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    Les constructeurs automobiles en route pour Téhéran

    media Salon de l’automobile de Tabriz, 14 octobre 2014. La «Captur» est présentée au public. AFP/Atta Kenare

    L'Iran a accueilli en ce début de mois de décembre, les représentants des grands constructeurs automobiles occidentaux et asiatiques. Téhéran souhaite relancer son secteur automobile, durement touché par les sanctions internationales imposées début 2012 en raison du programme nucléaire du pays.

    De notre correspondant à Téhéran,

    Après les sanctions imposées par les Etats-Unis et les pays de l'Union européenne, la production automobile a chuté, passant de 1,7 million de voitures en 2011 à moins de 800 000 en 2013. Mais la courbe s'est inversée après l'accord intérimaire de Genève conclu en novembre 2013 entre l'Iran et les puissances du groupe 5+1 (Etats-Unis, France, Royaume-Uni, Russie, Chine et Allemagne). Les sanctions ont été levées partiellement, notamment celles frappant le secteur automobile, en échange du gel d'une partie du programme nucléaire iranien. Ce qui a permis de relancer la production automobile, qui devrait atteindre cette année près d'un million de voitures.

    « Nous espérons atteindre une production de 1,2 million de véhicules cette année », a déclaré le ministre de l'Industrie Mohammad Reza Nematzadeh, soit plus de 60 % de hausse entre mars 2014 et mars 2015. « Si nous atteignons encore une hausse de 50 % l'année prochaine [d’ici mars 2016, ndlr], nous aurons une production de 1,4 à 1,5 million de voitures. Ce qui permettra à l'Iran d'être au 15e  ou 16e rang mondial », a ajouté Sassan Ghorbani, responsable de l'Association des équipementiers iraniens. M. Nematzadeh a fixé comme objectif une production de 3,6 millions de véhicules en 2025.

    Le marché automobile de l'Iran, avec plus de 77 millions d'habitants, une population jeune, est l'un des plus prometteurs de la région. Ce qui explique l'intérêt des constructeurs étrangers. Le groupe français PSA Peugeot-Citroën, qui a occupé une place privilégiée en Iran, veut revenir rapidement dans le pays, tout comme la compagnie Renault. « Les sociétés françaises ont une place naturelle à prendre ici. Peugeot et Citroën ont joué un rôle important en Iran avec plusieurs d'années de collaboration », confirme Jean-Christophe Quémard, directeur Moyen-Orient Afrique du groupe Peugeot-Citroën. Il espère un accord rapide dans les négociations nucléaires, qui permettra la levée totale des sanctions internationales.

    « Pour le moment, nous ne pouvons pas faire de nouvelles choses en Iran, les sanctions permettent seulement de prolonger les contrats actuels. Nous nous préparons à la levée progressive et complète des sanctions qui permettra d'envisager l'avenir avec des investissements dans le pays, avec des flux financiers réguliers. Nous avons envie d'être sur la ligne de départ quand les choses seront régularisées », affirme M. Quemard.

    Un marché potentiel considérable

    En effet, si dans le cadre de l'accord intérimaire de Genève, qui a été encore prolongé jusqu'au 1er juillet 2015 lors des dernières négociations à Vienne, les sanctions contre le secteur automobile ont été levées, les constructeurs européens ont du mal à revenir en Iran à cause des sanctions bancaires qui empêchent toute transaction entre l'Iran et le reste du monde. C'est ce que confirme également Arnaud de David-Beauregard, vice-président de la Fédération françaises des Industries des équipements pour véhicules.

    « Nous sommes bloqués par deux facteurs, affirme ce dernier. Tout d'abord, les blocages bancaires demeurent. Ensuite, il y a la menace plus ou moins claire qui pourrait peser sur les activités industrielles aux Etats-Unis » en cas de présence en Iran. En effet, le gouvernement américain pourrait imposer des restrictions sur le sol américain à des compagnies non américaines qui investissent en Iran. D'ailleurs, les constructeurs américains ont décliné l'invitation en raison des sanctions bancaires et américaines.

    Reste que, dans la perspective d'un accord sur le nucléaire, le marché iranien présente un potentiel de développement considérable. Sans compter la position géographique de l'Iran, avec la possibilité d'exporter vers les pays de la région. Pour encourager les exportations, l'Iran a prévu d'accorder une baisse de 50 % de taxes sur les sociétés étrangères qui exporteront 30 % des véhicules produits en Iran.

    « Le marché automobile iranien atteindra environ 2 millions de voitures en 2020, ce sera un des grands marchés de la région. C'est un marché qui va évoluer assez profondément et ceux qui arriveront avec des produits modernes tireront leur épingle du jeu. (...) C'est sans doute une des plus belles opportunités de développement dans la zone pour les constructeurs français et d'ailleurs pour tous les constructeurs », estime M. Quémard.

    Un accord sur le nucléaire dans les prochains mois permettra l'arrivée massive des constructeurs occidentaux. Mais ils devront compter avec les constructeurs asiatiques, notamment sud-coréens, japonais et surtout chinois, qui ont profité du départ des compagnies occidentales pour s'implanter en Iran depuis trois ans.

    « Le contexte international a permis aux constructeurs chinois d'investir la place tout simplement parce qu’ils pouvaient opérer et assurer les flux financiers, mais les constructeurs européens peuvent reprendre leur place à cause du goût des Iraniens pour les produits occidentaux », a encore déclaré le responsable de l'Association des équipementiers iraniens, Sassan Ghorbani.

    En tout cas, malgré cette volonté d'attirer les constructeurs étrangers, le gouvernement a prévenu que 40 % de la production devra être faite sur place en début de partenariat, pour atteindre 85 % en cinq ans. 

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