le pain, elle me raconte comme elles étaient complices.

    Zeinab Salama, la sœur de Oum Kalthoum: c'est la petite fille à droite de «La petite Egyptienne» sur la planche-contact de Sabine Weiss… Ici en train de préparer le pain pour le mariage d'une voisine le lendemain. Philippe Guionie/Myop

    Nous sommes sur le toit terrasse de la maison, entre femmes, loin du regard des hommes. Nous devons en faire 50 car demain, c’est mariage. Le mariage de deux jeunes du village, repoussé de mois en mois à cause de la crise. Sans travail, le fiancé a eu toutes les difficultés du monde à réunir la dot. Ici au village, les hommes n’ont plus les moyens d’être polygames… Et ça nous fait bien rire !

    Zeinab et Oum n’ont que dix-huit mois d’écart, et en regardant gonfler les pains ronds avant qu’ils aillent au four, je réalise combien elles se ressemblent, elles ont le même sourire. Nous sommes si loin du Caire et du danger intégriste. A ma grande surprise, Zeinab retire son voile pour me montrer ses cheveux noirs et bouclés, comme ceux de Oum !

    Il est temps de redescendre pour partager le repas. Hamna, la maman, a tenu à réunir la famille avant notre départ. Quelques mots d’anglais, beaucoup de gestes et de regards, c’est ainsi que nous communiquons, assises par terre, mangeant avec nos mains.

    Un dernier thé nous réunit tous, hommes et femmes, dans la pièce de réception, là où nous avions été accueillis le premier jour. Serrée contre sa grand-mère qui l’a élevée et qui la chérit, Amira, la fille de Oum, écoute en silence son oncle, le plus jeune des frères de sa mère, Abdel Nabil, qui conclut : « Oum était une fille libre, elle ne se laissait pas faire ».

    Oum Kalthoum est partie avant la révolution que traverse son pays. Mais elle aura laissé une image intacte à sa famille. Tandis que nous repartons, les enfants nous accompagnent, Philippe joue à photographier une dernière fois Amira dans la ruelle. Je revois sa mère au même âge, devant l’objectif de Sabine Weiss. Un Instant décisif.

    Amira, 11 ans: c’est la fille de «La petite Egyptienne», qui s'appelait Oum Kalthoum – dont la famille se souvient comme d'une femme libre. Philippe Guionie/Myop

    Pour en savoir plus

    A écouter : Le portrait sonore de Sabine Weiss dans l'émission hebdomadaire de Valérie Nivelon, La Marche du monde le 15 novembre 2014.

    Philippe Guionie, photographe 

    Historien de formation, Philippe Guionie « revendique une photographie documentaire autour des thèmes de la mémoire et des constructions identitaires ».Ce portraitiste a un postulat : « Poser des visages sur des mémoires humaines qui n’en ont pas, en associant souvent photographies et enregistrements sonores. (Il) écrit en photographie une histoire humaine et l’inscrit dans le temps, celui de la mémoire partagée et celui du temps présent ». Philippe Guionie est membre de l'agence Myop et représenté par la galerie Polka.

    Le Salon de la Photo, c’est du 13 au 17 novembre, Porte de Versailles à Paris. Hall 4, Paris Expo.

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