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    Grèce: sur la route avec les migrants syriens

    media Beaucoup de migrants choisissent de laisser un passeur organiser l'ensemble de leur trajet jusqu'en Allemagne, en Suède ou au Danemark. RFI/Charlotte Stiévenard

    Les Syriens ne restent pas en Grèce : cette année, sur les 23 500 qui ont été contrôlés à l’entrée, seuls environ 400 auraient demandé l'asile dans ce pays. La plupart cherchent à poursuivre leur voyage vers le nord de l'Europe par avion ou par bateau, en passant par l'Italie ou par la terre, toujours dans l'illégalité. Une des routes principales passe par la Macédoine, mais ces dernières semaines un renforcement des contrôles en conduit beaucoup à se tourner vers l'Albanie, considérée comme plus difficile à traverser. Reportage.

    Il fait encore sombre dans le grand hall de la gare des bus de Kifissou à Athènes. Accrochés au plafond, de grands panneaux lumineux éclairent le sol de leur lumière bleutée : Corfu, Étolie-Acarnie, et surtout Ioannina, une ville située au nord-ouest de la Grèce. Un groupe de neuf Syriens attend le bus. Ils ont décidé de rejoindre l'Allemagne en passant par l'Albanie. Tous portent des bonnets, des vestes chaudes et des sacs à dos noirs qui se ressemblent, comme l'uniforme d'une armée à bas coût. Tous sont allés faire leurs courses dans les boutiques de la rue Acharnon à Athènes, où se fournissent la plupart de ceux qui entament ce voyage.

    Comme n'importe quel passager, ils montent dans le bus de la compagnie grecque KTEL, qui doit leur permettre d'arriver jusqu'à Ioannina. A entendre parler arabe dans la moitié du bus, ils s’aperçoivent qu'ils ne sont certainement pas les seuls à tenter le voyage ce jour-là. Alors qu'ils quittent Athènes, un des jeunes du groupe de Syriens lance sur son portable une chanson de Fairouz, cette chanteuse libanaise dont la voix résonne dans tout le Moyen-Orient.

    Quand on lui demande pourquoi il a quitté son pays, cet ancien étudiant en archéologie répond sans l'ombre d'une hésitation « Je veux vivre ». Comme les huit autres Syriens du groupe, il vient d'une région conservatrice à l'est du pays où la vie est devenue impossible avec l'arrivée cet été de l’organisation Etat Islamique. Depuis, les arrestations ont été nombreuses, tout le monde se surveille, pas de musique, la barbe est de mise et la violence règne. Par peur des représailles, il préfère que l'on ne donne pas son nom. On l'appellera donc Omar.

    Il a 25 ans. Avec son petit frère et leur oncle du même âge, ils ont donc mis le cap sur la Turquie, puis sur l'Europe, par bateau d'abord et maintenant par la terre. Seulement deux jours après leur arrivée à Athènes, ils comptaient partir pour la Macédoine, mais une vague d'arrestations avait eu lieu quelques jours plus tôt. Ils ont donc finalement choisi l'Albanie, même si le risque est plus important de passer du temps dans les geôles des commissariats albanais.

    La plupart des Syriens du groupe veulent se rendre en Allemagne, car ils ont de la famille là-bas. Dans le bus, ils s'essaient aux quelques mots d'allemand qu'ils connaissent. « Ein, zwei, drei, vier, fünf », égrène le jeune oncle avec une pointe de fierté. Son frère habite en Thuringe, mais ils pensent aller à Cologne, car selon eux il serait plus facile d'y obtenir l'asile et « car il y a du travail », paraît-il.

    Une solution qui arrange bien les passeurs

    A l'arrivée à Ioannina, les groupes se dispersent. Un des Syriens va acheter les tickets de bus qui doivent les mener jusqu'à un village avant Kakavia, le poste-frontière avec l'Albanie. Peine perdue, les guichetiers refusent de vendre des tickets de bus aux migrants à qui ils demandent leurs papiers pour vérifier. « Ordres de la police », disent-il. Même réponse chez les taxis qui ont reçu les mêmes consignes il y a un mois.

    Cette solution arrange bien les passeurs. Il faut faire appel à eux dès Ioannina et non plus seulement à partir de la frontière comme le groupe de Syriens comptait le faire au départ. Ils partent alors dans les petites rues pavées de cette ville de 65 000 habitants, à la recherche de l’hôtel d'un passeur nigérian. Un ami qui a déjà effectué le trajet leur a donné son nom.

    Quand on lui demande pourquoi il a quitté son pays, l'un des jeunes du groupe de Syriens répond sans l'ombre d'une hésitation: «Je veux vivre». RFI/Charlotte Stiévenard

    C'est d'abord un Kurde qui les aborde dans la rue. Il connaît le passeur nigérian et leur indique que celui-ci sera de retour dans la soirée. Il travaille avec un autre passeur soudanais qui pourrait les faire partir de Ioannina et leur faire passer directement la frontière. Ils tombent ensuite sur un Marocain qui leur propose de les transporter jusqu'à la frontière par taxi pour 100 euros par voiture. A eux de se débrouiller pour traverser. Ils se mettent d'accord avec lui, pressés de partir. Le taxi devrait arriver, mais au bout d'une heure, rien ne bouge et la nuit commence à tomber.

    Dans l'attente qu'une ou l'autre solution se débloque, le groupe décide de s'installer dans l'hôtel du passeur marocain. Six chambres coincées au fond d'une cour. La logeuse n'a pas l'air de se soucier du trafic tant qu'elle empoche ses 35 euros. Vers 21h00, le passeur marocain déboule. « Yalla, Yalla » (« allez, allez », en arabe), hurle-t-il dans la cour. Le taxi est là. C'est la panique, plus personne n'y croyait. Ils embarquent en catastrophe, l'argent reste à Ioannina et sera donné au passeur quand ils arriveront à destination… mais au bout de dix minutes, ils sont déjà de retour. Le passeur a menti. Le taxi comptait les emmener à 20 kilomètres de la frontière seulement, loin du point de passage.

    Les uns et les autres reprennent leur place sur le petit escalier de la cour et sur des chaises. Ils discutent, dans l'attente que quelque chose se passe, certains chantonnent. Omar passe son temps au téléphone et fume cigarettes sur cigarettes. C'est lui qui gère les contacts. A la lumière jaunâtre d'une des chambres, ses cheveux blancs ressortent cruellement sur sa chevelure noire : « Je suis perdu, j'ai mal à la tête. Je ne fais pas confiance au Marocain. Il m'a dit qu'il vend du haschich. Quelqu'un qui vend de la drogue pourrait vendre sa mère. »

    Entre-temps, Omar s'est rendu à l’hôtel du passeur nigérian. On lui a dit qu'il est bien rentré à Ioannina. Le rythme est industriel, il reste deux jours en ville, deux jours à la frontière. Demain ou après-demain, il devrait emmener un groupe de 70 personnes et les remettre aux passeurs albanais. Le prix du passage reste encore à négocier. Beaucoup de migrants choisissent de laisser un passeur organiser l'ensemble de leur trajet jusqu'en Allemagne, en Suède ou au Danemark. Mais ce groupe de Syriens n'a pas assez d'argent. L'entrée en Albanie n'est qu'une première étape. Suivra le Monténégro, la Serbie, la Hongrie puis enfin pourquoi pas une voiture pour les emmener directement en Allemagne avec, à chaque passage, les mêmes négociations.

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