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    Shoneyin rêve de ramener la littérature en pays yorouba

    media La poétesse Lola Shoneyin. DR

    Des Pays-Bas, d’Allemagne ou de Grande-Bretagne, les demandes d’interviews arrivent sur le bureau de la poétesse yorouba... D’autres auteurs s'en féliciteraient, mais Lola Shoneyin s’inquiète. Aura-t-elle le temps de faire face à ses engagements pour le « Ake festival » ? Sa notoriété d’auteur lui importe beaucoup moins que la pérennité de cet événement culturel qu’elle prépare avec fébrilité.

    Par Emeka Onyabo

    Née en 1974 à Ibadan, qui était alors la capitale culturelle du pays yorouba, Lola Shoneyin a publié ses premiers recueils de poèmes à vingt-deux ans. Près de vingt ans plus tard, elle porte presque seule le « Ake festival », l’un des plus ambitieux événements culturels d’Afrique. Dans la ville d’Abeokuta (sud-ouest du Nigeria), elle réunit du 18 au 22 novembre une centaines d’artistes venus du monde entier. Leur point commun : ils ont un lien fort avec le continent, qu’ils en soient originaires ou qu’ils l’habitent ou les inspirent. Ils sont écrivains, dessinateurs, journalistes, cinéastes, danseurs ou musiciens et l’Afrique nourrit leur imaginaire.

    « J’en avais assez de me retrouver tout le temps dans des festivals culturels en Europe où j’étais la seule Africaine invitée. Je me suis dit : il faut que l’on organise nos propres événements sur le continent. Il faut que nous ayons nos propres lieux de rencontre et de débat », explique Shoneyin d’une voix posée et calme, pareille à celle d’une enseignante qui délivre un cours. Son anglais est impeccable : elle a effectué une partie de ses études primaires dans une pension chic à Edimbourg, avant que les revers de fortune de son père ne la ramènent brutalement à Ibadan.

    Quelques secondes plus tard, elle abandonne son anglais châtié pour tempêter en yorouba sur un invité se désistant à la dernière minute au motif qu’il a peur d’Ebola. « C’est révoltant, l’OMS a déclaré le Nigeria " Ebola free " depuis plus d’un mois, et pourtant les gens ont toujours peur de venir en pays yorouba », s’insurge Lola qui n’hésite pas à conduire seule sa vieille « Golf » noire dans les rues de Lagos, la ville où elle habite au quotidien et qui est réputée pour sa dangerosité.

    Offrir des livres aux scolaires

    Elle trouve que ces désistements impromptus sont particulièrement dommageables pour les enfants d’Abeokuta qui se font une joie de dialoguer avec des artistes. « Lors de mon festival, il est possible d’offrir des livres aux scolaires. Nous voulons ramener les plus jeunes au plaisir de lire. D’ailleurs, à l’origine du slogan " Bring back the girls " pour ramener les jeunes femmes enlevées par Boko Haram, il y a l’expression " Bring back the books " lancée par Wolé Soyinka », explique Shoneyin.

    Le premier Africain qui a reçu le prix Nobel de littérature est d’ailleurs l’un des invités d’honneur du Ake festival. Wolé Soyinka vit à Abeokuta et il est très proche de Lola Shoneyin, l’épouse de son fils aîné, Ola Soyinka, ministre de la Santé de l’Ogun State. Lors du Ake festival, Wolé Soyinka a croisé la route d’un autre fils illustre d’Abeokuta, Olusegun Obasanjo, l’ex-président nigérian. Ils sont en froid. Obasanjo était chef de l’Etat lorsque la mère du chanteur Fela a été défenestrée par l’armée.

    Les Femi Kuti, les parents de Fela sont eux aussi originaires d’Abeokuta, considérée comme l’un des berceaux de la culture yorouba. Depuis la mort de la mère de Fela, les Soyinka et les Femi Kuti sont brouillés avec les Obasanjo. « Le festival, c’est une belle opportunité pour renouer des dialogues entre les cultures et aussi entre des individus ayant cessé de s’adresser la parole. Je veux avant tout créer un climat propice aux belles rencontres », explique Lola Shoneyin, qui refuse le protocole à la nigériane.

    « Lors de ce festival, tout le monde est traité de la même manière, qu’il soit très célèbre ou pas, plaide Lola qui porte le tee-shirt et le jeans pendant tout cet événement. Souvent, les gens qui ne me connaissent pas pensent que je suis une bénévole. Ils n’imaginent à aucun moment que je suis l’organisatrice du festival », s’amuse Shoneyin. Mais si elle affiche sa décontraction, ses objectifs n’en restent pas moins très ambitieux.

    « Je crois que la culture peut rapprocher les civilisations. Au Ake festival, nous accueillons des musulmans et des chrétiens, des noirs et des blancs, le dialogue est réel », s’enthousiasme l’écrivaine qui se félicite d’organiser pour la première fois des débats en français avec des écrivains venus d’Afrique francophone, notamment Florent Couao-Zotti et Marcus Boni Teiga, tout deux originaires du Bénin.

    Meilleures ventes au Nigeria

    « Nous sommes voisins et pourtant nous n’arrivons pas à dialoguer à cause de la barrière linguistique. Florent Couao-Zotti a du mal à s’exprimer en anglais. Et mon français reste encore faible. Florent habite à Porto-Novo. Moi à Lagos. A vol d’oiseau, nous sommes à moins de cent kilomètres l’un de l’autre… Mais nous communiquons à peine. Il faut faire tomber ces obstacles au dialogue sur le continent », plaide Shoneyin, qui est l’une des voix les plus écoutées du Nigeria parmi la nouvelle génération d’écrivains.

    Son roman, The Secret Lives of Baba Segi’s Wives, est déjà traduit dans une dizaine de langues, dont le néerlandais, le turc et l’hébreu : il fait partie des meilleures ventes au Nigeria. La traduction française devrait être publiée prochainement par Actes Sud. Dans ce roman comme dans ses recueils de poésie ou ses conférences, Shoneyin n’hésite pas à s’attaquer aux tabous de la société, notamment à ceux qui ont trait à la place des femmes ou à la sexualité. De même, elle fait sensation en étant l’une des rares intellectuelles à défendre ouvertement les droits des homosexuels au Nigeria. La loi nigériane stipule que ceux qui défendront les pratiques homosexuelles risquent dix à quinze ans de prison ferme.

    Malgré ses engagements et ses convictions fortes, l’écrivaine ne recherche pas la médiatisation. « J’ai longtemps été enseignante. J’aime dialoguer avec tous les milieux sociaux. Trouver les mots justes pour passer les connaissances, c’est ma vraie passion », explique cette mère de quatre enfants qui consacre énormément de temps à leur éducation. Son fils aîné, Mayowa, vient de faire son entrée à Cambridge. Le plus jeune, Jola, qui fête ses dix ans, n’en est pas encore là. Il lit beaucoup, une passion familiale. Mais lors de son séjour à Abeokuta (surnommée Ake par les yoroubas), Jola devra aussi aller en forêt avec son grand-père, Wolé Soyinka.

    A quatre-vingts ans passés, le grand écrivain chasse encore. Wolé Soyinka considère que l’éducation doit aussi comporter un passage en brousse. Malgré l’amour des livres chez les « Soyinka Shoneyin », il est certains rites initiatiques sur lesquels il ne viendrait à personne l’idée de transiger. Le livre le plus célèbre de Wolé Soyinka ne s’appelle-t-il pas Ake ou les années d’enfance ? 

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