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    Candidat à la présidentielle, Goodluck Jonathan appelle à l’unité

    media La reprise de la ville de Chibok par l'armée: un point positif pour le président Goodluck Jonathan, qui brigue un nouveau mandat. Reuters/Afolabi Sotunde

    Appels sur l'actualité nous emmène au Nigeria où le président sortant Goodluck Jonathan a annoncé le 11 novembre qu’il se portait candidat à la présidentielle du 15 février 2015 sous la bannière du Parti démocratique populaire. Son bilan n’est pourtant pas brillant en matière de sécurité : au nord-est du pays, la situation n'a cessé de se dégrader avec les avancées du groupe islamiste Boko Haram. Sur fond de violation des droits de l'homme des forces armées nigérianes à l’encontre des civils. Des exactions dénoncées dans un récent rapport de l'ONG Human Rights Watch. Au point que, depuis, les Etats-Unis refusent de vendre des armes au gouvernement.

    Quels nouveaux moyens l’actuel président du Nigeria compte-t-il mettre en œuvre pour lutter contre la secte Boko Haram ?
    A la veille de l'annonce, le 11 novembre dernier, de sa candidature pour son parti, le Parti démocratique populaire - et au lendemain de l’attaque contre un lycée de Potiskum, dans l’Etat de Yobe -, Goodluck Jonathan avait déjà réaffirmé qu’il ferait « tout son possible pour mettre fin aux tueries et aux violences » et que « la guerre contre le terrorisme » lancée contre Boko Haram serait bientôt « gagnée »… Il est vrai que l’insécurité est en forte augmentation depuis dix-huit mois dans les trois Etats du Nord, victimes du groupe islamiste. L’Adamawa, le Borno et le Yobe ont été placés sous état d’urgence depuis mai 2013 afin de renforcer les mesures pour contrer les attaques du groupe islamiste radical. Mais cette mesure semble avoir seulement eu pour effet de décupler les violences.

    La stratégie adoptée jusqu’à présent par le président sortant est-elle inefficace ?
    Le fait est que la stratégie strictement militaire du gouvernement ne semble pas du tout efficace contre la logique de Boko Haram. Cette stratégie fait, de plus, de nombreux dégâts : l’armée s’en prend violemment aux populations musulmanes du Nord où sévit le groupe. Cet échec ne devrait pourtant pas beaucoup inquiéter Goodluck Jonathan, qui part favori dans sa course à la réélection… D’abord, ses opposants sont faibles et désunis. Ensuite, lui et le PDP restent très populaires dans les Etats du Sud, les plus riches et les plus développés. A Lagos, mais aussi à Jos, au centre du pays où la croissance économique porte ses fruits, selon un expert de l’Institut des études stratégiques de Pretoria. Ces villes sont aussi les plus peuplées. Sans compter que Goodluck Jonathan n’est pas non plus impopulaire au Nord. Le PDP lui accorde un soutien quasi unanime. Depuis qu’il a surmonté ses propres divisions, ce parti paraît de loin le plus organisé, le mieux financé ; bref, le plus puissant du pays. Concernant l’échec de la lutte contre Boko Haram, le président estime qu’il tient au manque de solidarité et d’unité des Nigérians dans ce combat. Il appelle la nation à se battre ensemble et évoque à cet égard sa gestion de la crise due à l’épidémie d’Ebola, où il serait parvenu cet été à mettre fin à la maladie au Nigeria. Un discours qui séduit certains. Si Jonathan parvient à communiquer sur certaines victoires contre Boko Haram d’ici au scrutin du 15 février 2015, il semble bien parti pour dominer la campagne électorale. La semaine dernière, l’armée a clamé ses progrès dans l’Etat d’Adamawa et annoncé ce dimanche avoir repris la ville de Chibok, dans l’Etat de Borno, attaquée deux jours plus tôt par la secte.

    Quel soutien, y compris matériel, le Nigeria peut-il attendre de la communauté internationale ?
    L’armée nigériane attendait un soutien en armes pour « porter un coup final » à Boko Haram, selon ses dires. Mais les Etats-Unis ont refusé toute vente supplémentaire d’armes, alléguant le bilan très négatif du pays en matière de respect des droits de l’homme. Un rapport de Human Rights Watch a notamment mis en évidence les violences perpétrées par les militaires dans le cadre de la « lutte contre le terrorisme » : recours à la torture, arrestations arbitraires, exécutions sommaires… Or, la loi américaine permet d’interdire les ventes d’armes mortelles aux pays commettant de graves abus. Le ministère de la Défense nigérian, qui dément, continue malgré tout de plaider sa cause auprès de Washington pour qu’il accepte de recourir aux plus hautes technologies militaires, comparant Boko Haram à l’organisation Etat islamique. Parallèlement, selon la presse nigériane, le gouvernement envisagerait de se tourner vers la Russie pour ses prochaines commandes d’armes : avions, hélicoptères et armes lourdes. Mais les Etats-Unis répondent vouloir soutenir autrement le Nigeria : le 13 novembre, ils ont classé les groupes islamistes armés nigérians Boko Haram et Ansaru parmi les organisations terroristes, ce qui implique le gel de leurs avoirs dans les banques américaines et le blocage de toute transaction économique ou financière. Lisa Monaco, conseillère de Barack Obama pour les questions de sécurité intérieure et d'antiterrorisme, a d’ailleurs répété que les Etats-Unis encouragent le Nigeria « à poursuivre son approche antiterroriste globale en utilisant efficacement les outils répressifs, […] en créant des conditions économiques favorables et en s'assurant que les droits de l'homme sont protégés et respectés ». Pour lutter enfin efficacement contre le groupe islamiste, plusieurs experts de la sous-région recommandent une coopération régionale, notamment avec les troupes camerounaises et tchadiennes, sans oublier des politiques de développement des Etats du Nord-Est. 

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